|
MALARONE
® : un nouvel apport dans la prévention du paludisme
Paris , le 26 octobre 2001
Pr D.Camus ( CHRU-Institut pasteur, Lille), Pr M.Danis
( CHRU La Pitié Salpétrière), A.Aufrère ( GSK)
Rédacteur : Dr F. Girard
L'augmentation constante de la morbimortalité du paludisme
demeure préoccupante d'autant plus qu' inhérente à la grande
mobilité géographique actuelle. A ce facteur de risque basique
se surajoutent deux variables, la chimiorésistance du Plasmodium
falciparum aux thérapeutiques habituelles et le non respect
des prescriptions et des conseils donnés aux voyageurs en
zone d'endémie.
C'est ainsi que 10 à 24 morts sont à déplorer en France, chaque
année, chez des sujets originaires, pour la plupart d'entre
eux, de pays européens non endémiques.
Dans 85% des infections mono spécifiques, P.Falciparum
est en cause (que ce soit en Afrique ou sur le continent européen),
P.ovale ou vivax dans 6% et dans 3% c'est P.malariae
qui peut être incriminé.
Sur le plan clinique, c'est toujours P.falciparum
qui tue 2% des 4% de formes graves.
Le délai médian d'apparition des symptômes est de 7 jours
mais avec de grandes disparités selon l'espèce de plasmodium
en cause ( 6 jours à 3 mois). Le délai diagnostique médian
est de 12 jours, aussi est-il fondamental de maintenir une
surveillance étroite de 2 mois au retour d'un séjour en zone
endémique en particulier à P.falciparum, responsable de formes
graves et mortelles.
Il apparaît également que 75% des sujets ayant présenté des
accès palustres n'étaient pas protégés contre les moustiques
et que 62% d'entre eux ne prenaient pas correctement leur
chimioprophylaxie.
Le nombre de sujets contaminés devrait continuer à progresser
compte tenu de la fréquence des voyages en Afrique de l'Ouest,
de la négligence des voyageurs vis à vis des mesures recommandées,
mais également de la chimiorésistance des plasmodium.
Qu'est ce que le paludisme ?
Le Plasmodium est un protozoaire transmis à l'homme
par l'anophèle. L' espèce la plus pathogène en est le P.falciparum,
c'est également la plus répandue et la plus résistante. Elle
est responsable d'accès fébriles simples, tout comme P.ovale,vivax
ou malariae, mais elle est la seule dont les complications
peuvent être mortelles.
Lors de la phase pré érythrocytaire les sporozoïtes transmis
par le moustique, se multiplient dans les cellules hépatocytaires
et libèrent des mérozoïtes qui vont pouvoir infester
les globules rouges. A la phase érythrocytaire, les mérozoïtes
se transforment en trophozoïtes intra érythrocytaires
(schizogonie intra érythrocytaire), et des d'autres mérozoïtes
vont alors infester d'autres hématies. C'est à cette phase
érythrocytaire que correspond l'accès palustre, et peuvent
lui succéder l'accès pernicieux ( P.falciparum) ou
la chronicisation par retour intra hépatique ( P.vivax
ou ovale). Après plusieurs cycles, certains mérozoïtes
peuvent se différencier en gamètes sexuées qui se reproduiront
lors du repas sanguin d'un moustique. Des ookinètes, puis
des oocystes avec sporozoïtes iront ensuite se réfugier dans
les glandes salivaires dudit moustique, alors apte à contaminer
d' autres humains.
L'infection des hématies est responsable d'une hémolyse, accompagnée
de fièvre, anémie et ictère. La fièvre liée à la libération
d'hémozoïne et de potassium, elle sera tierce ou quarte, selon
l'espèce en cause. L'anémie est liée à la destruction des
hématies parasitées par hémolyse, facilitée par des antigènes
de surface du mérozoïte.
L'hypersplénisme est la conséquence d'une hyperplasie des
macrophages avec infiltrat lymphocytaire des sinusoïdes hépatiques.
Quant à l'accès pernicieux palustre, c'est essentiellement
un mécanisme de thrombose vasculaire par aggrégat d'hématies
parasitées qui est responsable de l'anoxie cérébrale, à laquelle
peuvent s'associer de petites hémorragies périvasculaires.
L'atteinte rénale peut présenter deux tableaux, soit une néphrite
aiguë avec dépôts glomérulaires d'IgM, soit un syndrome néphrotique
avec dépôts d'immuns complexes et de complément.
De manière générale, on note que le paludisme déprime les
réponses immunitaires, diminue la résistance aux autres infections
et la sensibilité vaccinatoire. Par contre, en zone d'endémie,
un état de prémunition s'installe volontiers et autorise la
tolérance d'une parasitémie basse avec perniciosité basse.
Comment diagnostiquer le paludisme ?
"La survenue d'une fièvre, au retour d'un voyage
récent ( 6 derniers mois) en zone d'endémie palustre, doit
systématiquement faire évoquer la possibilité d'un paludisme.
Tout retard diagnostique expose au risque de transformation
d'un accès palustre simple à P.falciparum en un accès
pernicieux potentiellement létal" (Simon et Lavarde,
1999).
Le paludisme d'importation du sujet non immun survient
typiquement 10 à 20 jours après la piqûre infestante, mais
peut aller jusqu'à plusieurs mois dans le cas "idéal"
d'un sujet à chimioprophylaxie aléatoire contaminé par une
souche chloroquinorésistante.
L'accès de primo infection peut prendre des formes atypiques,
mais il débute, le plus souvent, par une sensation de malaise,
avec embarras gastrique et myalgies, à laquelle succède une
fièvre intense et brutale avec sueurs et céphalées. En absence
de traitement, la fièvre devient irrégulière, capable d'évoluer,
à tout moment, vers la perniciosité ou la récurrence mais
exceptionnellement vers la guérison spontanée. C'est à ce
stade que les retards diagnostiques, les erreurs de traitement
ou de diagnostic conduisent le sujet vers le tableau de coma
hypotonique avec insuffisance rénale et anémie hémolytique,
typiques de l'accès palustre grave.
Le paludisme en zone d'endémie concerne des autochtones
couverts par une prémunition leur autorisant une tolérance
partielle de l'infection , mais ne les protégeant pas d'une
réinfection, opposant ainsi le paludisme infection et le paludisme-
maladie.
L'efficacité de Malarone® a été évaluée à partir
de la parasitémie négative sur goutte épaisse, soit 28 jours
après le risque d'infection soit dans les 10 à 12 semaines
de traitement prophylactique dans une zone d'endémie, avec
une évaluation statistique en intention de traiter et ce au
travers de trois études.
La première étude en Zambie a porté sur 213 sujets versus
placebo et la seconde au Kenya sur 108 patients également
versus placebo, après que dans les deux cas ait été éliminée
une infection sous jacente par un traitement curatif de 3
jours par atovaquone (250 mg )et chlorydrate de proguanil
(100mg). La troisième étude a évalué l'efficacité et la tolérance
de l'association atovaquone-proguanil versus chloroquine-proguanil
chez 1083 sujets voyageurs en zone d'endémie.
Les trois études(randomisées, contrôlées, en double aveugle)
réalisées sur un total de 1404 sujets ont montré l'efficacité
de l'association atovaquone/proguanil, en prophylaxie contre
les infections à P.falciparum.
En terme de tolérance, en traitement, il s'avère que 10% des
sujets ont présenté des effets secondaires très variables,
à type de douleurs abdominales, céphalées, vomissements, diarrhées,
voire nausées. En prophylaxie, 22% d'effets secondaires très
bénins (gastro-intestinaux) ont été observés.
Sur le plan biologique, les anémies, thrombocytopénies , anomalies
modérées des fonctions hépatiques et rénales étaient moins
fréquentes sous atovaquone-chlroydrate de proguanil, que dans
les autres groupes, alors que le nombre de glycémies anormales
était identique.
En conclusion, il en ressort que l'association atovaquone/chlorydrate
de proguanil (Malarone®) a une tolérance sensiblement
meilleure que celle des autres traitements aussi bien en curatif
de l'accès palustre simple, qu'en prophylaxie . Il faut également
préciser que de nombreux effets secondaires peuvent être confondus
avec la symptomatologie propre de la maladie.
D'autre part, Malarone® présente l'avantage d'une prise
unique débutée le jour ou la veille du départ, maintenue pendant
le séjour en zone endémique et prolongée seulement 7 jours
après le retour contre 4 semaines dans les traitements classiques.
Sa délivrance est médicale et, pour l'instant, cette molécule
n'est pas remboursée par la Sécurité Sociale.
|