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Le médecin
généraliste, acteur stratégique de la
prévention, de la déficience en calcium et de
l'ostéoporose
Table ronde en nutrition - Medec
Intervenants : Professeur Jean-Philippe BONJOUR, Professeur
Patrice FARDELLONE, Docteur Jean-Claude SOUBERBIELLE, Madame
Dominique POULAIN.
12 mars 2002
Rédaction : Dr Françoise
Girard
Les fractures, consécutives
à l'ostéoporose, entraînent actuellement une modification
importante de la qualité de vie des patients et impliquent
donc la mise au point de stratégies thérapeutiques capables
de modifier le cours de l'ostéoporose. Les moyens thérapeutiques
actuels ne permettent qu'une compensation.
Aussi, une stratégie de prévention est-elle indispensable.
La prévention primaire repose sur l'acquisition optimale d'un
capital osseux qui va s'acquérir durant les 2 premières décennies.
Elle est basée à la fois sur une succession appropriée et
par une activité physique régulière. En ce qui concerne l'alimentation,
le lait et ses produits dérivés sont des aliments particulièrement
riches en calcium et en phosphate, qui apportent également
des protéines stimulant la production d'IGF-I, facteur de
croissance indispensable à la croissance osseuse et jouant
également un rôle primordial dans l'économie minérale osseuse.
Il est nécessaire que les mesures hygiéno-diététiques permettent
un apport de 1000 à 1200 mg de calcium par jour, apports qui,
s'ils permettent de renforcer l'action protective des estrogènes
dans les années suivant la ménopause, ne permettent pas de
prévenir la perte de la masse osseuse. C'est l'intérêt donc
de la prescription d'apport calcique, protéique et de vitamine
D dans un rôle de prévention des fractures.
En terme de prévention secondaire, c'est une stratégie de
prise en charge de la maladie et qui doit être mis en place,
reposant sur la clinique, la biologie, l'ostéodensitométrie,
voire une thérapeutique anti-ostéoporotique. A noter que la
prescription de médicaments anti-résorbants et/ou ostéoformateurs
s'associera toujours à des recommandations d'hygiène de vie.
Les apports alimentaires en
calcium sont élevés et parfois difficiles à couvrir, évalués
entre 800 et 1000 mg par jour chez l'adulte et montant jusqu'à
1200 chez l'adolescent, voire 1500 chez la personne âgée.
60 % de ces apports sont apportés par les produits laitiers.
Les fractures ostéoporotiques sont volontiers des fractures
vertébrales, du poignet, du col fémoral, ces dernières étant
souvent accompagnées d'une lourde morbi-mortalité, dont le
coût est important.
Les études épidémiologiques actuelles montrent qu'une partie
importante de la population ne reçoit pas les qualités de
calcium conseillées, notamment dans la tranche de l'adolescence
et des personnes âgées.
Le dépistage de ces carences est facile par le biais d'un
interrogatoire ciblé et de questionnaires fréquentiels, mais
la correction de ces insuffisances fait essentiellement appel
à des modifications diététiques avant d'avoir à recourir à
une supplémentation médicamenteuse.
L'ostéoporose est une pathologie
du squelette caractérisée par une diminution de la densité
et de la qualité osseuse et ayant pour conséquence une augmentation
du risque de fracture. Si la biologie ne participe pas au
diagnostic d'ostéoporose, basé sur la DMO, la biologie peut
apporter une aide aux cliniciens dans la recherche d'une cause
d'ostéoporose secondaire, dans la décision thérapeutique,
voire dans le suivi de l'efficacité du traitement.
En matière de recherche de causes d'ostéoporose secondaire,
il faut savoir que la pathogénie de l'ostéoporose est multifactorielle
et que l'on peut donc se retrouver face à des défauts d'acquisition,
à des pertes osseuses post-ménopausiques ou liées à l'âge
ou encore à des pathologies ou des traitements pouvant les
avoir induits.
Les facteurs de risque doivent être identifiés.
Le bilan à faire, devant toute ostéoporose, a pour but :
- d'éliminer un processus tumoral ou infiltratif, en particulier
un myélome (NFS-Plaquettes, VS, électrophorèse des protéines
et protéinurie des 24 heures),
- d'éliminer une anomalie du métabolisme phospho-calcique
(calcémie, phosphatémie et calciurie des 24 heures complétées
par une protidémie voire une albuminémie et une mesure de
la créatinine urinaire).
Il convient également de documenter la fonction rénale par
une créatinine et la fonction hépatique par un dosage des
phosphatases alcalines.
Un bilan non systématique peut être effectué s'il existe des
signes ou des symptômes évocateurs, à savoir :
- la recherche d'une hyperthyroïdie (TSH),
- d'un hypercorticisme (cortisolurie des 24 heures),
- d'un hypogonadisme (testostérone),
- ou encore d'une hémochromatose (ferritine).
Si le bilan initial est perturbé,
il faut insister sur le fait qu'une anomalie du bilan de base
doit obligatoirement induire des explorations complémentaires.
Le bilan phosphocalcique est un bilan incontournable devant
une hypo ou hypercalcémie ou hypercalciurie, il convient de
demander un dosage de la PTH qui devra être comparé à une
calcémie concommitante.
Une hypercalcémie avec PTH haute sera le plus souvent le reflet
d'une hyperparathyroïdie primitive. Une hypercalcémie avec
PTH basse justifie la recherche d'une cause d'hypercalcémie
"non parathyroïdienne" et la prescription d'examens complémentaires
à la recherche d'une hyperparathyroïdie secondaire dont on
devra rechercher l'étiologie. En dehors de l'insuffisance
rénale, les causes les plus fréquentes de l'hyperparathyroïdie
secondaire seront les anomalies de la vitamine D et les malabsorptions.
Dans le cas particulier du déficit en vitamine D, il faudra
bien différencier le déficit en vitamine D qui est responsable
d'ostéomalacie et l'insuffisance en vitamine D responsable
d'une hyperparathyroïdie secondaire, situation extrêmement
fréquente en France justifiant d'une supplémentation en vitamine
D associée à une optimisation des rapports calciques alimentaires.
Bien qu'il n'existe pas de consensus quand à la définition
des valeurs de référence de 25 OH D, une concentration de
20 ng/ml semble être une approche acceptable de la valeur
minimale définissant un état de "suffisance" en vitamine D.
L'utilisation des marqueurs du remodelage osseux permet d'évaluer
la balance entre l'activité des ostéoblastes et celle des
ostéoclastes. Les marqueurs de formation les plus utilisés
sont l'ostéocalcine, la phosphatase alcaline osseuse et le
P1NP et les marqueurs de la résorption les plus intéressants
sont la désoxypyridinoline et les télopeptides associés, le
CTx et le NTx, alors que le dosage de l'hydroxyprolinurie
est devenu obsolète.
L'utilisation de ces marqueurs permet une aide à la décision
thérapeutique, mais bien également un suivi thérapeutique
dans le cadre de la prescription des médicaments anti-ostéoporotiques
qui, tout en diminuant la résorption osseuse, sont censés
stimuler la formation osseuse. Ils ne sont pas encore sur
le marché. Il s'agit soit des THS, des modulateurs du récepteur
des estrogènes (comme l'Evista) ou des bisphosphonates per
os (comme le Didronel, le Fosamax ou l'Actonel). Il faut rappeler
que ces thérapeutiques ont une mauvaise absorption intestinale
et justifient des précautions d'emploi rigoureuses.
Il apparaît que, malgré l'abondance
et la disponibilité de produits alimentaires, l'homme consomme
une alimentation moins riche en calcium que physiologiquement
lui est recommandé, d'où l'intérêt des produits laitiers qui
constituent un atout alimentaire majeur, mais également de
l'eau minérale dite calcique dès lors qu'elle contient plus
de 150 mg de calcium par litre, mais aussi les légumes verts
et les fruits.
En pratique, il faut savoir
que :
- 1/4 de litre de lait entier ou 1/2 litre d'écrémé représente
300 mg de calcium,
- 1 yaourt entre 150 et 200 - 100 g de fromage blanc entre
110 et 150
- 1 part de fromage de 30 à 300 mg.
Pour augmenter les apports
en calcium, il faut justifier l'imagination et il faut savoir
proposer des vrais produits laitiers au goûter des enfants,
sous forme de laitages, entremets, milk-shake, faire penser
à figurer dans les menus davantage de recettes à base de lait,
comme les gratins, les béchamels ou les salades à base de
fromage, incitez à la consommation de laitages 1/2 écrémés
dans le cadre des régimes hypolipidiques, mais aussi enrichir
les plats, potages, purées de poudre de lait afin d'augmenter
la densité nutritionnelle des repas des personnes âgées ou
des petits mangeurs.
Au-delà des apports calciques, d'autres facteurs environnementaux
ne doivent pas être négligés, à savoir une alimentation équilibrée
et variée, des apports caloriques suffisants et surtout une
activité physique régulière.
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