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Le Prozac®
et consorts au secours des attaques cérébrales
INSERM
28 Janvier 2002
Les antidépresseurs sérotoninergiques réactivent les circuits
neuronaux moteurs après un accident vasculaire cérébral
L'équipe du neurologue François Chollet (unité Inserm 455,
Toulouse) vient de montrer qu'une dose unique de l'antidépresseur
fluoxétine – plus connu sous le nom de Prozac® – améliore
l'exécution motrice chez des patients devenus hémiplégiques
deux semaines auparavant. L'examen de leur activité cérébrale
par IRMf (Imagerie par résonance magnétique nucléaire fonctionnelle.
Cet examen consiste à mesurer le débit sanguin cérébral, reflet
de l'état (plus ou moins activé) des populations neuronales)
révèle en effet qu'après l'injection de ce type de molécule,
des circuits neuronaux normalement inactifs prennent le relais
des aires endommagées. Simultanément, les performances manuelles
sont améliorées. Cet effet bénéfique repose, semble-t-il,
non sur l'action antidépressive, mais sur une action directe
de la fluoxétine sur les neurones des aires motrices cérébrales.
Après une décennie de recherches prometteuses chez l'animal,
c'est le tout premier essai clinique laissant espérer à court
terme un traitement pharmacologique de ces affections handicapantes,
pour lesquelles aucun médicament n'est disponible à l'heure
actuelle.
Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) constituent la première
cause de morbidité et la troisième cause de mortalité dans
les pays occidentaux. Ils surviennent lors de l'obstruction
ou de la rupture de vaisseaux sanguins irriguant le cerveau.
Le tissu adjacent peut alors subir des dégâts irrémédiables,
et laisser subsister des séquelles neurologiques importantes
: aphasie, paralysies souvent unilatérales (hémiplégies),
troubles de la vision, etc. Spontanément, ces déficits sont
susceptibles de se corriger de façon partielle, mais l'ampleur
de la récupération fonctionnelle reste imprévisible et, dans
la plupart des cas, limitée, malgré l'amélioration de qualité
de vie apportée par la rééducation. Pourtant, depuis la fin
des années 1980, de nouvelles perspectives thérapeutiques
se dessinent de plus en plus nettement. Les recherches fondamentales
menées chez l'animal, ainsi que les études cliniques chez
l'homme, ont révélé l'existence d'importantes capacités de
plasticité cérébrale, y compris chez l'adulte : les circuits
cérébraux sains sont susceptibles de se réorganiser et de
prendre en charge la fonction des neurones endommagés...
Les amphétamines potentialisent la libération de neurotransmetteurs
cérébraux : principalement la noradrénaline. Elles améliorent,
de ce fait, les performances motrices sur des modèles animaux
de lésion cérébrale, mais leur utilisation en thérapeutique
est limitée par leurs effets secondaires (dépendance notamment).
Cherchant à pallier ces inconvénients, les chercheurs de l'unité
Inserm 455, sous la direction de François Chollet, ont misé
sur la fluoxétine (Prozac®) et la paroxétine (Déroxat®). Ces
deux inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine
(ISRS) étaient jusqu'à présent utilisés dans le traitement
de la dépression et d'autres troubles psychiques, et non en
neurologie. Les raisons de ce choix : ces molécules augmentent
la disponibilité cérébrale de sérotonine Et, dans une moindre
mesure, de noradrénaline et de dopamine. – que l'on sait activer
le cortex moteur – sans présenter d'effets délétères sur l'organisme.
L'équipe de François Chollet a réalisé deux essais cliniques
en double aveugle contre placebo, sur six sujets sains d'une
part, et sur huit adultes hémiplégiques en début de rétablissement,
d'autre part. Une seule injection d'ISRS a été employée. Dans
les heures suivantes, les sujets devaient réaliser des tâches
motrices simples (notamment des tapotements rythmiques à l'aide
des doigts) pendant un examen par IRMf1. Les chercheurs de
l'Inserm ont observé une amélioration significative des performances
motrices (augmentation de la fréquence et de la force du tapotement
des doigts) chez les patients hémiplégiques. L'étude par imagerie
en fournit l'explication la plus plausible : chez les sujets
sains, l'IRMf montre en effet une hyperactivation dose-dépendante
des zones corticales du cerveau contralatérales L'hémisphère
cérébral gauche contrôle la moitié droite (contralatérale)
du corps, et vice-versa. impliquées dans la tâche motrice.
Chez les patients ayant une hémiplégie, l'injection permet
la réactivation des zones motrices corticales situées dans
l'hémisphère cérébral opposé à la partie du corps utilisée
dans la tâche manuelle. Cela suggère que les ISRS modifient
l'excitabilité de circuits impliqués dans l'exécution motrice.
Ces tous premiers essais cliniques français ouvrent la voie
à un traitement possible du handicap fonctionnel consécutif
à un AVC. Par ailleurs, l'équipe toulousaine mène de nouveaux
essais pour évaluer l'efficacité d'un traitement chronique
par ISRS, mais aussi celle d'autres molécules non-ISRS telles
que la Ritaline®, un composé apparenté aux amphétamines et
actuellement prescrit dans l'hyperactivité avec déficit de
l'attention.
Pour en savoir plus
• Sources
"Fluoxetine modulates motor performance and cerebral activation
of patients recovering from stroke"
Jérémie Pariente (1,2), Isabelle Loubinoux (1), Christophe
Carel (1,2), Jean-François Albucher (1,2), Anne Leger (1,2),
Claude Manelfe (3), Olivier Rascol (1,2,4), François Chollet
(1,2
Annals of Neurology, 50(6):718-72 (2001)
"A single dose of the serotonin neurotransmission paroxetine
enhances motor output: double-bind, placebo controled, fMRI
study in healthy subjets" Isabelle Loubinoux (1), Jérémie
Pariente (1,2), Kader Boulanouar (1), Christophe Carel (1,2),
Claude Manelfe (3), Olivier Rascol (1,2,4), Pierre Celsis
(1), François Chollet (1,2)
NeuroImage, 15:26-36 (2002)
(1) = Unité Inserm 455, pavillon Risert, hôpital Purpan, Toulouse,
France.
(2) = Département de Neurologie, hôpital Purpan, Toulouse,
France.
(3) = Département de neuroradiologie, hôpital Purpan, Toulouse,
France.
(4) = Centre d'Investigations Cliniques, hôpital Purpan, Toulouse,
France.
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