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actualité médicale

Programme national de réduction des risques cardiovasculaires 2002- 2005

Paris le 4 février 2002
Rédaction : Dr Francoise Girard

L'état des lieux en terme de maladies cardio vasculaires fait apparaître qu'elles représentent la première cause de mortalité en France avec 180 000 décès par an dont 25% affectent des sujets de moins de 25 ans. Les cardiopathies ischémiques représentent, quant à elles 27% des décès, les accidents vasculaires cérébraux 25% et les insuffisants cardiaques 23%, de telle sorte que ces trois groupes de pathologies représentent à elles seules 75% de la mortalité cardiovasculaire.
La prévalence des infarctus du myocarde est de 120 000 cas par an et celle des AVC de 130 00.
La survenue des maladies cardio vasculaires dépend essentiellement de l'âge et des facteurs de risques associés, donc d'origines multifactorielles au sein dequels on peut distinguer les marqueurs de risque (âge, sexe, antécédents familiaux) et les facteurs de risque (tabac, HTA, diabète sucré, dyslipidémie, sédentarité, obésité).
Il est ainsi prouvé qu'il existe une relation positive et continue entre l'élévation de la pression artérielle et la survenue d'IC congestive, d'AVC, d'IR et de maladies coronaires.
Il est actuellement possible de déterminer le niveau de risque d'un patient en fonction de ses facteurs cumulés compte tenu de la mise à disposition de marqueurs.
Les données épidémiologiques françaises demeurent segmentées mais la prévalence de l' HTA, chez les plus de 20 ans, est de 16,5%, celle du diabète de 3,1%, celle de l'hypercholestérolémie de 30%, celle du tabagisme de 34,4% et, enfin, celle de l'obésité de 10%.
Il existe des références en matière de prévention, de dépistage des facteurs de risque et de prise en charge des patients. Elles sont le fait de l' ANAES, de l'AFSSAPS, de l'AFSSA, de l'AFERO, de l'ALFEDIAM et de la Société française de nutrition et de diététique de langue française.
La qualité de la prise en charge des patients a pu être évaluée au travers de plusieurs études épidémiologiques, le registre MONICA, l'étude le l'URCAM Ile de France, mais aussi d'une étude de la CNAMTS chez les hypertendus sévères dont 47% apparaissent comme non traités.
L'évaluation de l'accompagnement éducatif repose sur deux enquêtes, EUROASPIRE I et EUROASPIRE II, au travers desquelles semblent exister encore de grosses lacunes.
Enfin, le co ût direct des maladies cardiovasculaires est estimé, à ce jour à 6,5 miliards d'euros par an, soit......43 milliards de francs.

A partir de ce constat, Bernard Kouchner a décidé de proposer un programme d'actions articulé autour de 6 objectifs.

1- Affiner le suivi épidémiologique des facteurs de risque et des pathologies cardiovasculaires :
En effet, il n'existe pas à ce jour de système de surveillance exhaustif des facteurs de risque et des maladies cardiovasculaires capable de moduler l'organisation des soins en fonction des besoins de la population. C'est la raison pour laquelle il convient de renforcer la surveillance simple des facteurs de risques que sont la pression artérielle, la cholestérolémie, la courbe de poids corporelle, le tabagisme, le diabète, la sédentarité, mais aussi améliorer la qualité et l'exhaustivité des données de morbidité et de mortalité.
C'est ainsi qu'a été prévue la création d'un programme de surveillance des maladies cardiovasculaires au sein de l' InVS, celle d'un groupe de travail validant la prévalence et l'incidence de l'angor. Les données du PMSI devraient également permettre une approche quantificative.

2- Promouvoir la prévention cardiovasculaire en agissant sur les facteurs de risque :
La diminution de l'usage du tabac
est un objectif primordial pour un facteur de risque majeur intervenant sur le développement des pathologies cancéreuses et cardiovasculaires et qui concerne15 millions de personnes. Les objectifs sont de diminuer de 15% cette consommation en dix ans, par le développement de sevrage ambulatoire, celui concomittant des centres de sevrages hospitaliers, mais aussi en informant individuellement et collectivment les fumeurs de l'importance des risques encourus. Cette démarche préventive passe par une formation adaptée des médecins et un renforcement des dispositifs de contrôle.
La diminution de l'incidence de l'obésité et des dyslipidémies représente également un objectif majeur dans la mesure où l'obésité est un facteur de risque à part entière de maladies métaboliques et cardiovasculaires et que sa prévalence est en constatnte augmentation, toutes classes d'âge confondues. Cette prévalence est évaluée à 30% dans la population générale au travers de l'étude MONICA, mais également confirmée au travers d' EUROASPIRE, WOSCOP, 4S et LIPID. C'est au travers d'une diffusion permanente d'informations ciblées, l'amélioration de l'équilibre alimentaire, les consultations de diététique et les dépistages précoces des dyslipidémies et de l'obésité que la diminution de cette incidence pourrait intervenir dans des délais raisonnables.
La diminution de la consommation de sel est également un objectif primordial dès lors que le lien entre celle-ci et l'hypertension artérielle et les accidents cardiovasculaires a été clairement établi au travers de plusieurs enquêtes de consommation qui ont par ailleurs mis en évidence une surconsommation française. SUVIMAX chiffre la consommation moyenne de sel à 7,5 g/j chez l'homme et 5,5 chez la femme et INCA annonce des taux de 8g/j , hors sel ajouté et de 10 g/j en consommation totale, soit une augmentation quantitative de 15% en 4 ans. Aussi des mesures ont-elles été proposées par le groupe de travail de l'AFSSA de manière à permettre une réduction significative de cette consommation au sein de la population française, avec pour objectif une diminution de 20% de consommation sur 5 ans. La réalisation de cet objectif passe par l'élaboration de mesures réglementaires, de discussions avec les industriels de l'agroalimentaire et une information de la population..
L'enrichissement de la farine en vitamine B9 est un autre objectif, calqué sur les américains, et qui devrait, à terme, permettre une diminution de 40 à 80% du risque de survenue d'anomalies de fermeture du tube neuronal chez le foetus. La réalisation de cette décision passe par un enrichissement systématique des farines commercialisées en vitamine B9 puisque le rôle de celle-ci s'exerce en amont, bien avant la conception de l'enfant à naître.

3- Encourager les patients à être acteurs de leur santé est un autre objectif ambitieux qui passe par le développement de l'éducation thérapeutique. En effet, il apparaît que la prescription médicamenteuse ne dépasse pas le seuil des 50% de résultats satisfaisants. L'éducation thérapeutique des patients est soit individuelle par le biais du médecin traitant, soit collective par les services hospitaliers mais demeure insuffisante. C'est la raison pour laquelle il faut développer cette éducation en ambulatoire en proposant aux professionnels une typologie d'éducation thérapeutique. Des recommandations pour l'éducation des patients à haut risque cardiovasculaire vont être élaborées avec l' ANAES, l'accès des malades facilités aux consultations préventive de tabacoloie, nutrition ou diabétologie et les généralistes vont être sensibilisés à la nécessité d'une prévention primaire par des recommandations et des outils.
Mais l'amélioration de la qualité de la surveillance tensionnelle est un second volet, non négligeable, quand on sait que 50% des appareils commercialisés pour une surveillance tensionnelle domestique ne sont pas aux normes. Il convient donc de promouvoir l' automesure au sens large mais dans des conditions correctes sous couvert de tests de contrôle des appareils vendus, d'une demande de révision de la norme européenne, de l' établissement d'une liste positive d'appareils certifiés par l' AFSSAPS et d'une circulaire qualité par la DHOS. La promotion d'une information claire auprès de médecins et paramédicaux est également un passage incontournable.
Enfin, il convient d' encourager les actions de prévention dans l' environnement familial ce qui devrait permettre le dépistage précoce des personnes à risque, identifiables dans la famille de personnes malades.

4- Apprendre à porter secours :
L'arrêt cardiaque extra hospitalier est d'un pronostic particulièrement sombre et l'on sait que 85% d'entre eux surviennent au domicile dont 35% durant le sommeil. La cause du décès est coronarienne dans 80% des cas, myocardiopathique dans 10% et valvulaire dans 5%. Il apparait donc primordial que chacun soit capable de porter secours à son prochain par des gestes simples et enseignés dès l'âge scolaire. C'est la raison d'une généralistion de la formation aux premiers secours dans les écoles, de l'aide immédiate aux témoins d'une mort subite, de la diffusion des défibrilateurs semi automatiques, mais aussi de la formation des professionnels (volontiers paramédicaux) susceptibles d'avoir à les utiliser. Le recueil des données représente également un élément clé dans ce domaine. Un groupe de travail interministériel, des conventions SAMU-CESU, des modules de formation des enseignants, des formations à l'utilisation de défibrilateurs sont autant de mesures dont les effets positifs à long terme sont attendus.

5 - Améliorer l'organisation des soins et la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux
En effet, les AVC représentent un problème majeur de santé publique avec une prévalence de 4 à 6 pour 1000 habitants, ils tuent 20% des 130 000 français concernés dans le premier mois, laissant à 75% des survivants des séquelles définitives.
La métaanalyse Cochrane laisse apparaitre que la prise en charge en unité neurovasculaire diminue de 30% les décès et les dépendances et que ce bénéfice se maintient 10 ans plus tard. Un des buts est donc d'améliorer leur prise en charge en la rendant multidisciplinaire d'emblée par une meilleure sensibilisation des décideurs et acteurs régionaux, mais aussi dans un second temps en facilitant suivi et réinsertion de ces sujets. Des recommandations ANAES vont être éditées, un expert coordonateur a été désigné et c'est le travail des ARH que de mettre en place les fillières adaptées, par l'intermédiare des SROS

6- Inciter au respect des bonnes pratiques cliniques et thérapeutiques :
De nombreuses recommandations ont été publiées par les Agences d' Etat et les Sociétés Savantes, mais la prise de la tension artérielle, mesure banale est cause d'erreurs multiples et il apparait que le dépistage des facteurs de risque cardiovasculaire demeure insuffisament développé. MONICA a montré que 58% des sujets hypercholestérolémiques l'ignorent, tout comme 50% des hommes et 45% des femmes hypertendus. Il convient donc d'aider les professionnels à appliquer les recommandations par le biais d'entretiens confraternels, d'intégration des dites de recommandations dans les logiciels qui leur sont fournis ou encore de développer un système d' information professionnel d'un nouveau type, de manière à ce que se comble l'écart entre recommandations et pratiques. C'est le travail de l'ANAES et de la CNAMTS....

Références :

Sur le site de l'ANAES :
- diagnostic et traitement de l'HTA essentielle de l'adulte de 20 à 80 ans
- modalités de dépistage et de diagnostic biologique des dyslipidémies en prévention primaire
- prise en charge des patients adultes atteints d'HTA essentielle
- stratégie de prise en charge du patient diabétique type 2 à l'exclusion de la prise en charge des complications
- suivi du patient diabétique de type 2 à l'exclusion du suivi des complications
- arrêt de la consommation du tabac

Sur le site de l'AFSSA :
- les apports nutritionnels conseillés
- la table de composition des aliments
- les apports de sel

Sur le site de l'AFSSAPS :
- traitement médicamenteux du diabète type 2
- prise en charge thérapeutique du patient dyslipidémique

 
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