|
Infections
néonatales : le génome du streptocoque B entièrement
séquencé
Institut Pasteur,
le 16 septembre 2002
Streptococcus agalactiae
est une bactérie responsable d'infections néonatales sévères,
à l'origine de 20% des méningites du nouveau-né. Sa séquence
génomique est aujourd'hui publiée dans Molecular Microbiology
par l'équipe de Frank Kunst et Philippe Glaser, du Laboratoire
de Génomique des Microorganismes Pathogènes de l'Institut
Pasteur, et celle de Patrick Trieu-Cuot, du laboratoire mixte
Pasteur-Necker de Recherche sur les Streptocoques et Streptococcies.
La découverte de nombreux gènes responsables du pouvoir pathogène
de cette bactérie devrait faciliter l'identification de nouvelles
cibles pour le développement d'un vaccin ou d'antibiotiques
spécifiques.
Streptococcus agalactiae, le
streptocoque du groupe B, est une bactérie communément trouvée
dans le tractus digestif ou génital des adultes, chez lesquels
la colonisation est le plus souvent asymptomatique. Mais elle
est aussi responsable d'infections néonatales sévères (2 à
3 cas pour 1000 naissances) : c'est une des premières causes
de septicémie, de méningite et de pneumonie chez les nouveau-nés.
Elle est de plus à l'origine d'une morbidité et d'une mortalité
non négligeable chez les personnes âgées et les individus
souffrant de pathologies sous-jacentes (personnes immunodéprimées,
diabétiques, cirrhotiques…). Par ailleurs, le streptocoque
B est également un problème vétérinaire : il est considéré
en Amérique du Nord comme une des principales causes d'infections
mammaires chez les bovins.
Cinq différents sérotypes de
ce streptocoque sont à l'origine de maladies chez l'homme.
Le streptocoque B de sérotype III est particulièrement important
car il est à l'origine d'un pourcentage significatif d'infections
néonatales : il est notamment à lui seul responsable de 80%
des méningites à streptocoques du nouveau-né.
La souche dont le génome a
été séquencé par les chercheurs de l'Institut Pasteur est
précisément une souche de Streptococcus agalactiae de sérotype
III, isolé d'un cas mortel de septicémie.
Les chercheurs pasteuriens
ont identifié un grand nombre de gènes potentiellement impliqués
dans les interactions entre l'hôte et le pathogène, qui sont
probablement des gènes-clé pour la virulence de la bactérie.
De plus, ces gènes ont une
distribution originale dans le génome : on les retrouve groupés
dans des " îlots de pathogénicité ". Cette organisation est
unique chez les streptocoques (comme le montre la comparaison
avec des génomes de streptocoques déjà séquencés : S. pneumoniae
ou S. pyogenes), mais elle ressemble à celle observée chez
des colibacilles (Escherichia coli) pathogènes.
Elle suggère l'acquisition
de facteurs de virulence par " transfert horizontal ", c'est
à dire par passage de fragments d'ADN mobiles d'une bactérie
à une autre. Ces constatations sont très intéressantes du
point de vue de l'évolution : S. agalactiae et E.coli sont
deux bactéries commensales de la flore intestinale des mammifères,
où co-habitent de très nombreuses bactéries d'espèces différentes.
Il est probable qu'elles aient acquis graduellement dans le
temps des facteurs de virulence provenant d'autres bactéries,
donnant ainsi naissance à certains sérotypes pathogènes. L'émergence
de certaines souches hypervirulentes du streptocoque du groupe
B pourrait résulter de tels transferts horizontaux. Ce streptocoque
pourrait aussi par ce biais, comme d'autres bactéries, acquérir
des gènes de résistance aux antibiotiques.
Cette hypothèse devra être
confirmée par des travaux de génomique comparative sur des
souches de streptocoque B appartenant aux différents sérotypes,
comme celle du sérotype V, dont le génome vient d'être séquencé
aux Etats-Unis.
Mais les auteurs soulignent
que cette flexibilité génétique, à l'origine de la diversité
des souches isolées des cas cliniques, devrait d'ores et déjà
être prise en considération pour le choix de nouveaux antigènes
en vue de la mise au point d'un vaccin universel contre le
streptocoque du groupe B.
Source
:
"Genome sequence of Streptococcus agalactiae, a pathogen
causing invasive neonatal disease" : Molecular Microbiology,
16 septembre 2002.
Philippe Glaser (1), Christophe Rusniok (1), Fabien Chevalier
(1), Carmen Buchrieser (1), Lionel Frangeul (1), Tarek Msadek
(2), Mohamed Zouine (1), Elisabeth Couvé (1), Lila Lalioui
(3), Claire Poyart (3), Patrick Trieu Cuot (3) et Frank Kunst
(1)
1. Laboratoire de Génomique des Microorganismes pathogènes,
Institut Pasteur, Paris
2. Unité de Biochimie Microbienne, Institut Pasteur, Paris
3. Laboratoire Mixte Pasteur-Necker de Recherche sur les Streptocoques
et streptococcies, Faculté de Médecine Necker, Paris
|