Découverte dans le lait d’une phéromone de guidage du lapereau vers la mamelle maternelle

CNRS
Paris, le 2 juillet 2003

Pour la première fois, des travaux pilotés par l’équipe d’éthologie du Centre des sciences du goût du CNRS, en collaboration avec l’INRA et l’Etablissement national d’enseignement supérieur agricole (ENESA) de Dijon, ont révélé l’existence d’une phéromone - signal odorant spécialisé - utilisée par le lapereau nouveau-né pour localiser la mamelle de la lapine.

Toutes les femelles mammaliennes ont développé des mécanismes de signalisation destinés à faciliter le guidage de leurs nouveau-nés vers la mamelle. Parallèlement, les petits possèdent également des moyens adaptés pour détecter ces signaux. L’implication d’indices odorants a été fréquemment évoquée dans l’interaction initiale mère - nouveau-né, mais aucune recherche n’avait déterminé jusqu’alors l’identité chimique et la valeur de phéromone. Le lapin constitue un modèle singulier: en effet, les lapereaux nouveau-nés doivent fonder leur comportement quasi-exclusivement sur des signaux olfactifs puisqu’ils sont « sourds » et « aveugles » au cours des premiers jours de vie. De plus, ils sont contraints à une grande efficacité pour trouver les tétines de leur mère: celle-ci ne leur rend visite qu’une fois par jour pour une durée extrêmement brève, de l’ordre de 3 à 5 minutes. Les petits lapereaux y parviennent pourtant en quelques secondes en exprimant un comportement de fouissement du museau dans la fourrure abdominale de la mère, conclu par la localisation d’une tétine, sa préhension orale et, in fine, l’ingestion de lait. Ce comportement caractéristique est déclenché par l’odeur de l’abdomen et du lait des femelles en début de lactation.

A l’aide de méthodes couplant comportement et analyse chimique, l’équipe de Benoist Schaal et de Gérard Coureaud vient d’identifier une molécule efficace du mélange complexe de substances volatiles qui se dégage du lait de lapine. C’est grâce à l’utilisation d’un chromatographe, conçu pour l’étude des arômes alimentaires chez l’homme, et à une batterie de tests comportementaux, que les chercheurs ont pu désigner et isoler cette molécule, aussi efficace pour des lapereaux nouveau-nés que le lait lui-même. Elle déclenche, chez plus de 90% d’entre eux, les réponses de recherche et de saisie orale normalement exprimées au contact de l’abdomen maternel. Cette phéromone dénommée « phéromone mammaire » du fait de son origine est la seule parmi les autres substances volatiles identifiées dans le lait à provoquer cette réaction typique.

Ces chercheurs ont démontré également que ce signal odorant a un statut biologique particulier.
Constitué d’une molécule unique, il répond à un ensemble de critères précis. Il déclenche la même réponse chez la majorité des lapins, et son action est hautement sélective. En effet elle est confinée à cet animal à l’exclusion d’autres mammifères comme les souriceaux, ratons, chatons, et même chez le levraut pourtant proche du lapereau. Autre découverte importante: le couplage entre ce signal et ces comportements ne paraît résulter d’aucun apprentissage préalable, avant ou après la naissance et serait donc « inné ».

La découverte de cette substance ouvre des perspectives intéressantes quant aux mécanismes de son émission, de sa régulation, de sa perception et du traitement cérébral de l’information qu’elle véhicule. Elle incite aussi à rechercher des signaux ayant des fonctions comparables chez d’autres espèces de mammifères, y compris l’espèce humaine.

Référence :
Nature vol. 424, 3 juillet 2003, pages 68-72 : « Chemical and behavioural characterization of the rabbit mammary pheromone » Benoist Schaal, Gérard Coureaud, Dominique Langlois, Christian Giniès, Etienne Sémon, Guy Perrier.

 
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