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Plan VIH
Sida
Discours de Bernard Kouchner
Paris, mercredi 28 novembre 2001
Rédacteur : Dr Françoise Girard
La modification des données
épidémiologiques en matière d'infection
à VIH a amené l'élaboration d'un nouveau
plan d'action triennal intégrant les nouvelles donnes
épidémiologiques, sociologiques et thérapeutiques.
Le bilan de la situation actuelle
permet d'évaluer entre 110 et 120 000 le nombre des
sujets atteints et l'incidence des nouvelles contaminations
atteint 5000 par an. La prochaine mise en place d'un système
de déclaration de séropositivité devrait
permettre la tenue d'un vrai registre.
A ce jour, on peut constater qu'après la baisse très
significative des sida avérés suite à
la mise sur le marché des trithérapies, on se
retrouve dans une situation particulièrement stationnaire
d'où émerge un fort taux de transmission par
voie hétérosexuelle (44,5%), suivie par la voie
homosexuelle (28%), l'usage des drogues intraveineuses (14,6%),
alors que la transmission materno-foetale tend à disparaître.
Par contre, les nouvelles préoccupations sont liées
à un relâchement des pratiques de prévention
au sein du milieu homosexuel où l'on remarque une émergence
nouvelle des MST, par ailleurs facteur de risque supplémentaire.
Le nombre de femmes contaminées augmente régulièrement
et cette séropositivité est particulièrement
significative au sein de la communauté subsaharienne.
On remarque également la persistance de disparités
géographiques, les zones les plus touchées étant
les régions Ile de France, PACA, Midi-Pyrénées,
Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes, mais également
les départements français d'Outre Mer.
Au travers de ces différentes données, il parait
souhaitable de renforcer la politique de prévention
française en direction des groupes les plus exposés,
tout en intégrant des transformations importantes comme
la tolérance aux antirétroviraux, l'émergence
des résistances à ces molécules, mais
aussi en tentant d'aider l'accès aux thérapeutiques
pour les pays les plus défavorisés.
Le plan triennal de lutte
contre le VIH 2002 - 2004 a donc pris 6 grandes orientations
:
- définir une nouvelle stratégie de prévention
en faveur des groupes prioritaires.
- renforcer les politiques de dépistage et de surveillance.
- améliorer la prise en charge des personnes atteintes.
- lutter contre les phénomènes d'exclusion et
de discrimination.
- promouvoir la recherche.
- réduire les inégalités d'accès
aux traitements dans le monde.
Le renforcement des actions
de prévention repose sur la mise en oeuvre de programmes
spécifiques et prioritaires mais aussi d'un haut niveau
de vigilance pour l'ensemble de la population. Les départements
d' Amérique représentent une situation particulière
et des campagnes d'information vont viser à améliorer
l'accès aux préservatifs et la promotion d'une
meilleure maitrise de la sexualité féminine.
Le programme métropolitain s'établira sur la
base d'un partenariat avec les associations et s'adressera
aux homosexuels, aux personnes prostituées (et tout
particulièrement les mineurs), aux toxicomanes, à
la population carcérale, mais aussi aux personnes étrangères
vivant en France, par le biais de documents d'information
traduits en 25 langues et d'acteurs de santé basés
dans les centres de PMI et les maternités. Une action
spécifique sera dédiée aux plus jeunes
en milieu scolaire et l'accès au préservatif
féminin sera facilité par la participation des
professionnels de santé et des associations, avec un
effort tout particulier en direction des plus défavorisés.
Le dépistage
sera renforcé à des moments clé de la
vie des français et sera notifié, après
aval de la CNIL.
L'amélioration de
la prise en charge vise en fait l'amélioration
de la prise en charge thérapeutique en terme d'effets
secondaires des traitements (lipoatrophies) et de résistance
aux antirétroviraux. Il est prévu de permettre
un accès direct des malades traités au dispositif
national de pharmacovigilance. Les stratégies de traitement
séquentiel sont en cours de validation ainsi que des
protocoles de recherche sur les nouvelles molécules,
de manière à mettre en place des stratégies
de lutte efficaces contre les phénomènes de
résistance et d'échappement.
Un des autres impératifs
est l'amélioration de la qualité de vie,
en terme d'insertion sociale et de vie en société.
Les pratiques de plus en plus fréquentes de PMA et
la mise à disposition d' appartements thérapeutiques
sont autant de démarches visant à faire que
ces malades mènent une vie normale, ce d'autant que
les trithérapies ont fait du sida une maladie chronique
"ambulatoire".
La promotion de la recherche
doit se faire dans différents domaines : la recherche
fondamentale, la recherche dans le champ des sciences sociales,
l'immunothérapie, la vaccination. Un partenariat avec
les scientifiques et les cliniciens des pays en voie de développement
est fortement souhaité.
La réduction de l'inégalité
aux traitements dans le monde est un dernier point de
ce projet, elle implique une mobilisation massive des pays
riches et le rôle de la France doit y être pris
en compte, notament au travers d'une collaboration interhospitalière.
En conclusion, il ne
faut pas baisser la garde face à cette redoutable maladie
qu'il convient de mieux prévenir et de mieux dépister,
notament dans les sous populations défavorisées.
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