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Cancer du
côlon : Découverte d'une nouvelle voie de développement tumoral
Institut Curie,
CNRS, INSERM - Le 9 septembre 2002
Le cancer se développe
à partir d'une seule cellule endommagée suite à l'accumulation
d'erreurs génétiques dans plusieurs de ses gènes. La nature
des altérations mais aussi l'ordre de leur survenue sont distinctes
d'un cancer à l'autre : il existe ainsi plusieurs "chemins"
susceptibles de conduire à un cancer.
Des chercheurs du CNRS et de l'INSERM à l'Institut Curie viennent
de découvrir une nouvelle voie de développement tumoral dans
le cancer du côlon, l'une des tumeurs les plus fréquentes
(35 000 nouveaux cas par an en France).
Cette voie totalement indépendante du gène APC, que l'on associe
généralement à ce cancer, fait intervenir une mutation du
gène k-ras.
Ces travaux sont présentés dans la revue Gastroenterology
d'août 2002.
Le cancer est une maladie du
fonctionnement même de nos cellules qui, progressivement,
perdent le contrôle de leur prolifération, deviennent immortelles
et se développent de manière anarchique dans l'organisme.
Le point de départ de ce processus est l'altération du matériel
génétique d'une cellule. Toutes les mutations ne sont toutefois
pas susceptibles d'entraîner la formation d'un cancer. Un
des gènes qui régulent les processus vitaux de la cellule
(division, différenciation, réparation ou apoptose) doit être
"touché". De plus, une seule mutation n'est pas suffisante
pour transformer une cellule saine en cellule cancéreuse.
Le cancer résulte donc d'une succession d'accidents génétiques.
MUTATIONS
ET CANCER
Le développement tumoral nécessite conjointement l'activation
d'un oncogène*, donnant lieu à une prolifération incontrôlée
de la cellule, et l'inactivation d'un gène suppresseur
de tumeur* qui déjoue la destruction par apoptose* des
cellules endommagées.
Afin de mieux comprendre ce processus long et extrêmement
complexe mais aussi ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques,
il est crucial d'élucider les diverses étapes de la progression
tumorale, depuis la mutation initiale jusqu'à la tumeur.
En analysant les tumeurs du côlon d'un point de vue moléculaire,
plusieurs gènes impliqués dans la cancérogenèse ont déjà pu
être mis en évidence :
- le gène APC (Adenomatous Polyposis Coli), dont la fonction
est encore mal comprise, muté dans 80 % des cancers du côlon
;
- l'oncogène k-ras, acteur de la prolifération cellulaire,
muté dans 50 % des cancers coliques ;
- le gène DCC (Deleted in Colon Carcinoma), codant pour une
protéine transmembranaire, altéré dans 70 % des tumeurs coliques
;
- le gène suppresseur de tumeur p53, acteur clé de l'apotose,
muté dans 70 % des cancers du côlon.
Si des doutes persistent quant à l'ordre chronologique de
la survenue des mutations, l'altération du gène APC
est souvent décrite comme initiatrice de la cancérogenèse
: une fois muté, il déclencherait la prolifération excessive
des cellules, marquant ainsi le début du développement tumoral.
A l'Institut Curie, l'équipe "Morphogenèse et signalisation
cellulaires" dirigée par le Pr Daniel Louvard (1) travaille
sur la compréhension de ces phénomènes dans le cancer du côlon
et s'intéresse en particulier à l'oncogène k-ras (voir
ci-dessous) afin de comprendre son rôle dans les événements
conduisant à ce type de cancer.
Ras,
acteur clé de la prolifération
Au nombre de trois (KRas, HRas et Nras), les protéines Ras
sont au c¦ur de nombreuses voies de signalisation. Elles intègrent
et interprètent divers signaux venus de l'extérieur pour les
véhiculer à l'intérieur de la cellule. Pour cela, elles oscillent
entre deux états : actif et inactif. Sous leur forme active,
elles déclenchent notamment la prolifération des cellules
- voie des MAP kinases - et l'apoptose.
Lorsqu'une mutation intervient dans l'un des gènes ras, les
protéines sont alors produites sous une forme conti-nuellement
active et les cellules ne cessent de se diviser en multipliant
les erreurs.
UNE SOURIS
TRANSGENIQUE, MODELE DU DEVELOPPEMENT TUMORAL
Pour étudier l'impact d'une
mutation du gène k-ras dans les cellules de l'intestin, Sylvie
Robine (2) et Klaus-Peter Janssen, de l'équipe de Daniel Louvard,
ont mis au point un modèle animal transgénique : des souris
dans lesquelles a été introduit le gène k-ras muté.
Par des raffinements techniques (en associant k-ras muté au
promoteur du gène de la villine (3) qui ne s'exprime que dans
les cellules intestinales), la protéine KRas issue du gène
muté n'est donc exprimée que dans les cellules de l'intestin,
ce qui permet d'obtenir un excellent modèle pour étudier le
développement des tumeurs coliques. En outre, contrairement
aux modèles mis au point jusqu'à présent, le gène k-ras muté
est exprimé dans l'ensemble des cellules de la muqueuse intestinale,
des cellules souches aux cellules différenciées.
Au bout de quelques mois, 80 % des souris transgéniques développent
des cancers intestinaux et ce en l'absence de toute mutation
d'APC. Il s'agit d'une première puisque jamais auparavant
des modèles transgéniques "ras" n'avaient développé de tels
cancers. Ce qui avait conduit à un modèle génétique du
cancer du côlon, désormais fortement compromis, où les mutations
de k-ras ne pouvaient avoir lieu qu'après celles du gène APC
(4).
Le résultat des chercheurs
de l'Institut Curie bouleverse ce dogme. Ceci tient au fait
que, dans ce nouveau modèle, k-ras muté est exprimé dans les
cellules souches, assurant le renouvellement de la muqueuse
intestinale pendant toute la vie adulte. Cette particularité
permet aux cellules exprimant l'oncogène de se maintenir dans
l'intestin et d'acquérir les autres mutations nécessaires
à la progression tumorale.
Ce modèle murin vient très
récemment d'être conforté par l'analyse génétique d'une centaine
de tumeurs humaines, publiée par une équipe anglaise (5).
Elle montre que, chez l'homme aussi, les mutations de k-ras
(comme de p53) sont le plus souvent présentes dans les cancers
colo-rectaux sans qu'aucune mutation d'APC ne soit détectée.
Ces résultats, tout en témoignant de l'intérêt des modèles
murins pour étudier la cancérogenèse, sont une nouvelle preuve
à l'encontre du modèle APC.
UN DEUXIEME
"ITINERAIRE" POUR MENER AU CANCER DU COLON
Dans les cellules intestinales
de ces souris transgéniques, les chercheurs montrent que l'expression
de k-ras muté entraîne l'activation continue des MAP kinases
, une cascade de protéines qui déclenche une prolifération
cellulaire anormale. Cette suractivité des MAP kinases est
également observée dans les tumeurs coliques humaines.
Contrairement à l'idée généralement
admise, la mutation du gène k-ras peut donc être l'un des
événements initiateurs du processus tumoral dans le côlon.
Et cela, sans qu'aucune altération du gène APC, associée au
cancer du côlon, ne soit détectée.
En revanche, dans 40 % de ces tumeurs, une mutation du gène
p53 a été décelée. Ce qui suggère que les mutations de l'oncogène
k-ras et du gène suppresseur de tumeur p53 peuvent coopérer
au développement du cancer du côlon.
ETUDIER
LA CROISSANCE TUMORALE ET TESTER DE NOUVEAUX MEDICAMENTS IN
VIVO
Grâce aux recherches de l'équipe
de Daniel Louvard, les étapes de la progression tumorale et
les divers chemins conduisant au cancer du côlon livrent progressivement
leurs secrets. Mais les souris transgéniques k-ras ont encore
beaucoup à nous apprendre. Ce sont en effet d'excellents modèles
pour étudier la croissance tumorale in vivo au cours du temps,
pour analyser l'influence de certains facteurs, comme l'alimentation,
ou encore pour tester de nouvelles drogues. En les croisant
avec d'autres souris transgéniques, il est également envisageable
d'analyser les effets cumulés de plusieurs gènes.
Ces souris constituent également un excellent modèle pré-clinique
et à ce titre, elles pourront servir de base à la recherche
de nouvelles cibles thérapeutiques.
Ces travaux s'inscrivent dans un vaste projet associant les
chercheurs et les médecins de l'Institut Curie qui vise à
dresser le profil des mutations génétiques propres à chaque
tumeur. C'est en connaissant les altérations spécifiques de
la tumeur d'un individu que des traitements personnalisés
mieux ciblés et d'autant plus efficaces pourront voir le jour.
******
Notes
(1) Le Pr Daniel Louvard est
directeur de la Recherche de l'Institut Curie. Directeur de
recherche Classe exceptionnelle au CNRS, son équipe fait partie
de l'Unité Mixte de Recherche 144 CNRS/Institut Curie "Compartimentation
et dynamique cellulaires" dirigée par Jean Paul Thiery.
(2) Directeur de recherche à l'INSERM.
(3) Ce promoteur a fait l'objet en 1998 d'une demande de brevet
CNRS/Curie, étendue depuis aux Etats-Unis et en Europe.
(4) « A genetic model for colorectal tumorigenesis » E. R.
Fearon and B. Vogelstein. Cell, Vol 61, juillet 1990.
(5) « Mutations in APC, Kirsten-ras and p53-alternative genetic
pathways to colorectal cancer » Smith G. et coll. PNAS, Vol
99, 9 juillet 2002.
Transgenèse
et persévérance
Pour obtenir une souris
transgénique, il faut être patient puisque pas moins de deux
générations de souris sont nécessaires, soit 6 mois d'élevage.
Le gène modifié - le transgène - est tout d'abord injecté
dans un ovocyte qui est ensuite réimplanté dans une femelle
pseudogestante. Un test génétique permet d'identifier, parmi
les souris ainsi engendrées, celles porteuses du transgène.
Comme elles ne possèdent pas forcément le transgène dans toutes
leurs cellules, un croisement est pratiqué afin d'obtenir
des souris dont toutes les cellules sont transgéniques.
Référence
« Targeted expression of
oncogenic K-ras in intestinal epithelium causes spontaneous
tomorigenesis in mice »
Klaus-Peter Janssen(1), Fatima El Marjou(1), Daniel Pinto(2),
Xavier Sastre(3), Dany Rouillard(4), Coralie Fouquet(5), Thierry
Soussi(5), Daniel Louvard(1) and Sylvie Robine(1) Gastroenterology,
vol. 123, pp. 492-504, août 2002
(1) Laboratoire Morphogenèse et signalisation cellulaires,
UMR 144 CNRS/Institut Curie
(2) Department of Immunology, UMC, Heidelberglaan, Utrecht,
the Netherlands
(3) Service d'Anatomo-pathologie, Institut Curie
(4) Service de Cytopathologie et cytométrie clinique, Institut
Curie
(5) Laboratoire de Génotoxicologie des tumeurs, Institut Curie
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Pour en savoir plus
Le cancer du côlon
Epidémiologie - Histoire naturelle de la maladie : Sujets
à risque - Dépistage - Eléments de diagnostic - Facteurs
pronostiques - Classification - Traitement - Pour en
savoir plus. Dossier caducee.net.
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