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Insuffisance
cardiaque : nouvelle voie thérapeutique cellulaire
CNRS
Paris, le 3 décembre 2002
A la suite d’une attaque cardiaque, des millions de cellules
qui assuraient la fonction contractile du cœur sont détruites.
En transplantant des cellules souches embryonnaires dans des
cœurs post-infarctus de rat, une équipe de recherche du CNRS
a réussi à orienter la différenciation des cellules vers une
destinée cardiaque. L’expérience a montré une parfaite tolérance
par l’animal hôte et une récupération de la fonction cardiaque.
Bien que de nombreux travaux restent encore à faire, notamment
sur les cellules souches embryonnaires humaines, ces résultats
ouvrent une alternative à la greffe du myocarde, intervention
chirurgicale lourde. L’expérience a été menée par l’équipe
“ cellules ES et différenciation cardiaque ” sous la conduite
de Michel Pucéat, au sein du “ Centre de recherches de biochimie
macromoléculaire ” en collaboration avec l’équipe de André
Terzic à la Clinique MAYO3 (Minnesota, Etats Unis).
L’insuffisance cardiaque est une des conséquences de nombreuses
attaques cardiaques (infarctus du myocarde, hypertension artérielle,
augmentation du taux de cholestérol sanguin, cardiomyopathies…).
Elle touche des milliers de Français et pèse très lourd dans
le taux de mortalité. 176 000 personnes meurent chaque année
de maladies cardiovasculaires en France4. Faute de thérapie
médicamenteuse satisfaisante, cette pathologie conduit le
plus souvent à une greffe cardiaque. Or les greffes représentent
une chirurgie lourde pour le patient, nécessitent un traitement
anti-rejet contraignant et présentent des effets secondaires
dangereux à long terme. De plus, tous les patients (diabétiques
par exemple) ne peuvent être candidats à une greffe. Enfin
le nombre de donneurs reste assez limité et ne peut faire
face à la demande actuelle de greffes dans notre pays.
Le cœur est composé d’environ deux milliards de cellules qui
chacune, constitue une unité contractile. Ces cellules se
contractent toutes ensemble, assurant ainsi la fonction de
pompe cardiaque. Au cours de l’infarctus, des millions de
cellules sont perdues, or le cœur est un organe non doté de
capacité de régénération. La perte de travail mécanique du
myocarde qui en résulte est responsable de l’insuffisance
qui se développe au cours des années après l’infarctus. La
greffe de cellules souches embryonnaires, qui ont la potentialité
de générer tous les tissus, et dont la destinée pourrait être
prédéterminée peut ainsi remplacer les zones détruites au
cours d’une attaque cardiaque.
Une nouvelle voie de thérapie dite “ cellulaire ”
Les chercheurs viennent de découvrir chez l’animal que le
myocarde constitue un terrain favorable à la transplantation
de cellules souches embryonnaires qui, en se différenciant
spontanément en cellules cardiaques, permettent une récupération
totale de la fonction mécanique. En utilisant des facteurs
de différenciation naturellement présents dans le myocarde
sain ou post-infarctus, ils ont montré qu’il était possible
d’orienter la différenciation des cellules souches embryonnaires
murines vers une destinée cardiaque. Transplantées in vivo
dans un myocarde de rat en défaillance cardiaque suite à un
infarctus expérimental, les cellules souches se différencient
spontanément en cellules cardiaques. En bloquant expérimentalement
in vitro et in vivo l’activation des récepteurs cellulaires
de ces facteurs de différenciation, les cellules souches ne
sont plus capables de se différencier mais au contraire prolifèrent
à l’état non-différencié. Les chercheurs montrent ainsi que
ces même facteurs de croissance endogènes sont responsables
de la différenciation spontanée des cellules souches dans
le myocarde.
La transplantation des cellules souches permet un repeuplement
de la zone ischémiée (appauvrie en oxygène) et fibrotique
du cœur post-infarctus et une récupération totale de la fonction
mécanique (de pompe) du myocarde défaillant, sans aucun signe
de rejet des cellules greffées. En effet les cellules souches
n’ont pas été rejetées même huit mois après les greffes hétérologues
, montrant une parfaite tolérance par l’animal hôte.
Bien que de nombreux travaux restent encore à faire notamment
sur les cellules souches embryonnaires humaines, ces résultats
ouvrent une réelle perspective pour une thérapie cellulaire
de l’insuffisance cardiaque chez l’homme. Ces travaux financés
par l’Association Française contre les Myopathies et la Fondation
de France ont été publiés le 1er octobre 2002 dans FASEB Journal
(volume 16 p 1558-1566), le journal de la Fédération des sociétés
américaines de biologie expérimentale (Stem cell differentiation
requires a paracrine pathway in the heart par Atta Behfar,
Leonid V. Zingman, Denice M. Hodgson, Jean-Michel Rauzier,
Garvan C. Kane, André Terzic, Michel Pucéat).
1 ES pour embryonnaire souche
2 Le Centre de recherches de biochimie macromoléculaire dirigé
par Marcel DOREE a été créé en 1998 et regroupe 96 personnes,
dont 41 chercheurs statutaires (CNRS, INSERM, Université)
à Montpellier. Ses activités de recherche s'ouvrent sur la
société nationale par des relations contractuelles et de partenariat
avec des organismes publics et privés. Voir le site
3 La clinique MAYO est un des plus grands centres de clinique
associée à la recherche des Etats-Unis, n°1 en cardiologie.
4 Source INSERM 2000
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