|
La neuropiline
1 et la " synapse immunologique "
Découverte d'une fonction essentielle à la réponse immunitaire
Inserm,
22 mai 2002
Le déclenchement de la réponse
immunitaire primaire, essentielle à la survie des vertébrés,
vient de livrer une partie de ses secrets. Comme le montre
l'équipe de Paul-Henri Roméo (unité Inserm 567, Institut Cochin,
Paris) en collaboration avec l'équipe d'Olivier Hermine (Service
d'hématologie et CNRS UMR 8603, Hôpital Necker, Paris), cette
réponse met en jeu un récepteur qui, jusque-là, avait été
décrit uniquement dans les systèmes nerveux et du système
immunitaire. Cette découverte confirme la parenté des mécanismes
moléculaires utilisés par les systèmes immunitaire et nerveux.
De plus, elle ouvre la voie à la mise au point de nouveaux
traitements des dérèglements de l'immunité, tels que les maladies
auto-immunes, ainsi que certains cancers et infections virales.
Le système immunitaire des
vertébrés est constitué de différentes populations cellulaires
chargées de détecter puis de neutraliser des éléments pathogènes
présents dans l'organisme : virus, bactéries, parasites, mais
aussi cellules cancéreuses. Agents irremplaçables de ce système,
les cellules dendritiques surveillent continuellement l'intégrité
des tissus périphériques à la rencontre de pathogènes qu'elles
peuvent absorber. Elles migrent ensuite vers les ganglions
lymphatiques en présentant à leur surface hypertrophiée des
fragments de l'intrus (les antigènes). Dans les ganglions,
elles entrent en contact avec des lymphocytes T quiescents
pour les activer et provoquer leur prolifération. La réponse
immunitaire peut alors s'engager.
Une partie des molécules qui
participent au couplage entre cellules dendritiques et cellules
T était déjà connue, mais seule l'une d'entre elles semblait
jouer un rôle dans l'activation des cellules T quiescentes.
Le mystère persistait lorsque l'équipe de Paul Henri Roméo
(Inserm unité 567, Institut Cochin) a trouvé, sur les cellules
dendritiques, l'expression d'une protéine qui n'avait a priori
rien à y faire : la neuropiline 1. Cette dernière était identifiée
jusque-là comme un acteur majeur dans la mise en place des
réseaux de neurones. Plus précisément, elle est le récepteur
de molécules (ligands) qui guident le processus de migration
des extrémités des cellules nerveuses.
Tâchant d'en savoir plus, les
chercheurs de l'Inserm ont utilisé un anticorps dirigé contre
la neuropiline 1 et ont localisé cette protéine dans les cellules
dendritiques et les lymphocytes T de biopsies de ganglions
lymphatiques humains. La neuropiline 1 est aussi détectée
sur des cellules dendritiques en cours de maturation in vitro,
et sur des cellules T quiescentes purifiées à partir du sang
d'un adulte. Nulle trace, en revanche, de ligands connus de
la neuropiline, dans ces cellules. D'où la question fondamentale
: la neuropiline des cellules dendritiques se couplerait-elle
directement avec celle des cellules T pour déclencher la réponse
immunitaire primaire ? Par des expériences de blocage de la
neuropiline-1 ou d'expression de cette protéine dans des cellules
qui ne la produisent pas normalement, les chercheurs français
ont montré que cette interaction neuropiline 1/neuropiline
1 est nécessaire à l'interaction entre les cellules dendritiques
et les lymphocytes T.
De nouvelles expériences sont
actuellement en cours dans l'unité Inserm pour mieux comprendre
les mécanismes fins de cette interaction et un brevet a été
déposé pour l'utilisation de cette molécule et de ses dérivés
dans le système immunitaire.
Les retombées de cette découverte
sont importantes. La neuropiline 1 pourrait en effet servir
de cible thérapeutique, soit pour activer, soit au contraire
pour bloquer la réponse immune. Dans un premier temps, les
chercheurs de l'institut envisagent de tester des anticorps
anti-neuropiline 1 dans des modèles murins de pathologies
auto-immunes afin de préciser les applications médicales de
leur découverte. D'un point de vue biologique, la découverte
d'un nouveau récepteur présent à la fois dans les systèmes
immunitaire et nerveux renforce le concept de "synapse
immunologique" : les interactions cellulaires dans le système
immunitaire semblent impliquer des mécanismes, voire des molécules,
identiques à ceux utilisés dans les interactions entre cellules
nerveuses (synapses neuronales). Un nouveau champ de recherche,
au point de convergence entre deux domaines jusqu'à présent
assez éloignés, et que l'on pourrait baptiser "neuroimmunologie
cellulaire", est semble-t-il en train d'apparaître.
- Pour en savoir plus
Références bibliographiques
" A neuronal receptor, Neuropilin-1, is essential for the
initiation of the primary immune response "
Rafaèle Tordjman (1), Yves Lepelletier (2), Valérie Lemarchandel
(1), Marie Cambot (1), Philippe Gaulard (3), Olivier Hermine
(2), Pierre Henri Roméo (1)
|