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Les
dyslipidémies au coeur du risque cardio-vasculaire
MEDEC 2002
15 mars 2002
Intervenants : Pr Gérard Lasfargues, Dr Frédéric Vayre, Dr
Jean-Michel Borys, Dr Michel Farnier, Dr Eric Tison, Dr Nathalie
Gervaise
Rédaction : Dr Françoise
Girard
Pour l'AFSSAPS, la prise
en charge diététique est de règle dès que le taux de LDL-cholestérol
excède 1,60 g/l ou 1,30 g/l pour les sujets ayant plus de
deux autres facteurs de risque ou atteints d'une maladie coronaire.
La prise en charge doit être proposée en première intention,
et ce pendant 3 mois.
L'AFSSAPS recommande toujours de diminuer les acides gras
à 30 % de la ration calorique et surtout les saturés (7 à
10 %), d'augmenter les glucides (50-55 %), de manger des fruits
et légumes. La consommation d'alcool doit être modérée et
demeurée inférieure à 30 g/jour.
Il apparaît qu'il existe une relation positive entre la consommation
de graisses saturées, la cholestérolémie et la mortalité coronarienne.
On retrouve une relation inverse entre la consommation de
graisses insaturées, celle de poissons et la mortalité coronarienne.
En terme de conseils alimentaires, il convient d'agir sur
les facteurs de risque lipidique en remplaçant le beurre,
la crême et les graisses animales par des huiles végétales
et des margarines molles, de privilégier les poissons gras,
les produits laitiers écrémés, les fibres alimentaires et
les phytostérols.
Tous ces conseils diététiques peuvent être résumés par la
prise de repas structurés :
- avec de la viande 1 fois par jour,
- en évitant l'association de 2 plats gras,
- manger du poisson 2 fois par semaine,
- utiliser des produits laitiers partiellement écrémés,
- éviter le beurre,
- utiliser des huiles variées,
- consommer à chaque repas des légumes,
-un fruit au moins par jour, -privilégier ail, oignon, fruits
rouges, légumes à feuilles vertes,
- +/- un verre de boisson alcoolisée par repas
- et en associant à ce projet une activité physique régulière.
L'évaluation du risque
cardio-vasculaire des patients repose sur l'identification
des facteurs de risque.
Certains sont indiscutables, comme l'âge, le sexe masculin,
la ménopause précoce, les antécédents familiaux de maladie
coronaire précoce et 4 facteurs sur lesquels des efforts particuliers
de prévention sont possibles : tabagisme, hypertension artérielle,
le diabète sucré et les hypercholestérolémies.
Il faut bien comprendre que
la prise en charge d'un sujet atteint de dyslipidémie est
une prise en charge globale et que la prévention la plus efficace
résulte de la correction simultanée des facteurs de risque
et non pas seulement du traitement de sa dyslipidémie.
Dans ce contexte, la décision d'un traitement médicamenteux
à visée hypocholestérolémiante doit être rigoureusement pesée
car il s'agit d'un traitement permanent. Certains éléments
permettent de calculer un score de risque absolu de développer
un accident coronaire dans les 10 ans à venir.
C'est donc la raison pour laquelle le seuil de cholestérolémie
n'est plus le seul indicateur de décision du traitement mais
s'intègre dans le cadre d'un schéma décisionnel de risque
cardio-vasculaire global.
Ce sont actuellement les recommandations de l'AFSSAPS qui
permettent d'identifier les seuils d'intervention thérapeutique,
à la fois diététiques et médicamenteuses pour un type de prévention
primaire ou secondaire en fonction des valeurs du LDL-cholestérol
et de facteurs de risque associés.
L'intervention diététique est à mettre en route dès que le
taux de LDL-cholestérol excède 1,60 g/l ou 1,30 chez les sujets
associant d'autres facteurs de risque et l'intervention médicamenteuse
chez un sujet sans autre facteur de risque se fera dès que
le LDL-cholestérol sera supérieur à 2,20, si le sujet a un
autre facteur de risque, dès qu'il sera supérieur à 1,90,
dès que le sujet aura 2 facteurs de risque, l'intervention
se fera pour un LDL supérieur à 1,60 et lorsqu'il y aura plus
de 2 facteurs de risque, la prise en charge médicamenteuse
interviendra pour un LDL-cholestérol supérieur à 1,30.
En terme de prévention secondaire, chez un sujet ayant une
maladie coronarienne, la mise en place d'un traitement médicamenteux
interviendra dès que le LDL-cholestérol sera supérieur à 1,30
g/l.
Les actualités dans le
domaine des dyslipidémies font apparaître que la réduction
du LDL-cholestérol demeure la cible prioritaire en matière
de prévention cardio-vasculaire par les hypolipémiants et
que cette action agit de manière conséquente en terme de risque
de réduction du risque absolu d'autant plus que l'on s'adresse
à une population à haut risque vasculaire.
C'est donc là tout l'intérêt des recommandations thérapeutiques,
d'appréciation du risque cardio-vasculaire global et sur la
prise en charge de l'ensemble des facteurs de risque. Les
essais thérapeutiques ont montré que malgré un abaissement
essentiel du taux de LDL-cholestérol par une statine, une
large majorité de patients présentait encore des évènements
coronariens et qu'il persistait souvent un risque vasculaire
absolu trop élevé dans les sous-groupes recevant un traitement
actif.
Un abaissement du taux de HDL-cholestérol est souvent associé
à une hypertriglycéridémie, à un diabète sucré ou à un syndrome
pluri-métabolique.
Il apparaît que les fibrates ont un profil particulièrement
efficace chez les patients porteurs d'anomalies lipidiques,
associant une baisse du HDL-cholestérol, une élévation des
triglycérides et la présence de LDL.
Les études de prévention cardio-vasculaire sont en cours et
devraient apporter des informations complémentaires sur la
stratégie thérapeutique, en particulier sur les objectifs
thérapeutiques à atteindre sous traitement et sur la place
respective des classes médicamenteuses d'hypolipidémiants
à notre disposition.
De nouvelles familles sont vraisemblablement à développer
dans ce domaine.
Actuellement, il apparaît
que les hypercholestérolémies relèvent globalement d'un traitement
systématique par les statines en prévention secondaire, dès
lors que l'on obtient des chiffres supérieurs à 1,6 g/l en
fonction du risque prédit.
Chez les sujets âgés, la prévention primaire comme la prévention
secondaire vise à réduire le risque relatif, comme dans les
populations globales.
Chez l'enfant, le plus redouté est l'hypercholestérolémie
isolée. Lorsqu'elle est modérée, on associera un traitement
diététique raisonnable à de la Cholestyramine mais lorsqu'elle
deviendra sévère avec un LDL supérieur à 1,9 g/l et ce en
fonction de l'anomalie sous-jacente, il pourra être envisagé
des greffes hépatiques ou des LDL aphérèses, mais ce sont
là des enfants qui relèvent de prise en charge dans des services
spécialisés
La tendance générale actuelle
est de traiter pour les seuils progressivement plus bas
au fur et à mesure des démonstrations par les grands essais,
surtout à baser la décision thérapeutique sur le risque global
calculé à 10 ans, et non plus sur la seule valeur du LDL-cholestérol.
Ceci nécessite donc de disposer d'un outil de calcul du risque
et de l'utiliser pour gérer ces patients. L'étude des spécificités
des dyslipidémies chez les diabétiques fait apparaître que
les facteurs de risque classique ne suffisent pas toujours
à expliquer la surmortalité coronarienne des diabétiques.
On remarque notamment que les anomalies lipidiques des diabétiques
de type I ne sont pas plus fréquentes que dans la population
générale alors qu'elles concernent 25 % des diabétiques de
type II.
Les paramètres lipidiques classiquement associés aux complications
cardio-vasculaires (cholestérol total et LDL) sont le plus
souvent normaux chez les diabétiques et l'anomalie caractéristique
est représentée par une association d'une hypertriglycéridémie
et d'une hypo-HDL-cholestérolémie. Les triglycérides ne sont
pas reconnues comme facteur de risque cardio-vasculaire indépendant
dans la population générale, mais ont été identifés comme
tel dans différentes études chez les diabétiques.
Il apparaît que vraisemblablement les techniques habituelles
de dosage méconnaissent certaines caractéristiques essentielles
de la dyslipidémie diabétique, à savoir l'accumulation de
VLDL, la diminution du HDL-cholestérol, la prépondérance des
LDL petites et denses, athérogènes, une modification des apolipoprotéines,
glycosylées et oxydées et déficit de l'activité de la lipoprotéine
lipase.
Ces anomalies, liées à l'insulino-résistance,
appartiennent à la définition du syndrome pluri-métabolique.
C'est la raison pour laquelle certains seuils d'intervention
inférieurs aux chiffres retenus habituellement sont proposés
dans le type 2 de manière à permettre une prise en charge
plus précoce des facteurs de risque cardio-vasculaire. L'American
Diabetes Association suggère un objectif thérapeutique de
1 g/l pour le LDL chez le diabétique en prévention primaire,
identique à celui du coronarien non diabétique.
Par ailleurs, il apparaît que le résultat des sous-groupes
diabétiques des études statines montrent un bénéficie en terme
de réduction de morbi-mortalité cardio-vasculaire au moins
identique à celle de la population générale.
L'étude VA-HIT a montré l'importance de la correction d'un
taux bas de HDL-cholestérol dans la réduction de la morbi-mortalité
coronarienne et l'étude de DAIS a montré l'intérêt dans la
population diabétique de type 2 du fénofibrate qui ralentit
la progression des plaques athérogènes.
L'étude HPS, chez les sujets à risque, a montré que les diabétiques
représentaient un sous-groupe dans lequel la prise de 40 mg
de simvastatine par jour a entraîné une réduction significative
de la mortalité cardio-vasculaire et des AVC. Il importe donc
chez le sujet diabétique d'identifier le risque lipidique
et de traiter précocement avec des seuils et des objectifs
thérapeutiques adaptés.
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