Comment développer et améliorer les actions de prévention dans le Système de Santé Français

Présentation du rapport au nom d'un groupe de travail
Académie Nationale de Médecine
,
11 avril 2002

M. Maurice Tubiana, Président de l'Académie de médecine, Vice-président et rapporteur du groupe de travail
M. Marcel Legrain, Président du groupe de travail

Caducee.net était présent à cette conférence de presse - Consultez notre dépêche sur le sujet :
L’académie de médecine mise sur l’éducation des plus jeunes pour améliorer la prévention de la mortalité prématurée en France

Synthèse des chiffres Santé

ESPERANCE DE VIE

· L'écart moyen de vie est de 8 années entre les ouvriers non qualifiés et les cadres supérieurs, de 5 ans entre les hommes des régions Nord-Pas-de-Calais et Midi-Pyrénées.
· L'écart moyen de vie entre les hommes et les femmes est de 7,5 ans au profit de celles-ci . La surmortalité masculine prématurée (avant 65 ans) est importante; cinq facteurs sont à son origine : tabac, alcool, accidents, suicides et affections liées à l'obésité et la sédentarité.

Entre 40 et 64 ans, c'est la période de la vie où se développent les conséquences des comportements. La mortalité masculine, en France, est alors de 50 % supérieure à la moyenne de celle des autres pays industrialisés.

MORTALITE MATERNELLE

Elle est actuellement la plus élevée de l'Union européenne.

TABAGISME

On observe très précisément l'influence des facteurs sociaux (état matrimonial : les célibataires et les divorcés fument plus que ceux vivant en couple) et du niveau d'éducation.
A peine un tiers des femmes fumeuses parviennent à s'abstenir de fumer pendant leur grossesse et ce pourcentage est plus faible dans les catégories socio-économiques défavorisées. Le tabagisme de la femme enceinte est un problème majeur car il a des conséquences graves : petit poids à la naissance, prématurité, etc. Après la naissance, le tabagisme passif (la fumée des autres) entraîne comme conséquences : syndrome de mort subite du nourrisson, asthme, bronchiolites, rhinopharyngites, otites, retard staturo-pondéral Ces affections causent quelques centaines de décès et peuvent contribuer au retard scolaire.

De 18 ans à 24 ans, les Français des deux sexes sont ceux qui fument le plus dans l'Union européenne (environ 50 % contre 18 % en Finlande et en Suède). Pour l'ensemble des sujets de plus de 15 ans, la France se situe en deuxième position, derrière la Grèce et devant l'Espagne.

ALCOOLISME

Il y a en France environ cinq millions de personnes dont la consommation d'alcool est à risque et deux millions d'alcoolo-dépendants. Avec 40 000 décès par an, dont 23 000 de maladies qui lui sont directement attribuables, la mortalité liée à la consommation d'alcool reste en France l'une des plus élevées au monde et représente la deuxième cause de mortalité prématurée, après le tabac, malgré une diminution régulière de la consommation depuis cinquante ans.

DROGUES

La proportion de jeunes de 18 ans scolarisés consommant de façon répétée du cannabis a presque triplé chez les garçons de 1993 à 1999, pour atteindre 35 %, contre 16 % en moyenne chez les jeunes Européens. La France se place ainsi parmi les pays, où à 16 ans, les jeunes sont le plus à la recherche de sensations fortes alors qu'il y a cinq ans à peine les jeunes Français étaient dans la moyenne.

OBESITE

· On trouve 7 % des enfants obèses en zone d'éducation prioritaire
· L'obésité est inégalement répartie sur le plan géographique : elle est particulièrement élevée dans le Nord de la France) et social (elle est d'autant plus fréquente que le niveau d'éducation et le revenu sont moins élevés).

40 % des Français souffrent de surcharge pondérale. De plus, et c'est le plus inquiétant, on observe une proportion élevée d'enfants obèses (en 2000, parmi les enfants de 6 ans, 10 % sont en surpoids et 4 % obèses soit au total 14 % contre 3 % en 1960) ; or l'obésité est une maladie chronique qui régresse rarement, les enfants obèses deviennent souvent des adultes obèses. Paris est en Europe, avec Rome, une des villes où la proportion d'enfants avec poids trop élevé est la plus forte : 11,6 % en surpoids et 5 % obèse.

ACCIDENTS

Dès 11 ans, les enfants français sont victimes d'un plus grand nombre de traumatismes que les enfants du même âge des autres pays industrialisés (enquête OCDE), ce qui témoigne d'une attirance pour le risque. Entre 15 et 19 ans, 25 % des sujets ont été victimes d'un accident au cours des douze derniers mois : traumatismes liés aux activités sportives (31 % des cas), accidents de la circulation (18 %), accidents domestiques (17,6 %), etc.

Les accidents de la route sont une cause majeure de mortalité et d'infirmité et occasionnent 10 % du total des années de vie perdues. Leur fréquence est en France plus de deux fois supérieure à celle du Royaume-Uni ou de la Suède. Ils causent, chaque année, environ 8 000 décès et 150 000 blessés dont 4 000 handicapés graves à vie. Ces chiffres n'ont diminué que très faiblement au cours de ces dernières années et restent très supérieurs à la moyenne de l'Union européenne surtout chez les jeunes. Par nombre d'habitants le nombre de décès est le 3ème dans l'Union européenne (derrière la Grèce et le Portugal, légèrement devant l'Espagne).
· La mortalité routière cause 1,5 % des décès mais atteint 25 % (40 % pour les hommes) dans la tranche 15-25 ans.

Les accidents domestiques. Leur fréquence a diminué de moitié depuis 1965 mais ils restent à l'origine d'environ un tiers des décès entre 0 et 15 ans, et de la moitié entre 15 et 24 ans. Ils sont plus fréquents dans les familles de faible niveau socio-économique (rôle du niveau d'instruction mais aussi coût élevé des dispositifs les plus performants, par exemple pour les sièges automobiles des jeunes enfants). Les enfants des familles défavorisées, nombreuses ou monoparentales sont plus exposés. Les parents sont souvent mal informés sur les capacités psychomotrices des enfants et leur évolution en fonction de l'âge.

SUICIDES

· Les tentatives de suicide sont plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes, mais les décès par suicide sont trois fois plus fréquents chez ces derniers.
· La fréquence des suicides varie selon les régions, elle est double en Bretagne que dans la région Midi-Pyrénées.
· L'alcoolisation et l'usage inconsidéré de certains antidépresseurs favorisent le passage à l'acte. Les sujets à risque représentent 7 % des élèves de 11 à 19 ans et plus de 15 % des jeunes à insertion.

Il y a en France chaque année environ 150 000 tentatives de suicide et 11 000 décès. Ces chiffres sont probablement sous-estimés car, pour des raisons diverses, certains suicides sont enregistrés comme des accidents. Les suicides sont, après les accidents, la seconde cause de mortalité entre 15 et 24 ans (entre 700 et 900 décès/an) ainsi qu'entre 25 et 34 (au total 4 500 décès/an entre 15 et 44 ans).

La France se trouve parmi les pays les plus touchés de l'Union Européenne, avec des valeurs doubles de celles de la Suède ou du Royaume-Uni, mais voisines de celles de l'Italie, de l'Espagne ou du Portugal.

Maltraitance : environ 50 000 enfants font l'objet d'actions judiciaires ou sont pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Le chiffre réel est vraisemblablement plus élevé encore car son estimation est difficile. Il pourrait en résulter 600 à 800 décès par an, mais l'estimation de ce nombre est délicate.Il faut insister sur la fréquence des violences sexuelles (inceste, pédophilie, attentats à la pudeur, pornographie infantile, prostitution infantile). On a estimé que, avant 18 ans, 10 à 25 % des filles et 10 à 12 % des garçons ont été victimes d'abus sexuels. Ceux-ci laissent des séquelles psychologiques très graves ; ils sont à l'origine d'une proportion notable des suicides, d'autant que l'enfant violenté se sent souvent rejeté par sa famille, voire coupable. Dans l'enquête CFI - pâque, le pourcentage de tentatives de suicide passe pour les garçons de 8 % chez ceux n'ayant pas subi de violence à 40 % chez ceux en ayant été victimes et pour les filles de 9 % à 48 %. On trouve des accroissements comparables pour les fugues, les dépressions et l'usage des drogues.

MALADIES REEMERGENTES

Infectieuses

Malgré les progrès dus aux antibiotiques, de nouveaux agents essentiellement viraux, apparaissent constamment. De nouvelles menaces sont ainsi apparues dont les unes posent de graves problèmes de santé publique (hépatites virales et sida) et les autres suscitent des angoisses bien que leur incidence soit relativement faible et ait plutôt tendance à diminuer (mortalité due aux infections d'origine alimentaire, telles que les listérioses, aux légionelloses, aux fièvres hémorragiques).

> La moindre fréquence des maladies infectieuses a entraîné un moindre respect des règles d'hygiène ;
> Les résistances des bactéries aux antibiotiques se sont développées, en particulier en France où leur usage a souvent été excessif.
> Le nombre de sujets immunodéficients, donc moins résistants aux infections, a augmenté en raison même des succès de la médecine : personnes âgées ou atteintes d'affections causant une immunodépression (greffe d'organe, sida, chimiothérapies, etc.) ou en état de moindre résistance (immigrés récents, sujets en état de précarité).

La réémergence de la tuberculose constitue une menace sérieuse (8 à 10 000 nouveaux cas/an et un millier de décès). Certaines maladies exotiques comme le paludisme et autres fièvres réapparaissent du fait des voyages dans les pays en développement.

infantiles

· La couverture encore insuffisante de la vaccination antirougeoleuse (80 %) est à l'origine d'un recul de l'âge moyen de la maladie et d'une augmentation notable de la morbidité (et de la gravité) parmi les adolescents et les adultes jeunes. Il en va de même pour la rubéole (ce qui est grave pour les femmes enceintes) tandis que la coqueluche connaît une résurgence notable.
· Le dépistage néonatal de certaines affections est actuellement systématique. Chaque année, environ 250 nouveau-nés sont ainsi dépistés et traités. Mais, malgré les questions d'éthique soulevées, certaines maladies candidates ne sont pas retenues car trop peu fréquentes (leucinose (1/200.000), galactosémie (1/60.000), peu graves (histidinémie), non traitables (myopathie), de détection difficile (nombreux faux-positifs) et très coûteuse (homocystinurie, hyperammoniémie).

 
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