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Un pas supplémentaire dans la lutte contre le paludisme
Inserm
Paris, le 15 février 2002
Le paludisme tue une personne toutes les 12 secondes dans
le monde, souvent un enfant de moins de 5 ans. L'émergence
des souches pharmacorésistantes du protozoaire responsable
de la majorité des infections, Plasmodium falciparum, combinée
à la résistance aux pesticides des moustiques – vecteurs de
la maladie – a contribué à la résurgence du paludisme.
Devant l'actuelle absence de vaccin efficace et la pénurie
thérapeutique, les résultats d'une équipe CNRS dirigée par
Henri Vial UMR 5539, CNRS et université de Montpellier 2.
Avec la collaboration de deux autres équipes CNRS (UMR 5810,
Laboratoire des Amino-acides, Peptides et Protéines, Montpellier
2, et UMR 5473, Centre de recherche sur les biopolymères artificiels),
une équipe néerlandaise (Institute for Applied Radiobiology
and Immunology, Primate Center TNO, Rijswijk, The Netherlands.)
et une équipe colombienne (Fundacion Centro de Primates de
l'Université del Valle, Cali, Colombie)., directeur de recherche
à l'Inserm, représentent une voie d'avenir dans le traitement
du paludisme.
Les chercheurs proposent une nouvelle stratégie thérapeutique
basée sur le blocage par un agent pharmacologique, le G25,
du métabolisme de Plasmodium.
Le G25 a été testé avec succès, in vitro et chez des singes.
En effet, une guérison définitive des animaux infectés par
Plasmodium falciparum a été observée. Ces résultats sont publiés
dans Science du 15 février 2002.
L'agent du paludisme est un parasite intracellulaire du genre
Plasmodium, dont quatre espèces sont pathogènes pour
l'homme. Sa transmission s'effectue par la piqûre d'un insecte
diptère présent dans les zones intertropicales. Aujourd'hui,
selon l'estimation de l'Organisation mondiale de la santé,
près de la moitié de la population mondiale vit dans 91 pays
localisés dans les zones tropicales d'Afrique, d'Asie et d'Amérique
latine, exposée au risque d'infection.
Si le marché mondial des antipaludiques, dominé par la chloroquine,
s'évalue environ entre 100 et 200 millions US $, les alternatives
thérapeutiques efficaces et accessibles au plus grand nombre
demeurent rares. En l'absence d'un vaccin dont la mise au
point est sans cesse différée, la chimiothérapie reste encore
l'arme essentielle contre le paludisme. Le modèle développé
par les chercheurs du CNRS et de l'INSERM, au sein d'un laboratoire
mixte avec l'université de Montpellier 2 et en collaboration
avec des scientifiques néerlandais et colombiens, fait partie
de ces approches novatrices : il est basé sur l'interférence
avec le métabolisme des phospholipides de Plasmodium.
La prolifération de Plasmodium falciparum à l'intérieur
des globules rouges s'accompagne d'une synthèse importante
de phospholipides, composants essentiels des membranes du
parasite : leur taux est multiplié par six au cours du cycle
de ce parasite. Les études effectuées par Henri Vial et son
équipe, ont permis de définir un schéma complet du métabolisme
des phospholipides chez Plasmodium.
A la lumière de ces données, la nouvelle stratégie thérapeutique
vise à empêcher la multiplication des membranes du parasite
par inhibition du métabolisme d'un phospholipide majeur (phosphatidylcholine)
des membranes. Elle bloque ainsi le développement du parasite.
Différentes molécules, pouvant jouer le rôle d'inhibiteur,
ont été synthétisées. Un composé de première génération, le
G25, a été testé. Il présente une activité antipaludique puissante
in vitro à de très faibles concentrations, y compris sur des
souches pharmacorésistantes ; il est capable, par injection
intramusculaire, de guérir définitivement des singes infectés
par Plasmodium falciparum (paludisme humain). Ce composé
se montre très puissant et très sélectif sans doute parce
qu'il s'accumule massivement dans les globules rouges.
Même s'il est concevable que le parasite finisse par trouver
une parade contre ce type de molécules et génère des résistances,
les premiers essais initiés au Cameroun et à Washington DC,
n'ont pas permis de mettre en évidence l'émergence de clones
résistants. Si cela devait arriver, grâce à une meilleure
connaissance du mécanisme d'action de ces nouvelles molécules,
de leur cible et du métabolisme phospholipidique, il serait
possible d'envisager les mécanismes susceptibles d'être employés
par le parasite pour développer ces résistances et peut être
d'y apporter les réponses appropriées.
Cette approche pharmacologique en est à un stade avancé, proche
des études précliniques. Elle peut être considérée comme l'une
des voies thérapeutiques d'avenir du paludisme. Les objectifs
actuels de l'équipe sont de développer un composé administrable
par voie orale. Ce qui rendrait le traitement plus facile
à suivre.
• Références bibliographiques
Wengelnik K., Vidal V., Ancelin M., Cathiard A.-M., Morgat
J.-L., Kocken C.H., Calas M., Herrera S., Thomas A.W. et Henri
J. Vial, 2002, A class of potent antimalarials and their specific
accumulation in infected erythrocytes. Science, 15 février
2002.
• Contact communication département des sciences de la
vie CNRS
Marie-Pascale Corneloup-Brossollet
Tél : 01 44 96 46 48
Mél : marie.corneloup@cnrs-dir.fr
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