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Nonoxynol-9:
Inefficace pour la prévention de l'infection à HIV
OMS,
28 juin 2002
Les spermicides à base de nonoxyl-9
n’offrent aucune protection contre l’infection à VIH et pourraient
même augmenter le risque pour les femmes qui les utilisent
fréquemment, selon un rapport publié par l’OMS aujourd’hui.
Ce document conseille même aux femmes très exposées à ce risque
de ne pas les utiliser pour la contraception.
Le rapport donne les recommandations
faites par les experts lors de la réunion organisée par le
département OMS Santé et recherche génésiques et le Programme
CONRAD* dont le siège se trouve à l’Eastern Virginia Medical
School. Les spécialistes ont également conclu que ces spermicides
n’offrent pas davantage de protection contre deux autres infections
sexuellement transmissibles courantes : la gonorrhée cervicale
et la chlamydiose.
On trouve aujourd’hui le nonoxynol-9
dans la plupart des spermicides sur le marché et il a été
utilisé depuis cinquante ans dans toute une gamme de produits,
gels, crèmes, mousses, ovules, etc., utilisés seuls ou associés
à d’autres moyens de contraception comme le diaphragme. Si
l’on a espéré que ces produits pouvaient réduire le risque
d’infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH,
ils ont servi avant tout de moyens de contraception. Selon
les estimations, le nombre de femmes utilisant des spermicides
varie d’un pays à l’autre : moins de 1 % en Asie et près de
17 % dans certains pays d’Amérique latine.
« Il est clair que le nonoxynol-9
n’empêche pas l’infection par le VIH et pourrait même contribuer
à sa transmission en cas d’utilisation fréquente. Il faut
d’urgence mettre au point pour les femmes un agent microbicide
capable de diminuer substantiellement la transmission des
infections sexuellement transmissibles, dont le VIH », a déclaré
le docteur Tomris Türmen, Directeur exécutif à l’OMS de Santé
familiale et communautaire.
Dans les années 70 et 80,
des tests en laboratoire ont montré que le nonoxynol-9 inactivait
les agents responsables de la gonorrhée, des chlamydioses
et d’autres infections sexuellement transmissibles, dont le
VIH. Ces découvertes ont alimenté l’espoir de pouvoir utiliser
ce produit non seulement comme spermicide mais aussi comme
microbicide. Hélas, les essais cliniques réalisés à ce jour
n’ont pas répondu à cette attente.
Deux études citées dans le
rapport font au contraire état d’une augmentation du risque
de transmission des infections sexuellement transmissibles,
VIH compris, chez les femmes utilisant le nonoxynol-9. L’une
des explications possibles, ressortant des résultats d’autres
études, serait que ce principe actif pourrait provoquer des
lésions de l’épithélium vaginal et faciliter ainsi l’invasion
des organismes infectieux.
La fréquence de ces lésions
épithéliales semble varier avec l’intensité de l’utilisation
du produit : de 18 % chez les femmes l’appliquant une fois
tous les deux jours à 53 % pour celles qui s’en servent quatre
fois par jour, d’après une étude. Selon les conclusions des
experts, il faut conseiller aux femmes ayant plusieurs rapports
sexuels dans la même journée d’adopter d’autres méthodes de
contraception. Ils ajoutent néanmoins que pour celles qui
n’utilisent pas fréquemment les spermicides et qui ne sont
pas exposées à un risque élevé de transmission du VIH, les
produits contenant de faibles doses de nonoxynol-9 sont «
probablement sûrs ».
Le docteur Henry Gabelnick,
Directeur du CONRAD, donne une précision importante : « le
fait que le nonoxynol-9 n’offre aucune protection contre le
VIH ou d’autres infections sexuellement transmissibles (IST)
ne doit pas faire conclure à l’impossibilité de mettre au
point des microbicides mais, au contraire, inciter à accélérer
les recherches pour trouver des produits sûrs et efficaces.
»
Les chercheurs travaillent
sur une soixantaine de molécules prometteuses, dont 11 sont
parvenues au stade de l’essai clinique. Le manque de fonds
ralentit cependant les progrès. Le marché potentiel est important
: on estime à 340 millions le nombre annuel des cas d’infections
guérissables des voies génitales, mais la plupart d’entre
elles surviennent dans des pays en développement manquant
de ressources.
En ce qui concerne la contraception,
le rapport conclut que le nonoxynol-9, s’il est utilisé seul,
n’a qu’une efficacité modérée dans la prévention de la grossesse
mais il a tout de même une certaine utilité en l’absence de
tout autre moyen. Selon le docteur Tim Farley, travaillant
au département Santé et recherche génésiques : « Même si les
spermicides au nonoxynol-9 sont beaucoup moins efficaces que
la pilule, le stérilet, les contraceptifs injectables ou les
implants, ils présentent quelques avantages. Ils sont facilement
accessibles, en vente libre, disponibles pratiquement partout
dans le monde et la femme en a le contrôle ».
On ajoute parfois le nonoxynol-9
aux préservatifs masculins pour son effet lubrifiant. Les
spécialistes n’ont pas trouvé la preuve que ces préservatifs
offraient une protection meilleure contre la grossesse ou
les infections sexuellement transmissibles que ceux qui sont
lubrifiés à la silicone, le produit le plus couramment utilisé
à cet effet dans les pays en développement. Le nonoxynol-9
pouvant provoquer certains effets secondaires, les experts
recommandent de ne plus faire la promotion de ces préservatifs
mais font observer qu’il vaut tout de même mieux les utiliser
plutôt que d’avoir des rapports non protégés.
On retrouve également le nonoxynol-9
dans de nombreux lubrifiants pour les rapports anaux. Il arrive
que certains utilisateurs aient l’impression d’être protégés
contre l’infection à VIH, mais les faits étudiés par les experts
sont particulièrement troublants. Les études chez la souris
et l’homme « font apparaître un décollement important de feuillets
épithéliaux (dans le rectum) », ce qui, selon le rapport,
indique « une augmentation très probable du risque d’infection
peu après l’application des produits contenant du nonoxynol-9
».
Si les spermicides au nonoxynol-9
restent un moyen de contraception pour les femmes exposées
à un faible risque d’infection à VIH, ils sont toutefois bien
moins efficaces que la plupart des autres méthodes. Celles
qui sont exposées au risque du VIH et veulent une contraception
doivent être informées que l’utilisation systématique et correcte
des préservatifs est très efficace, pour éviter à la fois
les grossesses et les infections sexuellement transmissibles,
y compris le VIH.
* Le Programme CONRAD est
une organisation non gouvernementale gérée par le biais de
l’Eastern Virginia Medical School aux Etats-Unis. Elle a pour
mission de mettre au point de nouvelles techniques de régulation
de la fécondité et de prévention des infections sexuellement
transmissibles applicables dans les pays en développement.
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