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Listéria
: découverte d'un nouveau mécanisme de régulation
Un outil potentiel pour contrôler la production de protéines
Institut Pasteur,
9 septembre 2002
L'Unité des Interactions
Bactéries-Cellules de l'Institut Pasteur, dirigée par Pascale
Cossart, en collaboration avec l'Institut de Biologie Physico-Chimique,
vient de décrypter un mécanisme moléculaire qui explique comment
Listeria monocytogenes, la bactérie responsable de
la listériose, met en route son processus infectieux chez
l'hôte : tout est question de température. Le mécanisme découvert,
publié dans Cell, pourrait être un outil intéressant dans
de nombreux domaines de recherche, et pour l'industrie.
Listeria monocytogenes
est une bactérie responsable d'une infection d'origine alimentaire
sévère, la listériose, qui survient principalement dans les
pays industrialisés. L'infection implique chez Listeria monocytogenes
l'activation de gènes lui permettant d'engager le processus
infectieux, puis de survivre et de se multiplier dans l'organisme.
Ces gènes de virulence sont exprimés de façon maximale à 37°C,
température de l'hôte humain, alors qu'ils sont quasiment
inactifs à des températures plus basses : cette bactérie,
comme d'autres, s'est donc adaptée pour mettre en route son
processus infectieux uniquement quand elle rencontre un organisme
à la "bonne" température.
Le mécanisme thermodépendant
à l'origine de ce phénomène vient d'être découvert par les
chercheurs de l'Institut Pasteur, qui ont aussi démontré qu'il
était transposable à d'autres bactéries. Il pourrait être
un outil utile au contrôle de la production des protéines.
Rappellons que les protéines
sont fabriquées à partir d'"ARN messagers" ( ARNm) qui dirigent
vers la machinerie de synthèse protéique de la cellule, les
messages codés par les gènes. En bref, un gène (un fragment
d'ADN qui code pour une protéine) est d'abord transcrit en
ARNm; l'ARNm est ensuite traduit en protéine.
On savait que l'activation
des gènes de virulence chez Listeria monocytogenes
était contrôlée par une protéine, le PrfA. Les chercheurs
ont démontré qu'à 20-30°C, l'ARNm de ce gène est produit,
mais équipé d'une structure qui empêche sa traduction en protéine.
Avec l'augmentation de la température, cette structure nommée
"thermosenseur" se déstabilise, et à 37°C, l'ARNm retrouve
une configuration normale qui permet la production de la protéine
(et donc l'activation des gènes de virulence).
Le plus intéressant en terme
d'applications est que les chercheurs de l'Institut Pasteur
ont montré qu'ils pouvaient transposer ce système à d'autres
bactéries qui en sont dépourvues. L'expérience a été réalisée
chez Escherichia coli : la production d'une protéine a pu
être contrôlée par la température en équipant le gène correspondant
de la partie codante du thermosenseur (d'où production d'un
ARNm thermodépendant).
Il devient donc théoriquement
possible de contrôler la production de protéines en fonction
de la température chez la bactérie. Cela permettrait par exemple
de provoquer la synthèse d'une protéine spécifique à un moment
précis au cours d'une expérience, ce qui intéresse la recherche
académique. Certaines bactéries sont de plus utilisées comme
"usines" à protéines (enzymes, protéines d'intérêt médical,
etc.) dans différents domaines industriels, et le thermosenseur
peut faciliter une production rapide et contrôlée dans le
temps.
Ce travail est un nouvel exemple
de la puissance des régulations par l'ARN.
Source :
- "An RNA Thermosensor Controls Expression of Virulence Genes
in Listeria Monocytogenes" : Cell, 6 septembre 2002. Jörgen
Johansson(1), Pierre Mandin(1), Adriana Renzoni(1), Claude
Chiaruttini(2), Mathias Springer(2), Pascale Cossart(1)
1. Unité des Interactions Bactéries-Cellules, Institut Pasteur,
Paris
2. Institut de Biologie Physico-Chimique, Paris
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