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GAD2, un gène
prometteur pour traiter l’obésité
CNRS
3 novembre 2003
Une étude franco-anglaise, menée sous la direction du Professeur
Philippe Froguel (Génétique des maladies multifactorielles, CNRS
– Université Lille 2 )(1), montre que les mutations d’un gène
appelé GAD2 augmentent le risque d’obésité sévère, en agissant
à la fois sur le comportement alimentaire et sur la production
de l’insuline. Ces résultats démontrent pour la première fois
le rôle des systèmes de régulation centrale de l’appétit dans
l’obésité. Publiés dans la nouvelle revue américaine à accès libre
Plos Biology, ils ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques
pour prévenir et traiter l’obésité.
L’obésité touche désormais plus de 300 millions de personnes dans
le monde. En France, 5,3 millions de personnes adultes sont obèses
et 14,4 millions de personnes sont en surpoids. C’est une maladie
multifactorielle liée à la pression de facteurs environnementaux
(sédentarité, accès illimité à la nourriture) chez des sujets
porteurs de gènes de prédisposition au surpoids. L’étude de familles
d’enfants obèses a permis de découvrir 5 gènes dont les mutations,
en général très rares, sont responsables de troubles alimentaires
débutant dans les premiers jours de la vie. Ces gènes sont tous
exprimés dans l’hypothalamus, la partie du cerveau qui contrôle
l’appétit.
L’équipe du Professeur Philippe Froguel avait identifié en 1998
dans des familles françaises obèses, une région du chromosome
10 fortement liée à l’obésité. Après avoir étudié l’ensemble des
gènes de cette région chromosomique, les chercheurs avaient établi
un lien entre la susceptibilité à l’obésité et les polymorphismes
génétiques(2) d’un gène appelé GAD2. Ce gène est responsable de
la synthèse d’une enzyme très importante : la glutamate décarboxylase.
Cette dernière catalyse la production d’un neurotransmetteur (l’acide
gamma-aminobutyrique ou GABA) agissant au niveau de l’hypothalamus
pour stimuler l’appétit. De plus, l’hormone gastrique qui diminue
la prise alimentaire chez l’homme agit par un mécanisme qui fait
également intervenir le GABA.
Le GABA est donc au centre d’un réseau intestinal et neuronal
complexe qui assure la tenue d’un poids corporel «idéal» en maintenant
un équilibre entre les effets des molécules favorisant l’appétit
et la prise de poids (orexigènes) et celles ayant un effet opposé
(anorexigènes). Les mutations des gènes intervenant dans la régulation
de cet équilibre peuvent donc affecter la prise de poids.
La publication de Plos Biology rapporte les études génétiques
menées sur 575 sujets obèses et 646 sujets non-obèses, qui ont
permis à l’équipe franco-britanique d’identifier deux groupes
de polymorphismes génétiques : un « protecteur » et un « à risque
» vis à vis de l’obésité. Les chercheurs ont montré que l’activité
du gène GAD2 était multipliée par 6 chez les individus faisant
partie du deuxième groupe. Ces personnes présentent également
de plus grandes difficultés à réguler la prise alimentaire. La
surexpression du gène GAD2 pourrait donc accroître la quantité
de neurotransmetteur GABA au niveau de l’hypothalamus et ainsi
l’effet orexigène du GABA stimulant la prise alimentaire.
D’autre part, GAD2 est fortement présent dans les cellules du
pancréas qui fabriquent l’insuline et le glucagon. L’étude des
polymorphismes génétiques de GAD2 dans des populations obèses
et de poids normal ont montré qu’il contribuait à moduler la sécrétion
d’insuline. L’insuline étant un puissant facteur anorexigène,
ces études suggèrent que la perturbation de la sécrétion d’insuline
induite par la surproduction de GABA pourrait aussi influer sur
le développement de l’obésité massive.
Même si les facteurs génétiques ne peuvent expliquer la prévalence
de l’obésité, ils apportent des indices quant au développement
d’approches préventives et thérapeutiques. GAD2 est, à ce titre,
un gène qui semble prometteur pour mieux comprendre les causes
de l’obésité. Les travaux à venir en génétique et physiologie
permettront de confirmer et d’expliquer comment GAD2, ou d’autres
gènes intervenant dans les mêmes voies régulatrices de l’appétit,
influencent le poids corporel. Compte tenu de l’importance mondiale
de l’obésité, l’équipe du Professeur Froguel a délibérément choisi
de publier cet article dans Public Library of Science Biology,
une nouvelle revue dirigée par le Prix Nobel Harold E. Varmus,
et dont l’accès est gratuit et ouvert à toutes les personnes dans
le monde qui ont accès à internet :
Voir le site
La découverte du rôle de GAD2 dans l’obésité massive est le résultat
de 10 années de recherches, qui ont débuté par la collecte de
familles comportant plusieurs personnes obèses. Pour aller plus
loin, et en particulier pour comprendre les causes de l’obésité
sévère de l’enfant, le CNRS recherche 500 familles françaises
présentant 1 ou plusieurs enfants en surpoids. Un numéro vert
est à disposition pour tout renseignement au : 0800 02 04 12.
Référence :
Philippe Boutin, Christian Dina, Francis Vasseur, Séverine Dubois,
Laetitia Corset, Karin Séron, Lynn Bekris, Janice Cabellon, Bernadette
Neve, Valérie Vasseur-Delannoy, Mohamed Chikri, M. Aline Charles,
Karine Clement, Ake Lernmark and Philippe Froguel GAD2 on Chromosome
10p12 is a Candidate Gene for Human Obesity, Public Library of
Science, Novembre 2003.
(1) L’équipe anglaise travaille au Hammersmith Genome Centre and
Genomic Medicine, Imperial College London
(2) Changement des maillons de la chaîne d’ADN (nucléotides) qui
constituent notre patrimoine génétique, entraînant des variations
génétiques entre individus.
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