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Résultats
de l'étude PAAIR "Du bon usage des antibiotiques"
Docteur Francis Abramovici
Paris, le 24 octobre 2001
Rédacteur : Dr F. Girard
L' étude PAAIR (Prescription Ambulatoire des Antibiotiques
dans les Infections Respiratoires) a été justifiée par la
fréquence croissante des antibiothérapies injustifiées ou
inadaptées, et ce dans un contexte français de résistance
bactérienne accrue et de surcoût, de fait, injustifié des
dépenses médicales. Sa mise en place repose sur une démarche
originale et conjointe de la Mutualité Fonction Publique,
de l'URML, de la CANAM, du laboratoire GSK, et la participation
volontaire de 30 médecins de la région parisienne.
L'objectif de l'étude était d'identifier les situations dans
lesquelles la non prescription d'antibiotiques posait un problème
(alors même qu'elle n'était pas indiquée par les référentiels)
et quelles étaient les stratégies mises en oeuvre pour les
résoudre. Etaient identifiés, dans un cahier de surveillance,
l'incident critique à issue favorable ( ICF,non prescription
d'antibiotique après adaptation stratégique du médecin) et
l'incident critique à issue défavorable (ICD, le médecin devait
prescrire l'antibiothérapie après échec de sa stratégie de
non prescription). Ce même cahier devait recueillir des données
quantitatives cliniques et qualitatives témoignant des pressions
ressenties par le médecin et du degré de satisfaction du patient
estimé par la praticien. L'intégration de données qualitatives
s'est révélée un élément original et riche d'enseignement,
car les chiffres ne peuvent tout dire. A l'issue de l'étude,
les praticiens devaient partager leurs expériences et mener
une réflexion collective , ce qui a été fait à partir de 184
dossiers exploitables recensés entre avril et novembre 2000.
Il est ainsi apparu que la décision de prescription pouvait
être liée à plusieurs facteurs : le souhait du patient, son
vécu, un traitement antibiotique déjà en route, une concurrence
médicale, des visites itératives pour la même raison, une
fatigue, des facteurs de risque particuliers, un doute du
médecin ou une conviction forte du médecin en désaccord avec
les recommandations en vigueur. Mais, aussi, que la non
prescription était possible par le biais d'un discours
convaincant et explicatif, aussi bien sur la bactériologie
que sur le mode d'action des antibiotiques ou sur leur effet
nocif, l'éventualité d'autres étiologies, voire un commentaire
du référentiel. Cette démarche s'est volontiers accompagnée
d'un " troc " médicaments-antibiotiques ou de mise en attente
de prescription. On remarque qu'il n'y a pas de malades insatisfaits
lorsqu'une antibiothérapie est mise en route, mais que leurs
convictions peuvent être ébranlées. Par ailleurs, en absence
de prescription antibiotique, on retrouve des patients peu
satisfaits ou dubitatifs. Cette étude a permis un repérage
de situations cliniques à problèmes en absence d'une prescription
voulue par le patient, de décrire des stratégies décisionnelles,
de faire le point sur une évolution des pratiques et d'en
arriver à la conclusion que ne pas prescrire est une vraie
compétence qui ne peut s'acquérir qu'en situation.
Le Docteur Francis Abramovici - MFP- insiste sur le
fait que la consultation est une situation complexe entre
qualité , progrès et respect de chacun. Le cabinet médical
se doit avant tout d'être un lieu de parole, de dialogue et
de communication , dans lequel les référentiels ont une place,
mais sont insuffisants. En effet, si une connaissance validée
est un point important, elle ne suffit pas à établir une approche
fine et respectueuse des êtres humains. Elle seule permettra
de contenter les financeurs (ils dépenseront moins), les patients
( ils seront mieux soignés) et enfin, les médecins ( cette
étude a prouvé de manière scientifique que le médecin qui
avait su faire passer son message et en l'occurrence ne pas
prescrire d'antibiotique , était beaucoup plus heureux). Cette
première étude s' inscrit dans un domaine pilote, originale
dans son approche multifactorielle expérimentale, elle devrait
à terme déboucher sur l'élaboration de référentiels non binaires
et plus adaptés à une pratique médicale de ville ( et non
pas d'infectiologie stricte). Ainsi, une campagne visant à
diminuer de 50% les prescriptions d'antibiotiques va être
mise en place au Mans cet hiver à partir d' une campagne de
presse et d 'une information spécifiquement dédiée aux médecins
généralistes. Les analyses des prescriptions seront comparées
à celle d' Angers, ville témoin. Dans le même esprit, une
autre étude visant à étudier la prescription de benzodiazépines
chez les généralistes va se mettre en place au prochain printemps
en Poitou-Charentes
Il est fort à parier que la poursuite d'actions de prescriptions
" de dialogue " ne contribue à rétablir un climat de confiance
médecin-malade quelque peu en péril par les temps qui courent
!
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