La biotechnologie, au sens le plus large du terme, a commencé
voici des milliers d'années, lorsque l'homme primitif est
passé de la chasse et de la cueillette au travail de la terre.
Il récolta des plantes sauvages afin de les cultiver et sélectionna
les variétés les plus aromatiques et aux plus grands rendements
pour les semis de la saison suivante. Les animaux furent peu
à peu domestiqués pour fournir un apport permanent de viande
et de lait. Ce fut une étape révolutionnaire de l'histoire
de l'humanité, car elle jeta les bases de l'évolution culturelle.
Peu après, la biotechnologie fit un nouveau pas en avant
lorsque l'homme découvrit que le processus de maturation des
aliments modifiait parfois leur goût ou leur consistance ou
les rendait moins périssables. C'est ainsi que le levain ajouté
à la pâte donna au pain un goût plus agréable, que le jus
de raisin fermenté se transforma en vin et que le lait versé
dans des poches en panse de chameau donna une forme primitive
de fromage.
Au fil des millénaires, les progrès ont succédé aux progrès
pour aboutir à l'immense diversité de cultures et d'aliments
que nous connaissons aujourd'hui. Les variétés de blé ou de
maïs modernes n'ont plus grand-chose à voir avec les graminées
simples dont elles sont issues. De même, les nombreux aliments
fermentés que l'on trouve aujourd'hui - bière, vin, pain,
yaourt, olives, choucroute, fromage, saucisson - ont parcouru
un long chemin depuis l'époque où l'homme commençait à s'aventurer
dans la fermentation.
Les
jalons historiques
La plupart de ces développements ont été obtenus par tâtonnements,
sans la moindre connaissance des principes qui les sous-tendaient.
Très souvent, les aliments se gâtaient tout simplement parce
que l'homme était incapable de maîtriser ou de limiter les
processus naturels. Cette approche empirique de la production
alimentaire connut un tournant au XIXe siècle, accéléré par
les travaux de trois grands savants :
- la théorie de l'évolution de Charles Darwin qui reconnaissait
pour la première fois que les espèces ne sont pas stables,
mais évoluent constamment en réaction aux modifications
du milieu. Toutes les disciplines de la biologie ont confirmé
la théorie de Darwin. Ainsi, les techniques moléculaires
ont montré qu'une bonne partie du matériau génétique de
l'homme est non seulement étroitement apparenté à celui
des chimpanzés, mais aussi à celui des bactéries primitives.
- Les lois de l'hérédité de Gregor Mendel, fondées sur les
célèbres expériences d'hybridation faites par ce moine autrichien
dans le jardin de son monastère. Fondateur de la science
moderne qu'est la génétique, Mendel a découvert les lois
de l'hérédité et a été le premier à énoncer que les caractéristiques
d'un organisme dépendent d'unités spécifiques d'informations
génétiques, qu'on appelle aujourd'hui les gènes. Ainsi,
seule une plante contenant un gène du rouge peut développer
des fleurs rouges. Cette théorie a complété la théorie darwinienne
de l'évolution en permettant d'expliquer comment des populations
d'organismes peuvent changer au fil du temps, simplement
par l'échange des gènes qui déterminent leurs caractéristiques.
- La découverte par Louis Pasteur que les fermentations
alimentaires sont dues à des organismes microscopiques -
bactéries, simples moisissures et levures. Ces micro-organismes
sont capables de réaliser toute une série de réactions biochimiques,
transformant le sucre en alcool et le lactose en acide lactique,
et produisant des vitamines et des composés aromatiques.
Les
origines de la fermentation des aliments
Contrairement à Darwin et à Mendel que l'on qualifierait
aujourd'hui de chercheurs purs, Pasteur avait adopté la démarche
plus pratique des sciences appliquées. Il s'intéressa tout
particulièrement à la fabrication du vinaigre, un processus
qui, dans le passé, avait connu un succès mitigé à cause de
la contamination par des bactéries inadéquates. Pasteur fut
le premier à identifier le type de bactéries nécessaires et
à les isoler sous une forme pure. Dès lors, il fut possible
de maîtriser la fabrication du vinaigre et de produire à grande
échelle et de façon économique du vinaigre de qualité excellente
et régulière.
De nos jours, de nombreux ingrédients alimentaires sont fabriqués
par fermentation industrielle de micro-organismes. Ainsi,
l'acide citrique est obtenu à l'aide de la moisissure Aspergillus
niger, dans un processus qui est plus rentable et pratique
que l'utilisation de citrons. Le glutamate de sodium, un agent
de sapidité dont la production mondiale a dépassé les 300
000 tonnes en 1993, est obtenu à l'aide de la bactérie Corynebacterium
glutamicum. De même, les extraits de levure utilisés comme
arômes alimentaires sont produits par fermentation, une méthode
qui sert également à la production d'acide lactique.
La
naissance du génie génétique
Au XXe siècle, l'industrie alimentaire a bénéficié des investissements
réalisés par l'industrie pharmaceutique dans la biotechnologie,
au fur et à mesure du développement de techniques de fermentation
permettant de produire des antibiotiques, et de l'approfondissement
des connaissances des scientifiques dans le domaine de la
génétique. Les fondements du génie génétique ont été jetés
par James Watson et Francis Crick, avec la découverte, dans
les années 50, du processus de réplication de l'ADN (acide
désoxyribonucléique). Les progrès réalisées dans les années
70 ont permis d'obtenir des processus plus prévisibles et
plus fiables qu'ils ne l'avaient jamais été, grâce à une maîtrise
croissante au niveau moléculaire.
Mais les techniques du génie génétique ont également transformé
la sélection des plantes. Traditionnellement, la sélection
végétale vise à conjuguer des caractéristiques intéressantes
provenant de deux variétés de plantes. C'est ainsi que la
variété de tomate X peut donner des rendements plus élevés
mais être sensible aux maladies, tandis que la variété Y résiste
aux maladies mais donne un maigre rendement. Désormais, le
génie génétique est en mesure de permettre l'identification
du gène résistant de la variété Y et son transfert direct
dans la variété X, rendant ainsi inutiles de très longs programmes
de sélection.
Outre l'accélération des programmes de sélection et l'augmentation
des chances de réussite, le génie génétique permet également
d'associer des matériaux génétiques d'une manière qui ne peut
se produire dans la nature. Ainsi, des copies de gènes ani-maux
peuvent être introduits dans des végétaux et des copies de
gènes végétaux peuvent être insérés dans des bactéries. C'est
ce potentiel qui élargit l'éventail des préoccupations d'éthique
et de sécurité qui font aujourd'hui l'objet d'un vaste débat
en Europe, débat auquel l'industrie alimentaire est désireuse
de participer pleinement et franchement.
"EUFIC, Le Conseil Européen de l'Information Alimentaire"