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Sécurité
sanitaire et santé publique
Conférence de Presse de Monsieur Bernard Kouchner - Paris
Mardi 10 juillet 2001
La politique de sécurité sanitaire
représente une priorité du plan santé de Monsieur Kouchner,
elle justifie des réponses sur des questions de fond, mais
aussi sur des questions d'actualité de manière à mettre en
place une politique de prévention adaptée. La préoccupation
première revient à l'environnement, mais les infections nosocomiales,
la sécurité périnatale, ou encore la validité des produits
de santé, sont autant de sujets préoccupants qui justifient
un " état des lieux ".
La surveillance sanitaire en
Nord-Cotentin, dans le cadre de la mission Spira, vise
à analyser les données épidémiologiques en matière de leucémie,
chez les enfants, dans cette région. On retrouve un risque
relatif plus important chez les 5-9 ans résidant dans le canton
de l'usine de retraitement de Beaumont-La Hague, mais sur
une période de surveillance trop courte, ce qui justifie la
poursuite du système de surveillance dans cette région, en
partenariat avec l'InVS et l'INSERM.
Avec près de 250 000 enfants
exposés, le saturnisme est aujourd'hui, une priorité
de santé publique. Seule maladie non infectieuse à déclaration
obligatoire, son dépistage repose sur la plombémie (toxicité
à partir de 100µ/l, urgence à 250µ/l), sa gravité impose la
déclaration obligatoire des cas au Médecin Inspecteur de la
DDASS ou au Médecin de PMI et les risques d'accessibilité
au plomb doivent être annexés aux promesses de vente des bâtiments
construits avant 1948. D'autres mesures sont en préparation
: une campagne de sensibilisation des médecins, une information
des patients par le biais du carnet de santé, un dépistage
gratuit et enfin la prise en charge à 100 % des intoxications
saturnines.
Les investigations de la DDASS
et de l'InVS, utilisant le support technique de l'OPRI ont
permis de conclure que les pathologies retrouvées chez les
enfants ayant fréquenté l'école Franklin-Roosevelt,
construite sur le site de l'ancienne usine chimique de la
société Kodak, n'ont pas de liens environnementaux. La dernière
réunion du Comité de Suivi, à partir des données fournies
par l'INERIS, a permis de faire état de l'existence de traces
inexplicables d'hydrocarbures et d'une teneur significative
en chloroforme, justifiant la poursuite de l'étude épidémiologique
en cours, bien que ces substances ne puissent être incriminés
dans la genèse des pathologies néoplasiques retrouvées. Un
numéro vert est à la disposition des familles concernées,
une assistance psycho-pédiatrique l'est également et les médecins
du quartier ont reçu une note d'information.
Les modalités de gestion des
rejets radio actifs, dans les établissements de soins,
justifient la diffusion prochaine d'une circulaire visant
à instaurer des filières rigoureuses de tri, à élaborer des
conventions entre établissements et organismes de collecte
et traitement des déchets, à prendre en compte les risques
infectieux spécifiques, à promouvoir des valeurs-guides de
concentration des effluents et à installer des portiques de
contrôle de radioactivité pour les gros services de médecine
nucléaire. L'OPRI et l'IPSN auront en charge les deux problèmes
résiduels que représentent les rejets générés par les patients
aux-mêmes et l'harmonisation des seuils de portiques de déchetteries.
Il est, par ailleurs, probable
que les champs magnétiques domestiques émis par les
appareils ménagers et les câbles électriques des habitations
soient cancérogènes pour l'homme. Cette hypothèse d'école
repose sur les taux significativement croissants de leucémies
chez les enfants, en rapport avec les rares champs magnétiques
domestiques d'une fréquence de 50 à 60 hertz et d'intensité
supérieure à 0,4 µTeslas. Il n'a pas été mis en évidence de
cancérogénicité face aux champs magnétiques statiques ou de
très base fréquence.
Les nitrosamines formées
au contact des nitrates ou nitrites (utilisés somme conservateurs)
au contact de la viande sont, pour l'OMS, des substances cancérigènes,
en dépit de leur rôle protecteur contre le Clotridium botulinium.
Il apparaît pertinent de définir rapidement, en harmonisation
avec les autres pays de la Communauté européenne, des normes
et notamment une DJA (dose journalière admissible), et ce
sous couvert de l'AFSSA.
Le rapport du Comité National
d'Experts sur la Mortalité Maternelle fait état d'une
fréquence stable, sur les dix dernières années, de 9 à 13
décès pour 100 000 naissances vivantes. Le risque de décès
reste très corrélé à l'âge (multiplié par 12 au delà de 45
ans) et leur immense majorité est liée à des causes obstétricales
prévisibles -et donc évitables- dans 55 % des cas et inévitables
pour 40 % d'entre elles.
En matière de SIDA, force
est de constater que le système de notification demeure peu
performant, l'incidence ouverte de 2000 à 4000 cas par an
recouvrant des données très hétérogènes. Les inquiétudes actuelles
reposent sur la contamination fréquente des hétérosexuels
et des femmes, mais aussi sur la progression constante des
gonococcies et des syphilis. Les problèmes actuels regroupent
la prévention, le dépistage, les échecs thérapeutiques sur
les mutations virales, les lipodystrophies liées aux ARV,
et l'hébergement qui devrait revenir aux appartements thérapeutiques.
Les priorités d'action se portent sur la surveillance épidémiologique
(au travers du dispositif de notification), sur le dépistage
du VIH et des MTS, la promotion de l'usage du préservatif,
le dépistage génomique viral par PCR, des centres de procréation
médicalement assistée destinés aux patients VIH +, un accès
compassionnel aux antirétroviraux et une réflexion sur la
prise en charge chirurgicale des lipodystrophies.
Par rapport au plan national
de lutte contre l'hépatite C annoncé en janvier 99, les actions
menées en 2001 ont porté sur le dépistage (à partir des données
de l'ANAES en janvier 2001), sur la prise en charge (enveloppe
d e 70 MF destinée aux pôles de référence accueillant les
patients atteints d'une hépatite C et sur la réduction des
risques grâce au dépistage génomique sur les dons de sang
depuis juillet 2001, une information du public sur les risques
infectieux liés à des pratiques comme le tatouage ou le piercing
et des campagnes d'information tout public. Les attentes se
portent sur la surveillance épidémiologique par l'InVS, le
renforcement du dépistage, le traitement en accord avec les
recommandations de l'ANAES et des évaluations régulières (
http://www.sante.gouv.fr - rubrique " dossiers ").
La lutte contre les infections
nosocomiales fait l'objet d'une politique structurée sur
les CLIN et les CCLIN depuis une dizaine d'années, puis sur
une cellule ministérielle rattachée à la Direction Générale
de la Santé et à la Direction de l'Hopitalisation et des soins
depuis 95. Les actions ont porté sur la mise en place de Bonnes
Pratiques, sur la formation des professionnels, sur la mise
en place de dispositifs efficaces, sur la surveillance des
infections - aussi bien dans le secteur public que privé -,
mais aussi sur l'évaluation des actions réalisées. Les budgets
alloués par le ministère ont augmenté et les budgets hospitaliers
dédiés atteignent 81 MF en 2 ans. Les cinq CCLIN voient leur
activité à la hausse, mais des efforts restent à faire en
dehors des CHRU : audits, protocoles, surveillance des prescriptions
en antibiotiques et FMC. Le domaine de la stérilisation devra
obéir à des contraintes de plus en plus strictes et les dispositions
générales s'étendre au milieu libéral.
Les objectifs du Comité Technique
National des Infections nosocomiales (CTIN) reposent sur un
programme de surveillance, ils comprennent une enquête
de prévalence initiale, une mesure de l'incidence des infections,
une surveillance continue de la fréquence des bactéries multirésistantes
et la participation aux CCLIN. Ceux-ci se doivent d'animer
les réseaux de surveillance en chirurgie, en réanimation,
des bactéries multirésistantes, des accidents transfusionnels
et des bactériémies. Ils s'intègrent dans le réseau RAISIN
en partenariat avec l'InVS. Le signalement des infections
nosocomiales a pour effet d'alerter l'autorité sanitaire et
de surveiller l'évolution des infections signalées. Une deuxième
enquête de prévalence a été réalisé au printemps 2001, elle
a complété la première enquête de 96 et a concerné à la fois
le secteur public et le secteur privé.
Des procédures doivent être
définies en matière de stérilisation et de désinfection
des dispositifs médicaux. Le bilan du plan de contrôle
de ces activités réalisé entre 98 et 2000 fait apparaître
des améliorations significatives, avec mise en place d'un
système qualité, identification du pharmacien responsable,
mesure de prévention de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, diminution
des pratiques à risques et disparition des procédés inadaptés.
Mais des progrès sont attendus en matière d'adéquation des
locaux, de formation des personnels et de circulation de l'information
entre cliniciens et acteurs de stérilisation. Le plan d'amélioration
portera sur le renforcement réglementaire pour la mise en
place de systèmes assurant la qualité et la diffusion des
recommandations, l'aide au financement pour la mise en conformité
des locaux, le renforcement de l'évaluation et du contrôle
des dispositifs médicaux mis sur le marché et l'évaluation
de la qualité des activités de désinfection et stérilisation.
La gestion du risque lié
aux légionelles repose sur un renforcement des mesures
de prévention, compte tenu de la gravité et de la fréquence
croissante de cette pathologie transmise par inhalation.Un
rapport du Comité d'Hygiène publique va évaluer les risques
liés à chaque activité et proposer les mesures de prévention
adaptées. Les installations à risques ont été clairement identifiées
(circuits d'eau chaude à température comprise entre 25 et
43° et produisant des micro gouttelettes d'eau) et l'on doit
donc maîtriser la température et la stagnation de l'eau. Des
recommandations spécifiques vont être rédigées à l'attention
des établissements de santé et un guide interministériel sera
diffusé durant l'été 2001.
Plus volontiers épidémique,
la listériose demeure une pathologie fréquente, potentiellement
mortelle chez les immuno déprimés, les fœtus ou les nouveaux-nés.
En complément de la déclaration obligatoire, un protocole
de déclenchement d'alerte et un protocole de communication
ont été rédigés par les institutionnels, une campagne de sensibilisation
grand public a été lancée et un projet d'étude scientifique
est en cours afin de pouvoir identifier rapidement un aliment
à l'origine d'un cas sporadique de manière à le retirer rapidement
du circuit.
Le réseau d'épidémio-surveillance
français en matière d'ESB fait état de 232 cas détectés
sur un cheptel de 21 millions de têtes, de la mise en place
d'un plan de dépistage systématique sur les bovins de + de
3O mois en janvier 2001 et la confirmation d'un cas " supernaïf
" en avril dernier. Les problèmes résiduels tiennent à la
maîtrise de l'épizootie d'ESB, à la réduction d'exposition
au risque, à la recherche d'un éventuel passage de l'agent
à d'autres espèces, à la sécurisation des rejets liquides,
aux conséquences des modifications nutritionnelles induites,
la mise en œuvre effective des mesures prises et le maintien
de l'interdiction des farines et des graisses.
En matière de Maladie de
Creutzfeldt-Jakob, les mesures prises pour éviter les
risques de transmission inter humaine reposent sur la surveillance
par un réseau national, la prévention du risque iatrogène,
la surveillance du médicament, des produits sanguins, des
greffes (interdiction de greffes de dure-mère, de tympans
et de rochers), l'évaluation des dispositifs médicaux, l'accompagnement
des malades et la déclaration des suspicion d'ESST.
En matière de maladies à déclaration
obligatoire, l'InVS a considérablement amélioré le système
de codage apte à maintenir l'anonymat et ce à différents niveaux
en accord avec le décret n°2001-437 du 16 mai 2001.
La prévention des infections
à méningocoque dans l'entourage d'une personne contaminée
demeure un grave problème de santé publique pour cette maladie
à déclaration obligatoire. La période de dangerosité est évaluée
à 10 jours, le protocole de prévention repose sur l'antibiothérapie,
la vaccination, si elle existe, et la diffusion de l'information
par voie de presse.
Les maladies infectieuses liées
aux activités de loisir sont des zoonoses qui doivent faire
l'objet avant tout d'une meilleure information et surveillance.
Tous les renseignements sur ces pathologies (échinococcose
alvéolaire, fièvre hémorragique avec syndrome rénal, leischmanioses,
leptospirose, maladie de Lyme, méningo-encéphalite à tiques
et rage) vont être diffusés par voie de presse et sur le site
Internet : ( http://www.sante.gouv.fr , pole santé, rubrique
" dossiers " , puis Z pour " zoonoses ").
En matière de DHEA, les conclusions
de l'AFSSAPS sont claires, le produit n'a pas d'actvité pharmacologique
directe et les propriétés que certains lui ont portés justifient
des essais complémentaires. Par contre, il est très probable
qu'elle augmente le risque de maladie cardio-vasculaire et
qu'elle stimule la croissance de cancers hormono-dépendants.
Certains auraient remarqué un rôle positif dans les insuffisances
surrénaliennes et dans le lupus. La DHEA ne peut donc être
conseillée à la prescription dans le cadre d'une lutte contre
le vieillissement, elle justifie prescription et surveillance
médicale.
Les Bonnes Pratiques de pharmacie
hospitalière doivent s'appliquer aux pharmacies à usage
intérieur, elles comportent trois chapitres, la gestion de
la qualité, le personnel, les locaux et le matériel. Elles
sont un référentiel permettant d'améliorer la qualité des
soins.
L'AFSSAPS a pour charge de veiller
aux produits de santé et donc de gérer les alertes sanitaires.
Depuis 2001, elle a suspendu les préparations magistrales
contenant de la phenylpropanolamine, sécurisé l'emploi des
psychotropes, légiféré en matière de prescription de phénobarbital,
levé la suspension de certaines prothèses mammaires à base
de silicone, interdit la réutilisation des pinces à biopsie
et évalué le SMR de 4500 médicaments.
Les objectifs en matière de sécurité
des produits sanguins labiles repose sur une sélection rigoureuse
des donneurs, excluant les transfusés ou greffés, ceux présentant
des facteurs de risque de développement d'ESST ou ceux ayant
séjourné plus d'un an dans les îles britanniques entre 80
et 96.
Face à l'approvisionnement
aujourd'hui difficile en facteur VIII, des mesures
ont été prise afin d'optimiser et rationaliser l'accès à cette
thérapeutique pour les hémophiles A. La durée de prescription
initiale hospitalière a été ramenée de 1 an à 1 mois et un
suivi des stocks a été initialisé dans les pharmacies hospitalières
sous l'égide de la Pharmacie Centrale des Hôpitaux de Paris.
Docteur Françoise GIRARD
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