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Un médicament
peu coûteux permet de prévenir des convulsions mortelles chez
la femme enceinte, après une étude
OMS,
31 mai 2002
Le sulfate de magnésium permet
de diviser par deux le risque de convulsions engageant le
pronostic vital et le risque de décès chez la femme enceinte
présentant des problèmes d’hypertension, d’après les résultats
d’un grand essai clinique international publiés aujourd’hui
dans The Lancet (vendredi 31 mai 2002).
Cette étude portant sur trois
ans, baptisée essai « Magpie », a été financée par le United
Kingdom’s Medical Research Council (MRC), avec l’aide du programme
de recherche en santé génésique (HRP) de l’Organisation mondiale
de la Santé (OMS), basé à Genève, du Department for International
Development du Royaume-Uni (DFID), et de la Direction générale
des études de la Commission européenne (Programme INCO).
Cet essai a été mené dans 33
pays et a porté sur près de 10 000 femmes enceintes présentant
une pré-éclampsie, pathologie caractérisée par une tension
artérielle élevée et la présence de protéines dans les urines.
La pré-éclampsie prédispose les femmes enceintes aux convulsions
de l’éclampsie déclarée. Dans le monde, la pré-éclampsie et
l’éclampsie touchent près de 3 % des femmes enceintes et représentent
près de 12 % des décès liés à la grossesse (jusqu’à 60 000
décès). Les données de cet essai ont également montré que
près de 2 % des femmes atteintes de pré-éclampsie vont évoluer
vers l’éclampsie.
« Le décès d’une mère pendant
la grossesse ou au moment de l’accouchement est une tragédie
terrible – et ce d’autant plus qu’elle a d’autres enfants
jeunes ou une famille à sa charge, », indique le Dr Tomris
Turmen, Directeur exécutif, Santé familiale et communautaire,
OMS. « Cependant, beaucoup de ces décès peuvent être évités.
Cet essai prouve qu’un traitement très bon marché par le sulfate
de magnésium administré à chaque femme enceinte lorsqu’elle
en a besoin, permet de diviser presque par deux le nombre
de décès dus à l’éclampsie, » a encore indiqué le Dr Turmen.
Jusqu’ici, la seule façon sûre
de traiter la pré-éclampsie et d’éviter les convulsions éclamptiques
était de provoquer un accouchement prématuré. Différents types
de médicaments – anticonvulsivants, antiépileptiques et aussi
sulfate de magnésium – ont été très largement utilisés pour
prévenir l’éclampsie, sans aucune preuve scientifique concluante
de leur efficacité dans cette indication.
L’étude Magpie régle la question
pour le sulfate de magnésium. Les 4968 femmes de l’étude qui
ont reçu une injection de sulfate de magnésium ont eu un risque
d’éclampsie diminué de 58 % et un risque de décès pouvant
être diminué de 45 % par comparaison avec les 4958 femmes
ayant reçu un placebo. Les effets secondaires ont été mineurs
: ni les mères, ni leurs enfants n’ont jusqu’ici montré des
effets indésirables graves dus au traitement.
Lelia Duley, « senior clinical
fellow » au MRC et épidémiologiste/obstétricienne à l’Université
d’Oxford, Royaume-Uni, qui a dirigé l’équipe de recherche
de l’essai, a dit : « L’éclampsie est une maladie terrible
qui peut tuer la mère et l’enfant. Notre essai a montré qu’on
pourrait sauver un nombre incalculable de vies dans le monde
si des injections de sulfate de magnésium pouvaient être pratiquées
systématiquement chez les femmes enceintes atteintes de pré-éclampsie.
Et surtout il s’agit d’un traitement très bon marché, particulièrement
adapté aux pays à faible
revenu. »
A Genève, Paul Van Look, qui
dirige le Département Santé et recherche génésiques de l’OMS,
pense que les résultats de l’essai Magpie pourraient donner
un coup d’accélérateur aux efforts de son Département qui
par le biais de son initiative Pour une grossesse à moindre
risque, vise à réduire la mortalité liée aux pathologies de
la grossesse, qui tuent plus d’un demi-million de femmes chaque
année.
« A l’heure actuelle, malgré
son faible coût, le sulfate de magnésium ne figure pas parmi
les éléments standard des soins prénatals systématiques dans
la plupart des pays en développement, », a indiqué le Dr Van
Look. « Avec les résultats de cet essai, notre initiative
Pour une grossesse à moindre risque a bien plus de chances
d’obtenir que ce médicament soit plus largement employé partout
dans le monde, en particulier chez les femmes des pays en
développement, qui sont les plus exposées au risque de décès
pendant la grossesse. »
Le sulfate de magnésium peut
être administré relativement simplement par un personnel qualifié
à tous les échelons du système de santé d’un pays. L’OMS le
fait figurer dans sa liste des médicaments essentiels. Cependant,
seule la moitié des pays du monde l’ont fait figurer dans
leur liste nationale, probablement parce que jusqu’ici les
preuves de son efficacité pour la prévention de l’éclampsie
n’avaient pas été suffisamment concluantes pour inciter les
obstétriciens à changer leurs habitudes.
Le Dr José Villar, spécialiste
scientifique principal d’HRP, qui a coordonné la participation
de l’OMS à l’essai Magpie, a déclaré qu’on pouvait s’attendre
à une estimation de 70 000 cas d’éclampsie par an dans les
143 pays les moins développés du monde. « Cela signifie »,
a-t-il dit, « que si nous donnions du sulfate de magnésium
à toutes les femmes présentant une pré-éclampsie dans ces
pays, nous pourrions éviter jusqu’à 35 000 cas d’éclampsie
chaque année. »
L’éclampsie n’est pas le seul
danger auquel une femme atteinte de pré-éclampsie doit faire
face. L’essai Magpie a permis de s’apercevoir que 11,5 % des
grossesses chez les femmes atteintes de pré-éclampsie et non
traitées se terminaient par le décès de l’enfant au moment
de la naissance ou peu après. Et dans plus de 53 % de ces
grossesses, l’enfant était né avec un faible poids (inférieur
à 2,5 kg).
L’OMS tente de venir à bout
de ce problème de deux façons. Premièrement, elle mène actuellement
un essai auquel participent 8500 femmes dans sept pays pour
savoir si le fait de donner des suppléments calciques aux
femmes enceintes permettait de prévenir la pré-éclampsie comme
certaines études antérieures le laissaient à penser.
Deuxièmement, elle prévoit
de s’attaquer à cette pathologie au niveau mondial par le
biais d’un « Programme mondial pour vaincre la pré-éclampsie/éclampsie
». Cette initiative qui s’est déjà assuré la participation
d’équipes de recherche dans divers pays : Afrique du Sud,
Argentine, Etats-Unis d’Amérique, Inde, Mexique, Royaume-Uni
et Thaïlande. Elle se servira aussi du réseau mondial d’HRP,
qui comprend actuellement 123 centres de recherche dans 59
pays – pour lancer des études multicentriques à grande échelle
sur les produits chefs de file prometteurs pour la prévention
de la pré-éclampsie.
HRP est l’acronyme du Programme
spécial PNUD/FNUAP/OMS/Banque mondiale de Recherche, de Développement
et de Formation à la Recherche en Reproduction humaine, qui
fait partie du Département OMS Santé et recherche génésiques,
Groupe Santé familiale et communautaire.
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