|
Analyse critique
et propositions du SNJMG relatives à la première partie du
document du ministère de l'emploi et de la solidarité en date
du 11 février 2002 concernant l'installation et les gardes.
SNMJ
Le 20 février 2002
I. Aides à l’installation
L’article 39 de la loi de financement de la sécurité sociale
pour 2002 prévoit :
- l’élaboration d’un décret qui détermine les critères qui
permettront au préfet après avis du conseil régional de santé
de déterminer les zones ciblées d'aide à l'installation.
- l’élaboration d¹un décret qui détermine les obligations
auxquelles seraient soumis les professionnels qui bénéficient
des aides à l'installation.
Le Fond d’amélioration de la qualité des soins de ville (FAQSV)
et le Fond de réorientation et de modernisation de la médecine
libérale (FORMMEL),gérés par les caisses d¹assurance maladie
et les professionnels , contribuent au financement de ces
aides. Ils déterminent le montant, le type d’aide, les conditions
de versement et de gestion.
1) les critères qui permettront au préfet après avis du conseil
régional de santé de déterminer les zones ciblées d'aide à
l'installation.
Le ministère propose une hiérarchisation des critères avec
:
Un premier niveau obligatoire :
Critères géographiques avec un temps d’accès de 20 à 30 minutes
Critères liés à la densité médicale (Seuil minimal :3 à 4
médecins pour 5000 habitants et/ou Médecins non remplacés
sur le secteur)
Un deuxième niveau de critères complémentaires et facultatifs
:
Critères de santé publique( proportion de personnes âgées,
proportion supérieure à la moyenne nationale ou régionale
de bénéficiaires de minima sociaux, proportion supérieure
à la moyenne nationale ou régionale de bénéficiaires d’ALD,
le revenu moyen par habitant, la mortalité).
Critères de politique publique (zone urbaine sensible ou zone
de revitalisation rurale). Critères liés à l’activité des
professionnels (critères de pénibilité avec un nombre de gardes
par mois entre 5 et 8 gardes par mois et nombre de jour travaillés
rapportés au nombre de jours de l’année).
Le SNJMG est favorable aux critères retenus mais demande
à voir abaisser les critères de pénibilité à 4 gardes par
mois (soit déjà plus de 70 heures par semaine, sans
bénéfice du repos de sécurité). Nous pensons également
que le seuil minimal de médecin par habitant est un critère
imprécis, car l’organisation du travail des médecins va
probablement profondément changer dans les prochaines années
: féminisation et volonté de réduction du temps de travail,
organisation en réseau, introduction de nouvelles technologies
informatiques dans la pratique quotidienne, implication des
médecins libéraux dans les structures hospitalières locales.
Dans cette optique, le SNJMG demande que soit intégré comme
critère d’attribution des aides à l’installation mais également
dans le cadre de la réorganisation des secteurs de garde,
le nombre de garde hebdomadaire que chaque médecin à l’intérieur
de ce secteur, aura à effectuer.
2) les obligations auxquelles seraient soumis les professionnels
qui bénéficient des aides à l'installation.
Le ministère propose comme contre-parties aux aides à l’installation
:
- rester sur la zone d'installation pendant une période déterminée.
- participation à des actions de permanence des soins.
- regroupement de professionnels (médicaux, paramédicaux).
Le SNJMG s'oppose :
- à toute obligation de rester sur la zone d'installation
pendant une période supérieure à 3 ans.
- à toute obligation de participation à des actions de permanence
des soins.
Le SNJMG est favorable à une incitation au travail en groupe
et n'est pas opposé à une pondération de l'aide en ce sens
(majoration de l’aide de 1/3 à 1/4). L’aide à l'installation
"minimale" doit être suffisamment attractive pour inciter
véritablement les professionnels de santé à s'installer dans
les régions sous médicalisés. Ces aides à l’installation doivent
pouvoir aussi être perçues par de jeunes médecins qui souhaitent
s’installer individuellement, car leur installation participe
aussi à la l’augmentation quantitative de l’offre de soins
en zone de faible densité médicale, et ne préjuge pas de leur
implication dans des réseaux de soins déjà existants.
Compte-tenu du contexte démographique médical, il importe
que les mesures incitatives à l’installation se voient couronnées
de succès. Dans ce but, elles ne doivent pas comporter de
contre-parties qui s’avèreraient dissuasives pour les jeunes
médecins qu’elles visent. Il importe ainsi de se fixer une
période d¹expérimentation suffisamment longue pour qu’il puisse
être fait un bilan cohérent de leur impact en terme de repeuplement
des zones sous-médicalisées.
Le SNJMG demande au gouvernement d’examiner toute mesure fiscale,
allègement, exonération ou « lissage » des charges sociales
permettant une installation facilitée mais également l’embauche
de personnel ou l’investissement pour l’achat de locaux ou
de matériel, permettant de constituer de véritables « zones
franches sanitaires ».
Le SNJMG est favorable à une incitation à la participation
à la permanence des soins : il se prononce pour l' application
immédiate des mesures déjà actées par le protocole d’accord
signé entre les caisses de Sécurité Sociale et le syndicat
MG-France (en intégrant nos propositions sur les obligations
des aides à l’installation) et à terme pour un véritable engagement
(notamment financier) de l'Etat dans l'organisation des gardes
ambulatoires ( Cf ci dessous).
II. financement des gardes en libéral
L’article 35 de la loi de financement de la sécurité sociale
pour 2002 prévoit que des actions permettant la permanence
des soins peuvent faire l’objet de financement dans le cadre
d’actions expérimentales.
Le ministère propose :
Une rémunération de l’astreinte (organisation par les conseils
départementaux de l’ordre). La création de maisons médicales
avec permanence des soins.
Le Regroupement des secteurs de garde.
La mutualisation des gardes.
L’organisation graduée des soins avec des dispositifs hospitaliers.
L’implication des médecins libéraux dans l’organisation de
la régulation.
Pour le SNJMG, la réorganisation des gardes ambulatoires
est un élément indispensable et un préalable obligatoire
à la mise en place d’ aides pérennes à l'installation en zones
sous médicalisées. Conscient des responsabilités qui sont
les sienne, le bon fonctionnement et une rémunération plus
juste du service de garde sont de toute évidence une motivation
supplémentaire pour qu’un jeune médecin décide de s’installer
en milieu ambulatoire.
Aussi, Le SNJMG demande :
- une politique de prise en charge globale et cohérente des
urgences :
* Reconnaissance du caractère de mission publique de la prise
en charge des urgences (définition d'objectifs et budgétisation
des moyens financiers correspondant aux objectifs retenus)
à laquelle participe la garde "ambulatoire".
* Organisation d'un premier recours non hospitalier
- création d'un centre "ambulatoire" d'accueil et de réception
des appels avec interconnexion efficace de ce service avec
les centres 18 et 15.
- intégration de ce centre dans une structure de garde dédiée
(associations et/ou maisons médicales de garde) fonctionnant
comme un cabinet (virtuel ou réel) traditionnel mais dont
le financement (murs, véhicules, secrétariat, matériel) est
public.
- incitations pour les généralistes et aménagement de leurs
conditions de travail : révision de la nomenclature ;
forfait conséquent pour l'astreinte de prise de garde (forfait
financé sur le budget de l'Etat et non de la sécurité sociale
car il s’agit d’une mission de service public) et se rajoutant
à la rémunération de chaque acte effectué en garde ;
encadrement des gardes selon les mêmes principes qu'à l'hôpital
:bénéfice d'une assurance responsabilité civile professionnelle
adéquate, instauration d’un quota « statutaire » maximal de
garde (sur la base d’un maximum de plus d’ 1 garde de nuit
par semaine, 1 garde de jour férié ou de dimanche par mois,
impossibilité de cumuler plus de 24 heures de garde d'affilée)
;
statut des médecins remplaçants à l'égal des remplacés.
Sans la mise en place de ces mesures indispensables à l'amélioration
des conditions de travail et de sécurité des médecins
libéraux dans le cadre des gardes de ville qu'ils assurent
et également en vue d'améliorer la prise en charge médicale
des patients, le SNJMG demande l'abrogation de l'article
77 du code de déontologie.
- Education des patients sur le bon usage des services de
garde (médecin de garde, pompiers, SAMU).
- Intégration d’un module « urgences pré-hospitalières » dans
les modules prioritaires de FPC.
- Amélioration de l'efficience des services hospitaliers d'urgences
* Détermination pour chaque service les moyens adéquats en
matériel et personnel.
* Amélioration les conditions de travail des personnels des
services d'urgences (35 heures pour les personnels non médicaux
et repos de sécurité + limitation du temps de travail hebdomadaire
à 48 heures pour TOUS les personnels médicaux, internes et
résidents inclus).
* Acceptation d'une véritable place des généralistes dans
les services d'urgences et dans la régulation.
Le SNJMG est favorable au regroupement des secteurs de
garde mais demande des précisions sur le fonctionnement des
maisons médicales et la mutualisation des gardes avant de
donner un avis sur ces deux propositions.
Les aides à l'installation doivent s'accompagner parallèlement
d'une action importante pour améliorer la démographie médicale.
Le Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes demande
:
- la création d'un observatoire de la démographie médicale,
organisme indépendant rassemblant toutes les parties concernées.
Il serait chargé de produire chaque année un rapport sur l'état
de la démographie médicale et les tendances évolutives. Ce
rapport, à l'instar des rapports du haut comité de la santé
publique et de la conférence nationale de santé, serait adressé
au Parlement qui fixerait le numerus clausus (nous militons
pour un relèvement progressif) et le ratio entre futurs généralistes
et futurs spécialistes (nous militons pour un ratio de 2/3
- 1/3 ).
- le remplacement de l'actuel concours de spécialités par
une épreuve classante nationale, d'organisation décentralisée,
commune (Médecine Générale et Spécialisée confondues) permettant
d'établir des quotas par filière ou par groupe de spécialités
en fonction des besoins de santé publique de la population.
- Favoriser et encourager les stages chez le praticien en
milieu rural et les stages d'externat et d'internat dans les
petites structures hospitalières de province, dans le respect
du statut des internes et résidents.
Le SNJMG réaffirme son opposition aux mesures coercitives
à l'installation des jeunes médecins et aux projets de remplacements
obligatoires, qui sont de nature a décourager les nouvelles
vocations.
|