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Thérapie
génique de la drépanocytose
Guérison de la souris
AFM - Institut national de la santé et de la recherche
médicale
Paris, le 14 décembre 2001
Les résultats publiés cette semaine dans Science obtenus
grâce à une collaboration franco-américaine coordonnée par
Philippe Leboulch, directeur de l'Equipe Inserm 111, responsable
d'un laboratoire au MIT(professeur à Harvard Medical School),
marquent une étape importante vers la thérapie génique de
la drépanocytose, une des maladies génétiques les plus fréquentes
au monde due à une mutation d'un gène de l'hémoglobine. En
collaboration avec Yves Beuzard (Equipe Inserm 111, Institut
universitaire d'Hématologie, Hôpital Saint-Louis, Paris),
Philippe Leboulch vient de guérir des souris drépanocytaires
en introduisant chez ces animaux un gène produisant une hémoglobine
« anti-drépanocytaire » en quantité élevée. Ces recherches
ont reçu le soutien de l'Association française contre les
myopathies (AFM), organisatrice du Téléthon.
La drépanocytose, également appelée anémie falciforme, est
causée par la mutation d'un gène de l'hémoglobine: le gène
de la ß globine. L'hémoglobine produite, l'Hémoglobine
S, est alors anormale. Elle forme des fibres dans les globules
rouges quand elle libère l'oxygène qu'elle transporte des
poumons aux tissus. Ces fibres déforment et rigidifient les
globules rouges, qui bloquent les petits vaisseaux sanguins.
Il en résulte des douleurs très vives et des complications
qui peuvent être mortelles ou responsables de séquelles invalidantes.
Il s'agit d'une maladie héréditaire qui affecte aussi bien
les filles que les garçons et qui se manifeste seulement lorsqu'on
hérite de deux exemplaires du gène muté. Les parents n'en
possédant qu'un seul sont en bonne santé. La drépanocytose
touche chaque année 300000 nouveaux enfants dans le monde.
Ils deviennent malades quelques mois après leur naissance
lorsque l'hémoglobine footale est remplacée par l'Hémoglobine
8. Les régions les plus touchées sont l' Afrique subsaharienne
(un nouveau né sur 100 y est atteint), l'Inde, l' Amérique,
les Antilles et la Guyane, certaines régions méditerranéennes
et le Moyen-orient. En France métropolitaine, quelque 200
futurs malades sont dépistés à la naissance chaque année.
Le nombre de patients y est de l'ordre de 5000.
Le travail de l'équipe de Philippe leboulch a consisté à transférer
le gène thérapeutique (ß globine) dans les cellules
souches hématopoïetiques (qui donnent naissance à toutes les
cellules du sang) de souris drépanocytaires et à l'intégrer
dans l' ADN cellulaire. Ce transfert a été fait grâce à un
vecteur dérivé d'un lentivirus, dont les gènes codant pour
les protéines virales ont été éliminés. A la place, les chercheurs
ont inséré un gène de globine "antidrépanocytaire"
et les éléments nécessaires à son expression à un niveau élevé
et uniquement dans les cellules précurseurs des globules rouges,
les érythroblastes. L'hémoglobine produite a, non seulement,
une fonction normale, mais empêche également la formation
des fibres d'Hémoglobine S. Résultat: les souris drépanocytaires
traitées ont été guéries à long terme, en toute sécurité.
Avant d'envisager un premier essai clinique de cette thérapie
chez l'homme, les scientifiques devront vérifier que l'efficacité
thérapeutique et l'innocuité des lots cliniques sont confirmées
sur les cellules humaines. Les chercheurs espèrent également,
dans l'avenir, parvenir à augmenter encore le nombre de cellules
souches corrigées.
Ces travaux marquent une avancée importante sur la voie de
la thérapie génique de la drépanocytose chez l'homme. A l'heure
actuelle, la greffe de moelle osseuse ou de sang de cordon
constitue le seul traitement radical possible pour les malades
atteints de drépanocytose, mais seule une minorité peut en
bénéficier faute de donneur compatible ou encore du risque
thérapeutique jugé trop élevé. La thérapie génique permettra
de guérir les malades avant même que les manifestations de
la maladie n'apparaissent.
Pour en savoir plus:
Source
"Correction of Sickle Cell Disease in Transgenic Mouse
Models br Gene Therapy"
Robert Pawliuk,1,2
Karen A. Westerman,1,2
Mary E. Fabry,3
Emmanuel Payen, 4
Robert Tighe,1,2
Eric Bouhassira 3
Seetharama A. Acharya,3
James Ellis5
Irving M. London,1
Connie Eaves,6
R. Keith Humphries,6
Yves Beuzard,4
Ronald L. Nagel,3
Philippe Leboulch,1,2,4,7
1 Division of Health Sciences & Technology, Massachusetts
Institute of Technology, Cambridge, MA 02139, USA.
2 Genetix Pharmaceuticals, Inc., Cambridge, MA 02139, USA.
3 Division of Hematology, Albert Einstein College of Medicine,
Bronx, NY 10461, USA.
4 EMI Inserm 111 (Equipe mixte Inserm), Hôpital Saint-Louis,
75010 Paris, France.
5 Department of Genetics, Hospital for Sick Children, Toronto,
ON M5G1X8, Canada.
6 The Terry Fox Laboratory and the University of British Columbia,
Vancouver, BC V5Z3L6, Canada.
7 Harvard Medical School and Oepartment of Medicine, Brigham
& Women's Hospital, Boston, MA 02115 USA.
Science, n°5550, vol. 294, 14 décembre 2001 .
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