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AGRIP : Grippe,
un virus voyageur
Mardi 6 novembre 2001 - Paris
Pr C.Hannoun, Pr D.Peyramond, Drs P.Bargain et M.Clérel
(ADP), Dr J.M. Cohen( Grog, Open Rome)
Rédacteur : Dr F. Girard
L'association AGRIP poursuit
sa mission de diffusion d'information, de recherches et de
perspectives sur la grippe.
Les enjeux de cette communication reposent sur l'existence
actuelle d'une stratégie thérapeutique claire associant de
manière complémentaire vaccination et traitement antiviral,
mais aussi sur la nécessité d'une évaluation du coût réel,
financier et social, indispensable compte tenu des millions
de français concernés.
La communication Agrip repose sur plusieurs items, le "baromètre
grippe Sofrès" , une plaquette d'information distribuée
en officine, un CD-audio, et des publications ( 4ème congrès
international, JAG, JNI).
Le bilan actuel fait apparaître que 70% des patients vaccinés
seront correctement immunisés contre le virus, que 75% des
sujets âgés sont vaccinés, mais que seuls 40% de ceux à risques
se font vacciner. La nécessité de la diffusion de l'information
est donc primordiale, aussi bien en direction des professionnels
que du public.
La veille sanitaire interne
et la stratégie vaccinale aux Aéroports de Paris (ADP)
concerne largement la grippe puisqu'il s'agit d'une maladie
qui voyage très bien par avion et qu'un aéroport peut être
défini comme"un ombilic de l'espace, point où convergent
les routes aériennes". Ceci étant largement corroboré
par le fait qu'aucun point du globe n'est à plus de 24 heures
d'avion d'un autre, faisant ainsi de l'aéroport le premier
filet d'identification biologique.
Les trois services médicaux d'urgence ADP sont des sentinelles
en veille 24 heures sur 24, 365 jours par an. Leurs missions
sont variées. Ils se doivent d'apporter une réponse immédiate
à la demande dans leurs centres de consultation qui reçoivent
un flux hétérogène d'usagers ( 49 millions de passagers ont
transité en 2000, 65 000 personnes y sont salariées et un
nombre difficilement identifiable d'accompagnants peut également
avoir besoin de leurs services).Leur rôle est aussi de faciliter
l'intervention de secours en cas d'accident, d'assurer la
vaccination contre la fièvre jaune, de dispenser des conseils
aux voyageurs, d'organiser des campagnes vaccinales antigrippales,
voire antiméningoccocémiques (W 135 obligatoire) pour les
pèlerins du Hadj, de prendre en charge les rapatriements sanitaires
et leurs médecins être capables d'évaluer les risques en cas
d'alerte sanitaire en partenariat avec le Contrôle Sanitaire
aux Frontières et ce dès la coupée de l'avion. De plus, ces
services participent à la formation des infirmiers qui trouvent
là un pôle d'excellence. C'est ainsi que l'an dernier 25 000
consultations ont été réalisées, 35 000 soins infirmiers dispensés,
ils ont concerné des passagers dans 30% des cas, des membres
du personnel dans 60 et des attendants dans les 10 autres
%.
La survenue d'une épidémie de grippe au niveau du personnel
ADP représenterait un handicap de fonctionnement majeur aussi
les services de médecine du travail s'emploient-elles activement
à convaincre les employés, notamment les plus jeunes, du bien
fondé d'un tel geste préventif.
Le franchissement de nos
frontières par le virus grippal repose sur un élément
fondamental, l'extrême transmissibilité aérienne du virus.
Une fois excrété par le malade, en très grosses quantités
dans l'atmosphère, il se dessèche en petites particules dans
lesquelles il survit quelques heures en fonction de la température,
de l'humidité ou encore de la luminosité. Il pénètre ensuite
dans le corps du receveur par voie respiratoire ou par la
muqueuse conjonctivale, et sa circulation est ensuite très
rapide.
Pour que survienne une épidémie, le virus doit être introduit,
importé, il circule ensuite allègrement d'un sujet à l'autre
acquérant au passage des capacités de mutation et donnant
ainsi naissance à de nouveaux variants. La période épidémique
de l'hémisphère nord (HN) se situe d'octobre à mars, et de
mai à août dans l'hémisphère sud (HS), alors que la zone tropicale
demeure une zone endémique permanente, avec des fluctuations
liées aux périodes de pluies.
An niveau planétaire, l'épidémie sévit donc dans l'HN d'octobre
à mars, et en même temps dans les zones tropicales, des virus
HN descendent vers les tropiques et des tropicaux montent
dans l'HN, tout en mutant ! et ensuite le même phénomène se
produit entre l'HS et les tropiques, et ce basculement hémisphérique
explique et les mutations et la dissémination virale.
Les exemples de transferts sont nombreux : en 1969, les marins
grippés d'un bateau espagnol ayant accosté à Stornoway ont
contaminé l'Ecosse puis la Norvège; en 1977, une femme contaminée
par le virus H3N2 a transmis à 38 des 53 passagers d'un vol
Alaska-US, retardé, sa grippe qui a ensuite diffusé dans 9
états américains; en 1989, un jeune femme contaminée par un
virus B, en provenance de Los Angeles, a contaminé son fils
et son mari, mais le virus, plus fragile que le A, s'est ensuite
trouvé en échec ! En Septembre 1968, les participants d'un
congrès à Téhéran se sont vus contaminés à 40% par une grippe
amenée par des congressistes venant de Hong kong et à leur
retour, les derniers contagieux ont pu encore contaminer dans
leurs pays d'origine !
Enfin, les animaux, notamment les tadornes, peuvent s'infecter
avec des virus grippaux connus. On a remarqué que les tadornes
d' Europe du Nord se retrouvaient en été dans les îles de
la Frise, et qu'à leur retour sur leurs terres d'origine,
ils étaient porteurs de virus nouveaux.
D'autres part, des recombinaisons virales peuvent se produire
: les virus aviaires peuvent se mélanger avec les virus humains
en transitant par le porc, donnant ainsi des virus pathogènes
pour l'homme porteurs d'antigènes de surface de virus d'oiseau.
Les risques de transports viraux par les oiseaux se surajoutent
donc à ceux liés aux déplacements humains.
Les dispositifs de surveillance
à l'arrivée des vols justifient les liens forts et anciens
qui existent entre ADP et le GROG, ce d'autant que le virus
grippal voyage bien dans le milieu clos de l'avion, que les
aéroports sont des passages obligatoires entre les pays et
que si l'on veut rapidement mettre en place un dispositif......il
est indispensable d'être sur place. Face à un soupçon de grippe
( et après avoir éliminé dengue et paludisme !), un prélèvement
nasal ou rhino-pharyngé est adressé par voie postale à l'Institut
Pasteur avec les coordonnées du patient qui sera tenu informé
des résultats. Ainsi une quarantaine de prélèvements sont
réalisés chaque années, mais une dizaine seulement sont positifs.
En cas de besoin, le dispositif peut passer en alerte maximale,
et ce, à la demande de l'InVS, avec mobilisation et évaluation
médicale à la descente de l'avion. Le plus souvent ce type
de démarche qui encadre les gens vise à les rassurer. Une
communication rapide et efficace est indispensable aussi bien
au niveau des passagers que du personnel de base de l'aéroport
qui en face dune potentielle menace tendra à déserter les
lieux en absence d'éléments objectifs. Il s'est avéré que
le dispositif d'urgence mis en place lors de la grippe du
poulet, à la demande de Bernard Kouchner, a pu faire preuve
de son extrême efficience. Une vingtaine de cas de grippe
du poulet survenus à Hong kong ( dont un tiers avaient été
mortels) avaient mis l'OMS en alerte et seule la France a
été capable de mettre en place une veille spécifique avec
une information correcte des passagers concernés, des prélèvements
centralisés réalisés chez ceux qui étaient malades, avec affichettes
dans les zones de livraison des bagages, numéro vert dirigé
sur l'Institut Pasteur ( qui répondait!), annonce aux médecins
GROG qui recevaient des kits diagnostiques, après avoir eu
un briefing téléphonique. Pour un coût très faible, La population
a été ainsi rassurée et prise en charge, alors que les médias
se répandaient en propos dramatisants !
Si l'on essaie d'évaluer
les actions possibles contre la grippe, on remarque que
la distribution des cas de grippe par tranche d'âge fait apparaître
deux pics de fréquence, chez les 15-64 ans et les 0-4 ans
(alors que plus de 65 et les 5-18 paraissent épargnés), mais
également une extrême mortalité
chez les plus âgés, mortalité fortement potentialisée( toutes
tranches d'ages confondues) par les pathologies associées
( maladies cardio-vasculaires, pulmonaires, diabète).
La transmissibilité du virus grippal est considérable, un
seul sujet pouvant contaminer entre 15 et 25 autres sujets.
Les différents réseaux de surveillance transmettent une information
amplifiée aux Centres Nationaux de Référence qui à leur tour
transmettent leur données à la DGS et à l'InVS, qui à leur
tour formulent des directives d'urgence, si besoin est. des
laboratoires de virologie universitaires, le maillage de l'OMS
et des réseaux sentinelles mondiaux complètent le dispositif,
et l'on peut savoir , presque en temps réel, ce qui se passe
dans les deux hémisphères. En comparant la souche virale de
l'HS à celle de l'année précédente, on peut ainsi faire des
propositions vaccinales "miroir" avec trois souches
virales identifiées ou très proches de celles-ci.
En matière de recommandations vaccinatoires, celles
du Conseil Supérieur d'Hygiène doivent retenir toute notre
attention.
Il apparaît indispensable de vacciner tous les sujets à partir
de 65 ans ( et non plus 70 ans), ainsi que les personnes à
risque précisé, à savoir : les affections broncho-pulmonaires
(asthme, dysplasie broncho-pulmonaire, mucovicidose), les
cardiopathies congénitales mal tolérées, les insuffisances
cardiaques et les valvulopathies graves, les néphropathies
chroniques graves et syndromes néphrétiques purs et primitifs
(dont les déficits immunitaires associés sont souvent sévères),
les hémopathies (drépanocytose, thalasso-drépanocytose), tous
les types de diabète, et les déficits immunitaires cellulaires.
La vaccination est conseillée dans un certain nombre d'autres
cas : les personnes séjournant dans un établissement de moyen
séjour, quelque soit leur age, les enfants et ados sous acide
acétyl salicylique au long cours, les professionnels de santé,
et enfin...les voyageurs qui transitent d'un hémisphère à
l'autre !
Cette vaccination sera proposée de manière concomitante à
la vérification des vaccins fondamentaux universels ( diphtérie,
tétanos, polio, hépatite B) et validation des vaccins réglementaires
(fièvre jaune) et exotiques (typhoïdes, hépatite A, méningococcémie,
rage, encéphalite à tique ou japonaise).
En matière de vaccin contre la grippe, les travaux se poursuivent
sur des vaccins adjuvés, des vaccins vivants atténués et une
voie d'administration nasale.
Mais un autre moyen de prévention repose sur les antiviraux,
les inhibiteurs de la Neuraminidase (INA) qui s'attaquent
à un moment spécifique de la dynamique du virus: sa libération
hors de la cellule , avec pour objectif l’infection des cellules
de voisinage. .Ces INA sont des éléments nés de l'outil informatique
et deux molécules sont aujourd'hui disponibles, l'Oseltamivir
et le Zanamivir. Les nombreuses études sur le Zanamivir ont
mis en évidence une diminution rapide et importante de la
symptomatologie, une amélioration de l'état du sujet, une
prévention des complications, donc une diminution de la mortalité
chez les sujets à risques, et ce, à la condition d'une prise
rapide, de préférence dans les premières heures.
La prophylaxie contre la grippe
repose bien sûr sur la vaccination, mais en période épidémique,
tous les patients ne sont pas vaccinés et le vaccin peut être
moins efficace ( variant différent de la composition vaccinale,
réponse immune diminuant avec l'âge).
Les antiviraux s'intègrent alors dans une stratégie prophylactique
familiale, communautaire, des maisons de retraite, ou encore
en association avec le vaccin, ou lors d'une vaccination tardive
ou pour pallier aux échecs du vaccin.
Pour le sujet non vacciné, il faut impérativement vacciner
en période pré épidémique, mais en période épidémique, la
protection vaccinale n'est pas efficace avant 12 jours, d'où
l'intérêt d'une prescription première d'INA.
La prophylaxie anti-grippale du voyageur se propose en cas
de contact avec des malades, au retour d'une région épidémique
ou d'un voyage professionnel court dont les risques sont mal
identifiables. Bien qu'encore hors AMM, un protocole prophylactique
par Zalamivir à demi doses pourrait être proposé à ces sujets
( en sachant que cette prophylaxie ne perdure qu'autant que
le traitement est maintenu).
En matière de validité des vaccins, il apparaît que le virus
grippal est lent et qu'il reste donc valable d'un hémisphère
à l'autre, celui de l'HN protège en HS, mais depuis quelques
années, l'OMS présente deux propositions de souches vaccinales
, une en février pour l'HN et une en septembre pour l'HN (
mais il peut ne pas y avoir de modifications apportées à 6
mois d'intervalle).
Enfin.....quelle est la
place du virus de la grippe dans la guerre bactériologique
?
Le Pr D.Peyramond rappelle qu'il existe des éléments en faveur
de cette hypothèse : une extrême contagiosité, une grande
diffusion possible, un grand danger en cas de virus d'un nouveau
type car ne répondant pas à la vaccination et d'autant plus
efficace que dispersé dans une zone climatique tempérée et
qu'il n'existe pas de stock d'antiviraux disponibles en quantités
suffisantes.
Mais les éléments contraires sont de taille : il est très
difficile de fabriquer un virus d'un nouveau type compte tenu
de son caractère très fantasque , sa stabilité est extrêmement
difficile à assurer ( le virus pourrait se retourner contre
ses propres expéditeurs !) et la délicatesse de l'opération
fait que très peu de laboratoires en ont aujourd’hui capables.
Surtout toutes les équipes actives se connaissent et aucun
programme de recherche n'est connus à ce jour dans ce domaine.
Pour en savoir plus, caducee.net a rédigé un dossier sur la
grippe Voir le document
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