Intervention
de Bernard Kouchner lors du colloque
« Insuffisance rénale chronique et santé
publique »
Paris, le 22 septembre 2001
Grand Amphithéâtre de la Sorbonne
Propos recueillis par le Dr Françoise Girard
L’insuffisance
rénale est aujourd’hui, pour le gouvernement, un problème
de santé publique, compte tenu de sa fréquence (plus de 2
millions de personnes concernées, 35 000 en IRC terminale
et 15 000 greffés), de la nécessité de mesures efficaces de
prévention, des difficultés et du coût de la prise en charge,
mais aussi du développement à venir des greffes de rein. Un
plan triennal a donc été décidé (2002-2003-2004).
La prévention est un
moyen efficace en terme de lutte contre cette maladie d’évolution
sournoise, puisque 30 % des sujets atteints ne sont vus qu’en
phase terminale. La vigilance des médecins est un point essentiel,
elle devra s’exercer aussi bien chez les diabétiques type
II que chez les sujets atteints de néphropathies vasculaires,
mais aussi face à la néphrotoxicité des AINS, du lithium,
des produits de contraste iodés, ou encore l’évolution, à
bas bruit, des infections urinaires ou des lithiases. Et ce
d’autant plus volontiers qu’il s’agit d’un dépistage simple
basé sur des bandelettes urinaires, le dosage de la créatinine
sanguine et le calcul de sa clearance. On sait, par ailleurs,
que le contrôle de la glycémie, de l’HTA, des risques vasculaires
et la mise sous néphroprotecteurs, sont autant de moyens simples
permettant d’éviter la survenue d’un tableau irréversible.
La nécessité de campagnes de sensibilisation des médecins
généralistes est une évidence, elles seront soutenues par
la Cnamts, dans le cadre de son objectif de bonnes pratiques,
en partenariat avec le CFES et la DGS (Coût : 1 MF en
2002).
La dialyse peut se
dérouler dans des contextes différents adaptés à l’autonomie
des patients, la dialyse en établissements de soins est complétée
par celle à domicile et l’auto dialyse. Cette dernière méthode,
très codifiée, est théoriquement réservée aux plus valides.
Ceux ne souhaitant pas se traiter à domicile acceptent une
surveillance para médicale sérieuse.
Mais, dans les faits le patient est beaucoup plus souvent
orienté vers le lit disponible que vers la structure qui lui
est le mieux adaptée et il n’est pas rare que des patients
à faible autonomie et à pathologies associées se retrouvent
dans des unités d’auto dialyse, alors que les centres d’hémodialyse
fonctionnent sur de larges plages horaires, dans des conditions
incompatibles avec une médecine de qualité et un bon confort
du malade. Il est vrai que les disparités régionales de la
maladie ne s’adaptent pas toujours au schéma des autorisations
de l’ARH, elles mêmes complexes compte tenu du doublon nécessaire
(matériel lourd et activité dédiée).
La dialyse péritonéale française n’a pas la place qu’elle
mérite s’il l’on se réfère aux pratiques des autres pays comme
le Canada ou l’Angleterre ( 7% contre 30 et 50%), alors qu’elle
se présente potentiellement comme une excellente proposition
de première intention.
Cet état des lieux amène à plusieurs
propositions :
- il est impératif d’intégrer des données épidémiologiques
comme base de travail dans cette pathologie onéreuse et peu
connue. Ce sera le Réseau d’Epidémiologie et d’Information
en néphrologie (REIN), fruit de la collaboration de l’InVS,
la Cnamts, l’Inserm, des sociétés savantes et du Ministère
de la Santé. Il devrait fonctionner en 2004 avec un budget
annuel de 8 MF.
- il est fondamental d’adapter l’offre de soins aux besoins
de la population, en tenant compte des besoins propres à chacun.
La DHOS va donc piloter un groupe de travail abordant la régulation
de l’IRC, la place, le rôle et la tarification des centres.
La place des centres allégés de dialyse sera largement évoquée,
compte tenu de leurs remarquables qualité de terrain.
Par ailleurs, l’époque de la distribution aléatoire des postes
en fonction des indices de besoins est révolue, l’offre de
soins de demain reposera sur l’analyse des besoins et les
autorisations sur des critères d’activité. Ce projet confortera
le rôle des ARH et des comités régionaux devront se prononcer
sur l’adéquation offre/besoins.
L’information des patients en matière d’IRC, de dialyse et
de greffe est un point de fond qui justifie que les services
de néphrologie s’investissent dans un projet d’information
et d’éducation.
L’EPO pourrait, avec l’accord de l’Afssaps sortir de la
pharmacopée hospitalière et, sous régime de prescription initiale
hospitalière, bénéficier d’une délivrance de ville. De plus,
un référentiel de bonnes pratiques cliniques sur la prise
en charge de l’IRC devrait prochainement naître de la réflexion
de l’ANAES, qui par ailleurs travaille à la mise en place
de procédures spécifiques d’accréditation.
La greffe rénale souffre
aujourd’hui d’une pénurie d’organes (en 2000, 4893 patients
en attente et….1924 transplantations), aussi un travail de
fond est-il en route pour promouvoir les prélèvements par
le biais d’une formation des équipes et la création de pôles
régionaux de prélèvement, avec pour objectif prélever 20 reins
par million d’habitants contre 15 aujourd’hui. Cette démarche
est fondamentale car la demande ne va cesser de croître compte
tenu du vieillissement de la population. D’autre part, la
greffe permet de réduire considérablement le coût de prise
en charge (un patient dialysé coûte 350 000 francs par an,
à vie, alors que le coût d’une greffe est évalué à 350 000
francs la première année et 50 000 par an).
La promotion de la greffe de rein à partir d’un donneur vivant
devrait permettre d’augmenter les greffes, cette démarche
est commune aux Etats Unis (4% en France contre 40% aux USA).
Des recommandations sur ce type de greffe sont en cours d’élaboration
par la Société de Néphrologie et la Société francophone de
transplantation.
Des points noirs, communs à
d’autres pathologies longue durée, restent à éclaircir comme
celui de la réinsertion sociale et des difficultés rencontrées
par ces malades, mais ils s’intègrent dans le projet global
des droits du malade présenté au Parlement.
Et puis, d’autres soucis également communs à d’autres équipes
thérapeutiques, la recherche…la pénurie de médecins… qui vont
justifier des réflexions complémentaires.
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