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Projet de
loi sur les droits des malades et la qualité du système
de santé
Conférence
de presse de Monsieur Bernard Kouchner
Ministère
de l'Emploi et de la Solidarité - Paris
Jeudi 6 Septembre 2001
Rédacteur : Docteur Françoise
GIRARD
La prochaine proposition de loi
sur les droits des malades et
la qualité du système de santé doit être
présentée à la prochaine session parlementaire,
ses décrets d'application sont également prêts
et son application devrait intervenir dans les tous prochains
mois.
L'objet fondamental de cette
loi est que le patient participe et soit responsable, avec
le médecin, des orientations thérapeutiques
le concernant et qu'il ait accès à son dossier
médical, dès lors qu'il en fait la demande.
Il a en effet été reconnu que les patients informés
de leur état de santé guérissaient mieux
que les non informés. Les énormes progrès
thérapeutiques actuels, et donc l'évolution
des pronostics, justifient pleinement l'information éclairée
du patient.
Au triptyque qui constitue la
base de la loi, mise en place d'une véritable démocratie
sanitaire, assurance d'une qualité du système
de santé, mise en place d'un système de
réparations des risques sanitaires, doit être
mis en avant l'avancée manifeste qu'est la prise
en charge des actions de prévention par l'Assurance
Maladie.
En matière de démocratie
sanitaire, le premier point du projet de loi est consacré
au respect des droits fondamentaux de la personne, adaptés
à la personne malade : respect de la dignité,
non discrimination, respect du secret médical, droit
d'accès aux soins les plus appropriés et respect
des droits des malades, intégré dans le contrat
d'accréditation des établissements.
Le rétablissement d'un climat de confiance médecin-malade
oblige à reconnaître un rôle nouveau au
malade, celui-ci a désormais le droit d'être
informé, mais peut également choisir de ne pas
l'être, à moins que la pathologie en cause expose
l'entourage à risque de transmission. En cas de litige,
c'est au professionnel d'apporter la preuve que l'information
a été régulièrement donnée.
Le consentement du malade devient le centre de la décision
thérapeutique, après qu'il ait reçu toutes
les informations necessaires pour ce faire.
La confidentialité des soins, en cas de nécessité,
sera garantie pour les mineurs, qui pourront être désormais
pris en charge dans des situations difficiles.
Le malade a l'accès direct à toutes les pièces
de son dossier médical, dans un délai défini,
il peut se faire accompagner du médecin et d'une tierce
personne de son choix. Un protection spécifique est
prévue pour les malades hospitalisés contre
leur volonté. Cette décision va devoir amener
à un nouveau mode rédactionnel de dossiers médicaux,
facilitant leur comprhension pour le non médecin
et sera peut-être plus longue
à venir pour les plus âgés.
Les modalités d'hospitalisation sous contrainte vont
être modifiées en fonction de la gravité
des troubles de l'ordre public entraînés, les
CDHP voient leur rôle renforcé et
les principes juridiques protecteurs s'appliquent selon les
mêmes modalités, toutes pathologies confondues.
Un rôle officiel est désormais reconnu aux associations
de malades et d'usagers du système de santé
et des commissions des relations avec les usagers seront mises
en place dans les établissements de soin.
Les professionnels qui interviendront publiquement sur des
spécialités thérapeutiques devront clairement
énoncer les liens qui les relient aux groupes pharmaceutiques
fabricants. Ces derniers pourront par ailleurs être
sanctionnés, en cas d'attribution d'avantages injustifiés
aux médecins, au même titre que ces derniers.
Les Caisses d'assurance Maladie ont désormais mission
de diffuser des informations pratiques aux usagers (remboursements,
tarifs, formalités).
Le vote du financement de la Sécurité Sociale
fera l'objet d'un débat parlementaire, sur la base
d'un rapport rédigé avec l'aide du Haut Comité
de la Santé et avis de la Conférence nationale
de la santé.
La mise en place de Conseils régionaux devrait centraliser
les différentes instances consultatives régionales
et leur action devrait rentrer dans la cohérence de
la Conférence Nationale de Santé.
La qualité du système
de santé repose sur le renforcement de la sécurité
des patients : le préfet peut désormais (en
informant le conseil de l'ordre) suspendre d'exercice un professionnel
de santé, l'exercice de la chirurgie esthétique
doit répondre à des normes sanitaires (co ûts
et risques ayant été précisés
aux patients) et les praticiens sont tenus d'informer les
patients des risques encourus par la mise en route du traitement
proposé.
Dans le même objectif, la formation médicale
continue est désormais obligatoire, et ce quel que
soit leur mode d'exercice, mais avec des modalités
adaptées à ceux-ci. Son financement est prévu.
L'évaluation des pratiques professionnelles justifie
le renforcement du rôle de l'ANAES qui se voit chargée
de trois missions : l'évaluation des stratégies
et des cates à visée préventive, diagnostique
et thérapeutique, l'accréditation des établissements
et l'évaluation des prises en charge, notamment des
pratiques en médecine de ville.
La réforme tant attendue des ordres professionnels
concerne la transparence de leur fonctionnement avec l'introduction
de magistrats de l'ordre administratif. La conciliation deviendra
une obligation contractuelle des ordres, renforçant
ainsi le droit de l'usager.
La création d'un office des professions paramédicales
regroupera cinq professions, les infirmiers, les masseurs-kinésithérapeutes,
les orthophonistes, les orthoptistes et les pédicures-podologue
libéraux.
La prévention devient une véritable priorité
de santé publique, en matière d'éducation
pour la santé, de protection contre les risques sanitaires
et de prévention médicalisée. Un Comité
Technique National de prévention coordinera toutes
les actions et le CFES devient un Institut National de prévention,
à statut public (et non plus loi 1901).
Enfin, les réseaux de soins sont définis et
ce dans un cadre juridique souple, leur financement par des
subventions d' Etat ou de l'assurance maladie est possible,
dans la mesure où le respect de la charte sera effectif.
La réparation des risques
sanitaires est basée sur le principe d'une convention
entre les associations, les assureurs et l'Etat et vise à
ce que les malades dont l'état s'est trouvé
aggravé du fait d'un facteur sanitaire aient un accès
facilité à l'assurance.
Les grands principes de la responsabilité médicale
sont réaffirmés : professionnels et établissements
ne sont responsables qu'en cas de faute (mais l'assurance
responsabilité civile leur est obligatoire), la présomption
de faute reste reconnue, les règles concernant les
produits sont inchangées et l'indemnisation de l'aléa
thérapeutique est introduite.
Des commissions régionales de conciliation et d'indemnisation
vont être créées, leur rôle est
à la conciliation, mais ne supprime en rien l'accès
possible pour les victimes à la procédure juridictionnelle.
Elle est tenue de rendre un avis dans les six mois, peut demander
des expertises gratuites pour les victimes. En cas de responsabilité
retenue, l'assureur dispose de 4 mois pour proposer une offre
d'indemnisation. Dans le cas d'un refus de celui-ci, c'est
l'Office national d'indemnisation qui se substitue. Les interactions
entre les deux sont multiples.
L'indemnisation de l'aléa thérapeutique est
le coté révolutionnaire du projet car il donne
droit à indemnisation des accidents médicaux
graves sans faute, basée sur l'IPP (taux de 30 ou 50
% non déterminé à ce jour). L'obtention
peut se faire selon le processus de conciliation ou par voie
juridictionnelle. L'indemnité est versée par
un Office national d'indemnisation des accidents médicaux,
des affections iatrogènes et des infections nosocomiales,
il est financé par l' Assurance Maladie, avec un budjet
prévisionnel de 1,5 milliards de francs par an.
Par ailleurs, l'expertise médicale doit être
rénovée, devenir plus transparente, moins onéreuse,
voire gratuite pour les victimes, de nouveaux experts viendront
rajeunir et compléter les listes actuelles, et les
commissions régionales peuvent diligenter ces expertises
contradictoires.
Enfin, le projet vise à faciliter l'indemnisation des
victimes d'hépatite C d'origine transfusionnelle :
la charge de preuve est désormais inversée,
c'est désormais aux établissements d'apporter
la preuve du contraire de la contamination. Un gros travail
avec les associations est en cours et seront pris en charge
les cas déclarés dans les six mois précédant
le vote de la loi. Cette mesure facilitera les recours contentieux
et devrait accélerer les procédures juridictionnelles
Au total, trois mots devraient
résumer ce projet : la transparence - toute
personne malade sera, à sa demande exclusive informée
du diagnostic et des possibilités thérapeutiques
-, la responsabilité - l'acte médical
l'est par nature, elle doit être commune au médecin
et au malade, introduisant la notion de pédagogie du
risque - et la confiance - clé fondamentale
de l'organisation du système de santé, qui reste
à remodeler.
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