|
Le tissu adipeux,
une nouvelle source pour la thérapie cellulaire
CNRS
Paris, le 3 février 2004
L'équipe de Louis Casteilla de l'unité dirigée par Luc Pénicaud
en collaboration avec d'autres équipes du CNRS et de l'INSERM,
a démontré qu'il était possible d'obtenir, in vitro et chez la
souris, des cellules cardiaques fonctionnelles à partir de cellules
de tissus adipeux. Ces mêmes chercheurs ont également utilisé
dans un modèle murin des cellules issues de tissus adipeux humains
pour reconstruire un réseau vasculaire endommagé du membre inférieur.
Ces travaux permettent d'envisager pour la première fois l'utilisation
des cellules de tissus adipeux en thérapie cellulaire. Ils font
l'objet de deux publications dans Circulation Research le 6 février
2003 et dans Circulation le 10 février 2004, qui sont déjà disponibles
en ligne.
La thérapie cellulaire est une stratégie thérapeutique très prometteuse
basée sur l'injection de cellules immatures susceptibles d'acquérir
la morphologie et la fonction des cellules déficientes dans un
tissu lésé. Utilisée depuis plusieurs dizaines d'années dans le
cas de greffes de moelle osseuse, son extension à tous les tissus
endommagés suscite de grands espoirs, notamment dans des domaines
où il n'existe pas à l'heure actuelle de traitement. C'est le
cas des patients présentant une ischémie (ischémie : arrêt de
la circulation sanguine dans une zone localisée de l'organisme)
induite par une obstruction vasculaire et qui ne peuvent plus
être traités par des techniques chirurgicales classiques. Deux
pathologies en particulier sont concernées : l'infarctus du myocarde
et le diabète. Au cours d'un infarctus les zones du coeur qui
ne sont plus perfusées suite à l'occlusion des vaisseaux qui les
irriguent dégénèrent. Les complications rencontrées dans le diabète
sont quant à elles à l'origine d'un déficit de vascularisation
au niveau des membres inférieurs, qui peut aboutir à une nécrose
et à l'amputation des membres atteints. Des stratégies thérapeutiques
basées sur l'administration de cellules souches ont été envisagées
pour apporter de nouvelles cellules musculaires améliorant la
capacité de contraction du cœur ischémié ou de nouvelles cellules
vasculaires améliorant la perfusion du tissu atteint.
Les chercheurs du CNRS de Toulouse ont démontré pour la première
fois, qu'il était possible in vitro d'obtenir des cellules cardiaques
fonctionnelles à partir de cellules de tissus adipeux chez la
souris : après quelques jours de culture dans des conditions très
simples, certaines cellules issues du tissus adipeux se différencient
spontanément en cellules rondes qui se contractent de manière
rythmique. Ces cellules présentent toutes les caractéristiques
morphologiques et moléculaires de cellules cardiaques (collaborations
avec l'équipe CNRS du Centre de recherches de biochimie macromoléculaire
à Montpellier, et les Universités de Navarre et Valence, Espagne).
Le rythme des contractions peut être modulé in vitro par les mêmes
agents nerveux et pharmacologiques que le rythme cardiaque dans
l'organisme. Cette première étape est cruciale, elle ouvre en
effet une voie originale et prometteuse à la thérapie régénératrice
du muscle cardiaque.
De plus, en partenariat étroit avec Jean-Sébastien Silvestre et
Bernard Lévy de l'unité Inserm 541 " Biologie et physiologie moléculaire
du vaisseau " dirigée par Alain Tedgui (Paris), ces mêmes chercheurs
viennent de démontrer qu'il était possible in vivo, dans un modèle
murin d'ischémie du membre inférieur, d'utiliser des cellules
issues de tissus adipeux humains pour reconstruire un réseau vasculaire
endommagé. Après injection, ces cellules stimulent fortement la
formation de nouveaux vaisseaux sanguins par la sécrétion de facteurs
favorables et la transformation in situ des cellules des tissus
adipeux en cellules constituant les vaisseaux sanguins. Cette
étude apporte pour la première fois la preuve, avec des données
fonctionnelles, que des cellules de tissus adipeux humains peuvent
être utilisées en thérapie cellulaire.
Les tissus adipeux pourraient donc être une source particulièrement
intéressante de cellules pour la thérapie cellulaire. En effet,
ces tissus rassemblent beaucoup de critères favorables : ils représentent
environ 10% du poids corporel chez un individu adulte sain et
jusqu'à 50% chez des obèses ; leur utilisation ne présente pas
de problème éthique ; ils sont prélevés sans grande difficulté
et dommage majeur pour le patient par les techniques de liposuccion
qui sont effectuées en routine sous anesthésie locale. Jusqu'à
l'heure actuelle, ces tissus étaient utilisés en chirurgie plastique,
mais leur capacité de régénération cellulaire semblait limitée.
Références :
Spontaneous Cardiomyocyte Differentiation From Adipose Tissue
Stroma Cells. Planat-Benard V, Menard C, Andre M, Puceat M, Perez
A, Garcia-Verdugo JM, Pénicaud L, Casteilla L. Circ Res. 94, ppXX.
2004 Feb 6
Plasticity of human adipose lineage cells towards endothelial
cells: physiological and therapeutic perspectives. Planat-Benard
V., Silvestre JS, Cousin B, André M, Nibbelink M, Tamarat R, Clergue
M, Manneville C, Saillan-Barreau C, Duriez M, Tedgui A, Levy B,
Pénicaud L, Casteilla L, Circulation. 109, ppXX. 2004 Feb 10
|