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Cellules
fœtales dans le sang maternel
Les promesses d'un diagnostic prénatal non invasif des anomalies
génétiques
INSERM
Paris, 21 Janvier 2002
Le diagnostic prénatal d'une anomalie génétique impose la
réalisation d'une amniocentèse ou d'une biopsie de villosités
choriales (membranes externes de l'œuf), avec le risque de
provoquer une fausse-couche (jusqu'à 1 % des cas). Pouvoir
disposer d'une méthode sûre pour détecter avec certitude des
cellules fœtales dans le sang maternel serait une avancée
majeure, ouvrant la voie à un diagnostic précoce sans risque.
L'équipe de Patrizia Paterlini-Bréchot (unité Inserm 370,
laboratoire de biochimie A, CHU Necker Enfants Malades) vient
de faire un grand pas dans ce sens en mettant au point un
procédé fiable, non invasif, permettant de sélectionner les
cellules fœtales circulant dans le sang maternel, puis de
confirmer leur origine fœtale.
Des études menées sur des échantillons de sang de femmes enceintes
indiquent que des cellules fœtales passent dans la circulation
maternelle, à raison d'environ une cellule par millilitre
de sang au cours des grossesses dont le fœtus a un nombre
normal de chromosomes, et d'environ 6 cellules par millilitre
lorsque le fœtus est trisomique. Malheureusement, l'extrême
rareté de ces cellules et le fait qu'elles sont détectées,
le plus souvent, par des méthodes immunologiques, peu spécifiques,
excluent d'envisager la réalisation de tests génétiques fiables.
Dans le domaine du diagnostic prénatal, une spécificité de
100 % est indispensable. Aujourd'hui seule l'amniocentèse
ou la biopsie de villosités choriales permet d'atteindre cet
objectif. Toutefois ces deux pratiques ne peuvent se faire
en début de grossesse et, de surcroît, comportent des risques
non négligeables de déclenchement de fausses-couches.
Pour parvenir à obtenir des cellules fœtales pures, Patrizia
Paterlini-Bréchot et ses collaborateurs ont fait appel à une
méthode de tri fondée sur la taille des cellules. En filtrant
celles-ci selon leur diamètre, il est possible d'isoler les
cellules épithéliales (trophoblastiques) fœtales, plus volumineuses
que les cellules sanguines maternelles. Pour confirmer sans
aucune ambiguïté l'origine fœtale, les chercheurs ont combiné
à cette sélection par la taille une méthode d'analyse moléculaire
: les cellules plus volumineuses sont microdisséquées individuellement,
leur ADN extrait et amplifié. Puis des séquences de ce dernier,
appelées microsatellites, caractérisées par des répétitions
de bases variables selon les allèles (version alternative
d'une même séquence sur une paire de chromosomes, l'une héritée
du père, l'autre de la mère), sont amplifiées par la technique
dite de PCR, afin de rechercher la présence d'un allèle paternel
et d'un allèle maternel. La présence de ces deux allèles permet
d'affirmer avec certitude la nature fœtale de chaque cellule.
Les chercheurs ont vérifié la fiabilité de la méthode sur
des échantillons de sang prélevés chez 13 femmes enceintes,
à 11 ou 12 semaines de gestation. La nature fœtale des cellules
isolées dans le sang maternel a été confirmée par la recherche
du chromosome Y, pour les fœtus mâles, aussi bien que par
l'analyse des microsatellites pour les fœtus des deux sexes.
Un cinquième de l'ADN d'une cellule suffit à la détermination
de l'origine fœtale, ce qui laisse la possibilité de réaliser
d'autres analyses génétiques sur la même cellule. Pour cela
on met en œuvre des PCR individuelles, qui encadrent les gènes
dont on veut rechercher la mutation. Toutes les analyses se
font ainsi sur des cellules étudiées individuellement, dont
l'origine fœtale est certaine, puisqu'elle a été confirmée
par la méthode moléculaire.
En théorie, ce procédé non invasif permet de réaliser tous
les tests génétiques actuellement effectués après amniocentèse
ou biopsie. Il est auparavant indispensable de confirmer la
sensibilité et la spécificité de cette technique innovante
pour chaque anomalie que l'on veut détecter. C'est pourquoi
l'équipe de Patrizia Paterlini-Bréchot procède aujourd'hui
aux tests pour le diagnostic de la trisomie 21, de la mucoviscidose
et de la SMA (spinal muscular atrophy).
Une autre étude est prévue pour préciser le nombre de cellules
fœtales circulantes à différentes semaines de gestation. Il
semble en effet que des cellules soient décelables bien avant
la onzième semaine. Ce qui laisse espérer un diagnostic plus
précoce et par conséquent un vécu moins anxiogène pour les
futurs parents.
Ce travail a été réalisé en collaboration avec le service
de maternité (Yves. Dumez), et les laboratoires de génétique
médicale (Arnold Munnich) et de cytogénétique (Michel Vekemans)
de l'Hôpital Necker-Enfants Malades.
Pour en savoir plus
Source
"Enrichment, immunomorphological and genetic characterization
of fetal cells circulating in material blood"
Giovanna Vona1, Christophe Béroud2, Alexandra Benachi3, Alice
Quenette2, Jean Paul Bonnefont4, Serge Romana5, Arnold Munnich4,
Michel Vekemans5, Yves Dumez3, Bernard Lacour2, Patrizia Paterlini-Bréchot1,2
1 Unité Inserm 370, Faculté de médecine Necker, Paris.
2 Laboratoire de biochimie A Hôpital Necker-Enfants Malades,
Paris
3 Service de maternité, Hôpital Necker-Enfants Malades, Paris.
4 Laboratoire de génétique médicale, Hôpital Necker-Enfants
Malades, Paris
5 Laboratoire de cytogénétique, Hôpital Necker-Enfants Malades,
Paris
The American Journal of Pathology, January 2002, vol 160,
n°1, pp 51-58
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