Traitements Hormonaux Substitutifs :Quels traitements ? Quels risques de cancer du sein ?
L'équipe de Françoise Clavel-Chapelon (Inserm, IGR) s'est intéressée à l'influence du traitement hormonal substitutif (THS) sur le risque de cancer du sein.
INSERM , le 18/11/2004
Depuis 1990, l'Inserm surveille la santé de près de 100 000 femmes appartenant à la cohorte E3N de la Mutuelle Générale de l'Education Nationale (MGEN).
L'équipe de Françoise Clavel-Chapelon (Inserm, IGR) s'est intéressée à l'influence du traitement hormonal substitutif (THS) sur le risque de cancer du sein.
Les résultats de cette étude font aujourd'hui l'objet d'une publication dans « International Journal of Cancer ».
Ils révèlent que l'utilisation d'une combinaison contenant des oestrogènes et un progestatif de synthèse augmente le risque de cancer du sein. Ce « sur-risque » existe même lorsque la durée de prescription ne dépasse pas deux ans. Toutefois, lorsque les œstrogènes sont combinés avec de la progestérone micronisée, le risque ne semble pas être augmenté.
Cette étude prospective est la plus fiable et la plus précise entreprise à ce jour en France pour évaluer le risque de cancer du sein chez les femmes ménopausées sous Traitement Hormonal Substitutif. Elle confirme les données antérieures (augmentation du risque parmi les femmes utilisatrices de THS) et précise l'impact que peut avoir un traitement à court terme ainsi que l'influence des différentes combinaisons hormonales et de leur mode d'administration.
Jusqu'à présent, on savait que certaines combinaisons œstroprogestatives, notamment celles utilisées aux Etats-Unis et en Europe du Nord, augmentaient le risque de cancer du sein. Ce sur-risque existe-t-il avec les THS utilisés en France ? Les THS mis en œuvre en France combinent des œstrogènes, généralement administrés sous forme de patchs ou de gels, à de la progestérone micronisée * . ou à des progestatifs de synthèse (ceux-ci étant souvent différents des progestatifs évalués dans les précédentes études).
Par ailleurs, les autorités sanitaires recommandent désormais un THS de courte durée. Quel est le risque associé à ces traitements courts ?
Données méthodologiques
Pour répondre à ces questions, les épidémiologistes de l'Inserm ont analysé les données concernant 54 548 femmes ménopausées, sur les 99 897 participantes de l'étude E3N (voir encadré). Suivies depuis 1990, ces femmes livrent régulièrement, par auto-questionnaires, des informations extrêmement précises sur leur état de santé, leur statut hormonal et leur consommation de traitements hormonaux. C'est ainsi que l'on connaît en particulier, la survenue d'une pathologie cancéreuse.
L'analyse des chercheurs de l'Inserm porte tout d'abord sur les risques de cancer du sein en fonction de la durée du THS (inférieur à 2 ans, compris entre 2 et 4 ans, et supérieur à 4 ans).
Les résultats prennent également en compte la composition du THS ainsi que la voie d'administration des œstrogènes. Afin d'évaluer avec un minimum de biais les effets de la prise de THS dès l'initiation du traitement, seules les femmes n'ayant jamais utilisé de THS au début du suivi ont été intégrées dans cette analyse. De fait, les durées de traitement étudiées sont encore courtes et le suivi devra nécessairement être prolongé pour estimer le Risque Relatif (RR) sur de plus longues durées.
1. Un risque accru même sur une courte durée
L'analyse globale des résultats révèle une augmentation sensible du risque de cancer du sein chez les utilisatrices de THS (la durée moyenne de traitement étant de 2,8 ans dans cette étude). Tous traitements confondus, le RR est de 1,2 (intervalle de confiance à 95 % : 1,1-1,4). Cela signifie que les femmes sous THS ont 1,2 fois plus de risque de développer un cancer du sein que les femmes qui ne suivent pas ce type de traitement (chez lesquelles le RR = 1,0 par définition **). Par ailleurs, il apparaît aussi qu'un usage de courte durée (inférieur à deux ans) peut favoriser l'évolution d'une tumeur latente.
2. L'impact des différentes hormones
- L'examen des taux de cancer selon le type d'hormones suggère qu'avec l'œstrogène utilisé seul (traitement réservé aux femmes hystérectomisées), le sur-risque de développer un cancer du sein est minime voire inexistant. En revanche, lorsqu'il est associé à un progestatif de synthèse, le risque de cancer du sein est augmenté de 40 % et ce, indépendamment de la voie d'administration de l'œstrogène.
- La combinaison (œstrogène) + (progestérone micronisée) semble dépourvue d'effet cancérigène, tout du moins à court terme. Le RR est estimé à 0,9 (intervalle de confiance à 95 % : 0,7-1,2), et est significativement inférieur à celui de la combinaison (œstrogène) + (progestatif de synthèse). Ce résultat inédit reste à confirmer pour des durées de traitement supérieures à 4 ans.
Ces données, essentielles pour l'évaluation du bénéfice/risque associé aux différents THS utilisés en France, pourront être complétées prochainement par de nouveaux résultats issus de l'étude E3N.
Un prolongement du suivi des participantes permettra d'évaluer l'impact à plus long terme de la prise de THS sur le risque de cancer du sein, mais également sur d'autres pathologies.
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