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Mort subite
du nourrisson : la nicotine en question
Institut pasteur,
10 septembre 2002
Des travaux menés en collaboration
par les Laboratoires de Jean-Pierre Changeux* à l'Institut
Pasteur, d'Hugo Lagercrantz au Karolinska Institute de Stockholm
(Suède) et de Philippe Evrard à l'Hôpital Robert Debré à Paris,
démontrent l'implication d'un récepteur de la nicotine dans
la régulation des réflexes respiratoires pendant le sommeil,
réflexes qui, s'ils sont altérés, peuvent conduire à l'arrêt
respiratoire et à la mort. Cette étude, publiée dans les compte
rendus de l'Académie des Sciences Américaine (PNAS, Proceedings
of National Academy of Sciences, USA), permet d'expliquer
pourquoi l'exposition à la nicotine pendant la grossesse est,
d'après les études épidémiologiques réalisées jusqu'ici, le
facteur de risque le plus important associé au syndrome de
la mort subite du nourrisson. Les chercheurs espèrent que
leurs recherches aideront au développement de méthodes permettant
de prévenir ce syndrome chez les nouveau-nés à risque. Rappelons
que la mort subite du nourrisson reste la première cause de
mortalité en France dans la première année de vie.
* Professeur au Collège
de France et à l'Institut Pasteur, et Directeur de l'Unité
Récepteurs et Cognition associée au CNRS D1284.
La nicotine se fixe dans le
cerveau à des molécules spécifiques appelées récepteurs, naturellement
présentes pour intéragir avec un neuro-transmetteur intervenant
dans de nombreuses fonctions de l'organisme : l'acétylcholine.
Il existe une riche famille de récepteurs de l'acétylcholine,
également nommés récepteurs cholinergiques nicotiniques. C'est
en étudiant un type particulier de récepteur nicotinique (contenant
la sous-unité ß2 : ß2 nAChR) que les chercheurs ont mis le
doigt sur un mécanisme permettant d'expliquer les effets néfastes
de la nicotine dans le cadre du syndrome de mort subite du
nourrisson.
Des études préalables avaient
déjà montré que ce récepteur intervenait dans des comportements
d'apprentissage chez l'animal éveillé. Les travaux publiés
aujourd'hui démontrent qu'il joue également un rôle dans la
régulation de la respiration pendant le sommeil, notamment
dans les réflexes vitaux engagés par l'organisme face à un
manque d'oxygène.
On sait que le manque d'oxygène
pendant le sommeil, qui peut survenir spontanément sous forme
de brèves pauses respiratoires (apnées), déclenche normalement
une puissante excitation cardio-respiratoire et l'éveil. Si
cette réponse protectrice réflexe est altérée, l'apnée et
l'hypoxie sont exacerbées et peuvent conduire à l'arrêt respiratoire,
cause probable du syndrome de mort subite du nourrisson.
Les chercheurs ont comparé,
sur des souris génétiquement modifiées (dépourvues de sous-unité
ß2) et de type sauvage, les effets d'une oxygénation normale
ou au contraire faible (hypoxie), dans des conditions qui
reproduisent les apnées qui interviennent communément durant
notre sommeil. Ces expériences ont été menées, sans ou avec
injection de nicotine, grâce à un dispositif (plethysmographe)
qui permet de mesurer la respiration des souris tout en observant
ses réactions d'éveil.
Les chercheurs ont démontré
que la réponse réflexe au manque d'oxygène se trouve diminuée
chez les souris invalidées pour la sous-unité ß2, suggérant
l'implication de récepteurs contenant la sous-unité ß2 dans
cette réponse. Ils ont d'autre part mis en évidence les effets
néfastes de la nicotine, qui atténue ces mécanismes vitaux.
Les chercheurs avancent que
la nicotine, transmise (via le sang) par la mère fumeuse à
son foetus, conduirait à une activation continue du récepteur
nicotinique contenant la sous-unité ß2 pendant la grossesse,
ce qui aurait pour conséquence d'induire chez le nouveau-né
une diminution de l'efficacité des réflexes respiratoires
et d'éveil en réponse aux apnées du sommeil et donc un risque
augmenté de mort subite du nourrisson.
Clarifier le rôle joué par
le récepteur nicotinique ß2 nAChR pourrait aider au développement
d'approches thérapeutiques permettant de prévenir le syndrome
de mort subite du nourrisson en traitant les nouveau-nés à
risque. Même si la première prévention reste l'arrêt du tabac
chez la femme enceinte…
Source :
- "ß2 nicotinic acetylcholine receptor subunit
modulates protective responses to stress : A receptor basis
for sleep-disordered breathing after nicotine exposure" :
PNAS. 10 septembre 2002.
Gary Cohen*, Zhi-Yan Han¤, Régis Grailhe¤, Jorge Gallego*,
Claude Gaultier*, Jean-Pierre Changeux¤ et Hugo Lagercrantz§
* Laboratoire de Neurobiologie et de Physiologie du Développement,
INSERM E9935, Hôpital Robert Debré, Paris, France
¤ CNRS Unité Associée D1284 Récepteurs et Cognition, Institut
Pasteur, Paris, France
§ Neonatal Unit, Karolinska Institute, Stockholm, Suède
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