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Découverte d'un
nouveau neuropeptide contrôlant la prise alimentaire
Inserm
Paris, le 9 décembre 2003
Une stratégie de recherche tout à fait originale, menée au sein
de l'Unité Inserm 413 " Neuroendocrinologie cellulaire et moléculaire
", vient de porter ses fruits. L'équipe dirigée par Hubert Vaudry
vient de montrer qu'un neuropeptide, précédemment isolé chez un
amphibien, stimule fortement la prise alimentaire chez la souris,
après injection intracérébrale. Les biologistes de l'Inserm sont
de plus parvenus à cloner ce peptide chez le rat et l'homme. Ces
travaux, qui pourraient conduire à la mise au point de nouveaux
traitements des troubles du comportement alimentaire, sont publiés
dans les PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences
of the United States of America).
Les neuropeptides sont de courts enchaînements d'acides aminés
qui jouent des rôles clés d'hormones ou de neuromédiateurs dans
le cerveau comme dans le reste de l'organisme. Au total, plus
d'une centaine de neuropeptides sont identifiés, et un nombre
identique reste à découvrir. L'identification de chaque nouveau
neuropeptide ouvre la voie à celle du récepteur correspondant.
Celui-ci constitue alors une nouvelle cible pharmacologique, des
agonistes et des antagonistes pouvant être développés. Cette stratégie
s'est déjà révélée payante : les agonistes de la gonadolibérine
(un peptide qui régule la sécrétion d'hormones sexuelles), par
exemple, sont utilisés pour lutter contre les tumeurs de la prostate.
On estime que 70% des 140 récepteurs membranaires orphelins sont
ceux de neuropeptides inconnus.
De la grenouille à l'homme
Les chercheurs de l'Unité Inserm 413 ont imaginé une stratégie
expérimentale unique au monde pour identifier de nouveaux neuropeptides
chez l'homme : les isoler d'abord chez les amphibiens. En effet,
malgré leur petite taille, le cerveau de ces animaux à sang froid
contient des taux de neuropeptides jusqu'à cent fois supérieurs
à celui des mammifères. La purification en est grandement facilitée.
Hubert Vaudry et ses collègues ont validé leur méthode originale
dans les années 1990 en retrouvant chez l'homme trois neuropeptides
d'abord purifiés à partir du cerveau de la grenouille.
Découverte surprise dans un extrait issu d'amphibien
Durant ce travail, les chercheurs de l'Inserm ont relevé, dans
leurs fractions, la présence de plusieurs neuropeptides d'une
famille bien particulière : chacun de ses membres possède un motif
terminal identique (arginine-phénylalanine-amide). Ces peptides,
baptisés RFRPs, ont été très conservés au cours de l'évolution
puisqu'on les trouve déjà chez le vers C. elegans ou chez l'aplysie
(limace de mer).
Quelques membres de cette famille de peptides ont été retrouvés
chez l'homme ; ils modulent notamment l'action des endorphines*
. Mais, malgré des recherches importantes, le répertoire RFRP
n'était pas complet… Jusqu'à ce que l'équipe d'Hubert Vaudry n'ait
la surprise de découvrir, dans son extrait peptidique, une chaîne
de 26 acides aminés jusqu'alors totalement inconnue et aussitôt
baptisée 26RFa.
La comparaison de cette nouvelle séquence avec des bases de données
génomiques a pourtant révélé l'existence de séquences correspondantes
entre l'homme et le rat. Les chercheurs montrent en effet que
les séquences sont très proches d'une espèce à l'autre. 81% des
acides aminés sont conservés entre le rat et l'homme (77% entre
la grenouille et l'homme).
Grâce à des techniques de biologie moléculaires, Hubert Vaudry
et ses collaborateurs ont ensuite réussi à localiser les zones
cérébrales où s'exprime le 26RFa : deux zones particulières appelées
noyau ventromédian et aire latérale de l'hypothalamus, connues
pour être très impliquées dans le contrôle des comportements alimentaires**
. L'administration intracérébroventriculaire du 26RFa chez des
souris a confirmé ce que les chercheurs soupçonnaient déjà : le
peptide stimule fortement la prise de nourriture chez la souris.
Simultanément à ce travail, un groupe japonais a identifié le
récepteur de 26RFa, appelé récepteur orphelin n°103, présent en
abondance dans le cerveau et dans les glandes surrénales.
Plusieurs applications pharmacologiques se profilent à partir
de cette découverte. La mise au point de ligands du récepteur
103 pourrait se révéler précieux pour agir au niveau central comme
en périphérie, pour traiter aussi bien les troubles du comportement
alimentaire, notamment la boulimie, que l'hypertension artérielle.
* Les endorphines bloquent les messages douloureux en se fixant
sur des récepteurs spécifiques, ceux-là mêmes où se fixent la
morphine et l'opium.
** La destruction du noyau ventromédian inhibe la prise alimentaire
et celle de l'aire latérale, au contraire, rend les animaux hyperphagiques
et obèses.
Pour en savoir plus
- Source
"Identification of 26RFa, a hypothalamic neuropeptide of the RFamide
peptide family with orexigenic activity"
Nicolas Chartrel *, Cynthia Dujardin *, Youssef Anouar *, Jérôme
Leprince *, Annick Decker *, Stefan Clerens †, Jean-Claude Do-Régo
‡, Frans Vandesande †, Catherine Llorens-Cortes §, Jean Costentin
‡, Jean-Claude Beauvillain# , and Hubert Vaudry *
* = IFRMP23, Unité Inserm 413 " Neuroendocrinologie cellulaire
et moléculaire ", Rouen
‡ = IFRMP23, CNRS, Unité mixte de recherche 6036, " Neuropsychopharmacologie
expérimentale ", Rouen
§ = Unité Inserm 36 "pathologie vasculaire et endocrinologie rénale",
Collège de France, Paris
#= IFR22, Unité Inserm 422 "Neuroendocrinologie et physiopathologie
neuronale ", Lille PNAS, 9 décembre 2003, vol.100, n° 25, pp.15247-15252
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