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Visite du
centre d’assistance médicale à la procréation et de la maternité
de Sèvres
Bernard KOUCHNER, Ministre
délégué à la Santé
Pour la Journée des Femmes, 8 mars 2002
La journée des femmes est l’occasion
chaque année de rappeler les combats militant et politique
pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes.
Le gouvernement s’est engagé
dans ce domaine, depuis 1997, dans une politique volontariste.
Je rappellerai, bien sûr, tout d’abord la loi du 6 juin 2000
sur la parité, la loi sur l’égalité professionnelle ainsi
que les mesures permettant de mieux articuler tant pour les
hommes que les femmes la vie professionnelle et familiale.
Dans le domaine de la santé
les professions se féminisent mais des progrès restent à faire
pour un égal accès aux postes de responsabilité : directeur
d’administration centrale, directeur d’agence régionale de
l’hospitalisation, chefs de service, … C’est pourquoi je suis
particulièrement heureux de venir dans ce centre hospitalier
dont la direction et la chefferie de service de la maternité
sont assurées par des femmes.
Cette visite du centre d’assistance
médicale à la procréation et de la maternité de Sèvres est
l’occasion pour moi de faire le point sur la santé des femmes
dans notre pays.
Premier constat, l’espérance
de vie à la naissance est plus favorable aux femmes qu’aux
hommes. Le dernier rapport du Haut Comité de la Santé Publique
qui m’a été remis fin janvier 2002 le confirme, une fois encore.
Cette espérance de vie à la naissance était, en 2 000, de
82,7 ans pour les femmes et de 75,2 ans pour les hommes soit
un différentiel de 7,5 années. En près de 10 ans l’espérance
de vie, en France, a augmenté de plus de 4 ans.
Ces données qui figurent parmi
les meilleures du monde confirment une fois de plus la bonne
santé de nos concitoyens, de nos concitoyennes liée à la fois
à notre richesse économique mais aussi, pourquoi ne pas le
dire, à la qualité de notre système de soins et de protection
sociale.
Peut-on déduire de ces données
sur l’espérance de vie, qui ne peuvent que faire plaisir aux
femmes, qu’il serait plus important de se soucier de la santé
des hommes que de celles des femmes ? Non, bien sûr !
Pourquoi ?
Parce que la santé des femmes
comporte des spécificités propres à leur sexe dans le domaine
de la sexualité, de la contraception mais aussi de la grossesse.
Il est intéressant de noter
dans le rapport du haut comité de la santé publique : la santé
en France en 2002 que le 1er motif de consultation en ville
pour les femmes de 15 à 44 ans est la contraception et que
la 1ère et la seconde cause d’hospitalisation sont respectivement
" la grossesse et l’accouchement " et l’avortement.
Aujourd'hui les femmes revendiquent
une sexualité à part entière et la possibilité d'avoir des
grossesses au moment où elles le choisissent, des grossesses
se déroulant dans les meilleures conditions possibles de leur
début jusqu’à la naissance de l’enfant.
Ce combat des femmes pour la
liberté sexuelle et pour la maîtrise de la fécondité – "notre
corps nous appartient"…-semble aujourd'hui à nos enfants un
combat d'arrière garde tant ces droits semblent en apparence
acquis.
Or d'une part ces droits ne
sont pas acquis et d'autre part, ils sont mal exercés. J'en
veux pour preuve les données sur les maltraitances conjugales,
les violences sexuelles, les difficultés, dans certains milieux,
pour des jeunes filles, à vivre leur sexualité, les rapports
sexuels sans contraception, sans protection et le nombre d'IVG.
Alors qu’elles sont plutôt
en bonne santé physique, le droit à la sexualité, la maîtrise
de la fécondité et une bonne prise en charge des grossesses
apparaissent donc comme les préoccupations les plus importantes
de jeunes femmes adultes.
Cette année a été marquée par
la revendication des femmes en faveur de la gynécologie médicale.
Cette demande a été traduite dans les faits, puisque la loi
du 4 mars 2002 relative au droits des malades et à la qualité
du système de santé a créé cette spécialité. Il s’agit là
d’une traduction concrète de la démocratie sanitaire que j’essaie
de promouvoir depuis plusieurs années.
Les femmes revendiquent donc
aujourd’hui un droit à la sexualité qui ne se confond pas
avec une autre de leur revendication qui est celle du droit
à la maternité. J’ai choisi tout d’abord de m’exprimer sur
cette question qui a connu ces dernières années des évolutions
scientifiques importantes qui interpellent la société tout
entière.
A- Parlons tout d’abord
d’assistance médicale à la procréation
La presse s’est faite l’écho,
la semaine dernière, de l’anniversaire des 20 ans d’Amandine,
premier " bébé-éprouvette" français, né par technique de fécondation
in vitro, grâce à l’équipe dirigée par le Pr Frydmann. Depuis,
les techniques n’ont cessé de se perfectionner, leur efficacité
s’est améliorée ainsi que l’extension de leurs indications
à de nouvelles causes d’infertilité. La difficulté dans ce
domaine réside dans la nécessaire prise en compte du parcours
des couples souvent long, difficile, et de techniques dont
les chances de succès ne sont pas toujours à la hauteur des
espoirs suscités par l’idée largement répandue que la science
doit pouvoir satisfaire le désir d’enfant.
Je me félicite tout d’abord
des larges possibilités offertes aux couples en France pour
l’assistance médicale à la procréation. On enregistre environ
13 400 naissances chaque année en France issue d’un traitement
utilisant les techniques d’AMP pour environ 35 000 tentatives
de FIV par an. Ce chiffre s’améliore du fait d’une part de
l’amélioration de la technicité des centres et du recours
à de nouvelles techniques en particulier l’ICSI (injection
intra-cytoplasmique de spermatozoïdes) qui ont permis de doubler
les résultats de l’AMP.
Notre pays offre, de plus,
des garanties quant à la qualité des procédures. Les centres
qui pratiquent l’AMP sont soumis à autorisation. Ils sont
aujourd’hui 82 qui pour la plupart ont fait l’objet d’une
procédure de renouvellement en 2000/2001 après évaluation
de leur fonctionnement, ce qui nous situe à la 2ème place
dans le monde. Quant aux praticiens ils doivent être agréés.
Par ailleurs, il existe des règles de bonnes pratiques ce
qui a permis récemment d’encadrer l’accès à l’AMP pour les
couples à risque viral (VIH et VHC). Ainsi, les possibilités
d’aide à la procréation sont offertes au plus grand nombre
avec des vraies garanties de sécurité. Dans le même esprit,
je me réjouis de la suppression de la limitation de la prise
en charge par l’assurance maladie à 4 tentatives d’AMP.
Sans remettre en cause les
conditions médicales de recours à l’AMP posé par la loi de
1994, il m’est apparu important d’assouplir un certain nombre
de règles notamment :
- pour permettre le recueil
et la conservation de gamètes pour les personnes devant subir
un traitement ou une intervention chirurgicale susceptible
de les rendre stériles
- ou pour élargir les conditions
du don de gamètes : actuellement la réglementation impose
que les donneurs fassent partie d’un couple ayant procréé,
la suppression de la condition d’appartenance à un couple
permettrait de ne pas exclure les personnes divorcées, veuves
ou ayant vécu maritalement.
Ces points ont été discutés
en première lecture dans le cadre de la révision de la loi
bioéthique en janvier dernier.
Enfin, vous le savez, une future
agence de la procréation, de l’embryologie et de la génétique
humaines devrait être créée lorsque la loi révisant la loi
bioéthique sera adoptée. Elle aura pour rôle notamment d’évaluer
et d’autoriser les nouvelles techniques avant leur passage
en pratique courante.
B- Au-delà de la procréation
il y a la prise en charge des femmes enceintes
En matière de natalité, la
France se classe comme le premier pays européen : 778 000
naissances ont eu lieu en 2001 avec un taux de fécondité à
1,9. Je me félicite de ces excellents chiffres.
Nous avons à travers le plan
périnatalité, complété par les décrets périnatalité de 1998
défini les orientations nécessaires pour une meilleure prise
en charge, une meilleure surveillance des femmes enceintes.
Des efforts importants ont été faits pour une meilleure reconnaissance
des professionnels de la naissance des maternités publiques
et privées. Le travail de mise aux normes de nos maternités
se poursuit. Je sais qu’il reste beaucoup à faire dans ce
domaine. La périnatalité reste une de mes priorités tant il
me paraît essentiel d’assurer aux femmes enceintes un accueil
chaleureux dans les maternités et la meilleure sécurité des
naissances possible.
Les grandes lignes de ma politique
dans ce domaine ont été exposées en septembre 2001 à la 9ème
journée nationale de la fédération des cercles d’études des
gynécologues -obstétriciens. Je souhaite que des concertations
régionales associant les ARH, les commissions régionales de
la naissance et les cercles de qualité fassent le point de
la situation en termes d’effectifs, de locaux et d’équipements
en d’autres termes de déterminer quels sont encore les besoins
qui demeurent pour que les maternités répondent aux conditions
techniques de fonctionnement définies par les " décrets périnatalité".
C- Enfin, cette journée
des femmes m’amène à évoquer avec vous la question du droit
à la sexualité et de la maîtrise de la fécondité qui ont fait
l’objet d’un certain nombre de dispositions dans la loi du
4 juillet 2001
1- Cette loi prévoit des
séances obligatoires d’information et d’éducation à la sexualité
dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au
moins trois séances annuelles venant renforcer l’éducation
qui devrait idéalement se faire au sein de la famille.
15 % des jeunes filles n’utilisent
aucune contraception lors de leur premier rapport sexuel et
le nombre d’interruption volontaire de grossesse (I.V.G.)
reste désespérément stable, autour de 220 000 par an dont
7 000 concernent les mineures.
Les campagnes répétées de communication
sur la contraception, développées depuis deux ans par le Secrétariat
d’Etat aux droits de la femme, vont se poursuivre cette année
encore et les années suivantes. Elles doivent notamment informer
sur les différentes méthodes et favoriser le choix des femmes
d’une méthode qui leur convienne.
2- En matière de contraception,
l'accès aux contraceptifs est facilité pour les mineures.
La loi exonère de l’obligation de prescription médicale de
certains contraceptifs hormonaux utilisés notamment dans le
cadre de la contraception d’urgence.
Le décret du 27 mars 2001 autorise,
dans les établissements d’enseignement du second degré, l’administration
par les infirmières aux élèves mineures et majeures de médicaments
ayant pour but la contraception d’urgence et non soumis à
prescription médicale obligatoire.
Celui du 9 janvier 2002 permet
la délivrance gratuite de la contraception d'urgence dans
les pharmacies pour les mineures.
Par ailleurs, le prix maximum
de vente des stérilets a été fixé à 27,4 et son remboursement
est de 65% soit 17,81 alors qu'il était limité à 6,7. Des
négociations sont actuellement en cours sur la question du
remboursement des pilules de 3° génération.
3- S’agissant de l’interruption
volontaire de grossesse, la loi du 4 juillet 2001 a allongé
la durée du délai légal de recours à l’I.V.G. de dix à douze
semaines afin de permettre aux 10 000 femmes qui chaque année
se rendent à l'étranger parce qu'elles sont hors délai, souvent
dans des conditions difficiles, de trouver une solution sur
le territoire national.
La loi prévoit, également,
des mesures en faveur de l’organisation des I.V.G. au sein
des établissements de santé :
- l’obligation imposée à tout
chef de service d’assurer cette mission de service public
;
- la suppression de la limitation
du nombre d’I.V.G. réalisé dans les établissements privés
;
- la prise en compte de la
spécificité des mineures. La loi ne revient pas sur le principe
de l’autorisation parentale qui demeure la règle. Toutefois,
une dérogation à ce principe tient compte des difficultés
que peuvent rencontrer certaines mineures qui sont confrontées
à une telle incompréhension familiale qu’elles souhaitent
garder le secret.
La loi prévoit également pour
les médecins libéraux ayant conclu un accord avec un établissement
de santé de pratiquer une IVG au cabinet médical. Cette possibilité
permettra d’améliorer la prise en charge des femmes à un stade
précoce de la grossesse.
Six décrets d’application de
la loi de juillet 2001, sont en cours d’élaboration. Quatre
ont été transmis au conseil d’Etat qui rendra sont avis fin
mars. Un cinquième concernant l’IVG médicamenteuse en ville
sera transmis fin mars. Le sixième sur la prise en charge
financière de l’IVGest un décret simple et devrait mis dans
le circuit des signatures à la fin du mois.
Des moyens nouveaux ont été
affectés depuis 1999 pour permettre d'améliorer l'accueil
et la prise en charge des femmes qui ont recours à l'IVG.
Cet effort nécessaire est poursuivi cette année et 2,3M seront
répartis pour que cette activité, mission du service public,
soit prise en charge de manière satisfaisante.
J’ai le plaisir aujourd’hui
de vous présenter nouveau dossier-guide sur l’IVG qui comprend
une mise à jour du dispositif législatif, une information
sur les différentes techniques et de l’information spécifiques
aux mineures, ¼ ). Ce guide sera largement diffusé.
Enfin, un groupe d’appui a
été chargé d’une mission d’accompagnement de la mise en œuvre
du nouveau dispositif légal. Cette instance procèdera au diagnostic
des difficultés rencontrées et tentera de les résoudre localement.
* * *
Je ne voudrais pas vous lasser
en allongeant mon propos, mais pour accompagner certaines
de mesures, il faut du personnel médical qui s’occupe des
femmes en nombre suffisant. Le numerus clausus des étudiants
en médecine a été augmenté de 700 au cours des trois dernières
années. Nous allons en 2003 l’augmenter encore très significativement.
J’ai proposé que le nombre d’étudiants admis en 2ème année
de médecine soit rapidement porté à 6000.
Une filière d’internat spécifique
de gynécologie obstétrique a été créée pour augmenter le recrutement
de ces spécialistes qui a ainsi été presque doublé en 3 ans.
Une spécialité en gynécologie
médicale a été créée : elle va bientôt former 60 spécialistes
par an.
Enfin, le nombre d’élèves sages-femmes
entrant dans les écoles de sages-femmes a également été majoré
de 20 % ; 900 nouvelles étudiantes sages-femmes seront formées
en 2002.
Ainsi donc, Mesdames, pour
assurer la parité hommes-femmes qui nous est cher, il me paraît
essentiel :
- d’assurer aux femmes une
éducation à la sexualité ;
- de leur permettre de maîtriser leur fécondité et de vivre
pleinement leurs grossesses ;
- de leur assurer la meilleure sécurité possible des naissances
;
- de lutter contre les violences dont elles sont les victimes
;
- de leur donner les moyens de continuer à vivre plus longtemps,
mais également vivre mieux tout au long de leur vie par la
prévention des pathologies qui risquent d’apparaître au fur
et à mesure que les années s’écoulent. Les différents plans
que j’ai présenté au cours de l’année 2001 devraient y contribuer.
Tels sont les objectifs que
j’ai poursuivis pour vous au cours des quelques années où
j’ai eu en charge la santé publique et donc la vôtre !
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