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actualité médicale

Alcool, expertise collective

Conférence de presse, INSERM - Paris - 20 septembre 2001
Rédacteur : Dr F. Girard

Experts :C. Berr, F. Clavel-Chapelon, S. Dally, J.L. Daval, F. Fumeron, C. Girre, B. Larroque, D. Lucas, P. Marques-Vidal, P. Mathurin, B. Nalpas, H. Rouarch
Coordination scientifique : J. Etiemble

Cette expertise a été réalisée à la demande de la Cnamts, du CFES, et du Mildt (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) avec pour but l'évaluation des effets sanitaires de la consommation d'alcool. En effet, il est aujourd'hui reconnu que la consommation d'alcool régulière et excessive est dangereuse pour la santé et responsable de 23 000 morts par an. Il faut intégrer des suceptibilités individuelles, telles que le sexe ( les femmes sont plus vite touchées que les hommes), les effets différés et aussi un effet protecteur au delà de 45 ans sur les maladies cardio vasculaires.

L'alcool touche différents organes. Au niveau du foie, il induit stéatose, hépatite alcoolique et cirrhose, volontiers favorisés par la malnutrition. Il a été mis en évidence que 30 gr d'alcool par jour induisait une cirrhose chez une femme, en 10 ans, alors qu'il faudra 50 gr pour un homme et 15 ans d'intoxication, et 40 à 80% d'entre eux décéderont dans les 5 ans suivant la découverte de la cirrhose. Les cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS) ont un risque de survenue multiplié par 2 à 6 par rapport à ceux qui ne boivent pas et ne fument pas, et, à partir d'une d'une consommation régulière de 45 gr d'alcool, ils ont 2 fois plus de chances de présenter un cancer des VADS. Si ces sujets fument plus de 40 cigarettes par jour, ce risque de cancer est multiplié par 15 et celui de cancer de l'oesophage par 44.
Il existerait également une relation entre cancer du sein et consommation chronique d'alcool : au delà de 10 gr, le risque augmenterait de 10% tous les 10 gr supplémentaires.
Au niveau du système nerveux, l'alcool a un effet psychostimulant et désinhibant, mais il augmente le taux d' erreurs. Chez les alcooliques chroniques, les troubles cognitifs sont fréquents et peuvent persister après le sevrage, l'ethanol ayant une toxicité directe propre et une action indirecte induisant des carences vitaminiques.

La mise en place de campagnes d'information et de prévention doit cibler les populations concernées. Chez les 20-25 ans, il n'y a pas de mortalité liée à la consommation chronique et le message de prévention doit les sensibiliser à l'effet différé de la consommation. Après 45 ans, cette mortalité est évaluée à 20 - 25%, le taux de décès est maximal entre 45 et 64 ans et la relation avec les cancers des VADS est clairement établie. Par contre l'alcool diminue de 10 à 50% le taux de survenue de maladies cardiovasculaires, à condition d'une consommation inférieure à 20 gr et ce quel que soit le type de boisson. Cet effet s'explique par un augmentation du HDL - cholestérol et une modification des facteurs de coagulation. Il aurait également un rôle, après 60 ans, sur le maintien des fonctions cognitives chez les femmes et préventif des démences.

Il convient d'insister sur les situations à risques. Les femmes enceintes qui consomment régulièrement de l'alcool font prendre à leur enfant à naître des risques de troubles pychomoteurs liés à la diffusion transplacentaire de l'éthanol, pouvant aller jusqu'au syndrome d'intoxication foetale, avec malformations craniofaciales, retard de croissance, handicaps comportementaux et cognitifs, et ce au delà de 20 gr par jour. Le système nerveux est une cible préférentielle de l'éthanol, 2 à 3 verres d'alcool par jour diminuent de 5 à 7 points le QI de l'enfant en âge préscolaire et à 14 ans on retrouve chez ces enfants des troubles de la mémorisation et de l'apprentissage.
Les sujets atteints d'hépatites virales sont particulèrement sensibles à la toxicité alcoolique et les interactions médicamenteuses entre l'alcool et certaines drogues sont à redouter, par notamment l'intermédiaire du système des cytochromes.

Enfin, il faut bien reconnaître que tout le monde ne réagit pas de la même façon face à l'alcool. Chez les femmes, le volume de distribution est plus réduit, d'où des alcoolémies plus rapidement élevées, les enzymes du métabolisme hépatique sont moins actifs et enfin, ce dernier est soumis aux variations hormonales physiologiques. Tout ceci fait que les femmes sont plus sensibles d'où des effets secondaires néfastes plus rapides et plus sévères.
Par ailleurs, il existe des différences de susceptibilité interindividuelle liées au fonctionnement des alcool et aldéhyde deshydrogénases, avec des gènes d'activité variable selon les ethnies. Des anomalies du gène codant pour l'alcool dehydrogénase peut induire une augmentation du taux d'HDL-C et donc avoir un effet néfaste sur le système cardiovasculaire. Les obèses ont également un risque majoré face à l'alcool.

Le domaine de la recherche repose sur des outils d'évaluation peu précis reposant sur des données déclaratives. Il serait souhaitable, d'après les experts, de disposer d'un outil biologique de consommation qui permetrait de quantifier les risques, ce pourrait être le cytochrome CYP2E1 ou les cytokines impliqués dans le mécanisme de toxicité de l'alcool. Les travaux actuels reposent sur des cohortes avec des données de mortalité, de morbidité et d'impact sur la santé, dont il faudrait renforcer l'exploitation.

Pour en finir, l'alcool c'est 23 000 décès par an en France, la moitié par néoplasie des VADS, et 40% par cirrhose. Les femmes sont les plus touchées, l'alcool est responsable de 2% de leurs décès, et de 7% de ceux des hommes, et ce de la tranche des 45-55 ans. Cependant, en 20 ans, ces taux ont chuté de 40% pour se stabiliser ces dernières années, alors que les ventes d'alcool en France demeurent les plus élevées d' Europe. La France apparaît face à l'alcool divisée en deux : le taux de mortalité lié à une consommation excessive est 3 fois plus important pour les hommes, et 5 fois pour les femmes en Nord Pas de Calais qu'en Midi Pyrénées. L' analyse des disparités socio professionnelles fait, par ailleurs, apparaître que les ouvriers et les employés sont 10 fois plus touchés par la pathologie alcoolique que les cadres.

 
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