Cancer du sein et grossesse
Rédacteur : Dr B. Minier, radiothérapeute,
mars 2000
L'incidence du cancer du sein pendant la grossesse correspond à 2% des cancers du sein en général.
Sont considérés comme cancer du sein survenant au cours de la grossesse à la fois ces derniers mais aussi les cancers détectés l'année suivant la grossesse.
L'âge moyen est de 35 ans.
Cancers du col utérin et du sein sont les tumeurs les plus fréquemment rencontrées au cours de la grossesse. |
Diagnostic
et bilan
Le diagnostic clinique est difficile
d'autant que la grossesse est avancée, d'où
l'importance majeure de faire un examen clinique mammaire
chez une femme enceinte au tout début de sa grossesse.
Mammographie et cytologie sont elles
aussi de diagnostic plus compliqué. La mammographie
est possible chez la femme enceinte mais son interprétation
est trés délicate. La ponction cytologique est
essentielle mais demande un oeil averti du fait d'une interprétation
difficile.
Pour différencier un cancer
du sein en PEV 3 (poussée inflammatoire carcinomateuse)
d'une mastite inflammatoire benigne, la biopsie est indispensable.
Les cancers du sein au cours de la
grossesse ont habituellement un mauvais pronostic tout simplement
parce qu'il sont détectés à un stade
tardif. Le jeune âge des patientes atteintes d'un cancer
du sein pendant la grossesse est lui aussi un facteur désormais
connu de mauvais pronostic.
Par contre, d'après des études
récentes, il semblerait que le fait d'être enceinte
n'est pas un facteur de mauvais pronostic en lui même.
Le bilan habituel d'un cancer du sein
comprend le bilan biologique, un bilan radiologique outre
la mammographie à savoir un cliché cardiothoracique,
un scanner abdomino-pelvien, une scintigraphie osseuse...
Chez la femme enceinte, le cliché
cardiothoracique est réalisé mais il est préférable
de ne pas réaliser la suite du bilan radiologique dans
la mesure où l'irradiation liée à ce
bilan peut entraîner une tératogénécité.
Traitement
Méthodes thérapeutiques
:
-1) chirurgie
-2) radiothérapie
-3) chimiothérapie
-4) hormonothérapie
-1) chirurgie :
Une chirurgie mammaire type tumorectomie + curage axillaire
ou intervention de Patey (mammectomie) + curage axillaire
peut être indiquée si l'indication en est posée.
-2) radiothérapie
- Cette radiothérapie est évitée pendant
la grossesse du fait du risque tératogène. Si
cette radiothérapie est indiquée après
chirurgie mammaire partielle ou totale, elle sera réalisée
plus tard.
- Si découverte d'une récidive aprés
chirurgie au cours d'une grossesse, il sera préférable
soit d'envisager un nouveau geste chirurgical si il est réalisable,
soit d'envisager la réalisation d'une chimiothérapie
plutôt que d'une radiothérapie.
-3) chimiothérapie
L'indication de ce traitement est
délicate mais quand elle est définie, il est
majeur de considérer les problèmes que pose
cette chimiothérapie à la fois chez la mère
et le foetus.
Le contexte gravidique entraîne
de nombreuses perturbations de la pharmacocinétique.
Ceci peut entrainer une modification de la toxicité
de certaines molécules de chimiothérapie.
Le cancer du sein étant peu
fréquent chez la femme enceinte et l'indication d'une
chimiothérapie étant elle aussi peu fréquente,
il y a peu d'études à disposition pour déterminer
les protocoles optimaux.
Les effets chez le foetus sont eux
aussi mal connus aussi bien les complications précoces
que tardives. Certaines études évaluent le passage
transplacentaire des molécules de chimiothérapie
mais elles sont peu fréquentes. La toxicité
foetale est liée au terme de la grossesse et aux produits
utilisées.
Période de la chimiothérapie :
- 1ere semaine de grossesse :
soit mort foetale
soit survie foetale
- 1er trimestre : période d'organogenèse
Risque (5 à 15 %) de malformations et d'avortements.
Le Methotrexate, le cyclophosphamide (endoxan) sont hautement
tératogènes. Par contre les anthracyclines (farmorubicine...)
et les vinca-alcaloïdes (vinblastine, vincristine) le
seraient moins.
La polychimiothérapie augmente le risque tératogène
ainsi que l'association à la radiothérapie.
- 2e trimestre et 3e trimestre :
Ce n'est pas un problème de malformation mais plutôt
des risques d'avortements, de prématurité, de
retard de croissance...
A cette période de la grossesse, les différentes
molécules de chimiothérapie peuvent être
utilisés.
Les risques à long terme pour ces enfants sont trés
peu connus.
- 4) Hormonothérapie
Les cancers du sein pendant la grossesse ne sont pas en règle
générale hormonosensibles. La plupart des ces
tumeurs possèdent des récepteurs oestrogéniques
négatifs. Le tamoxifène est par ailleur tératogène.
Conclusion
Le traitement d'un cancer du sein au cours
d'une grossesse doit respecter un double objectif :
- préserver la vie de la mère
- préserver la vie du foetus
Lorsque le cancer du sein est de mauvais
pronostic en début de grossesse (cancer du sein inflammatoire
ou, et, métastasé ou envahissement axillaire
majeur), il paraît préférable de proposer
une interruption de grossesse et de débuter le traitement
rapidement.
En cas de tumeur agressive aux 2eme, 3eme
trimestre, la chimiothérapie est réalisable.
Le nombre de cures sera limité et le déclenchement
de l'accouchement sera réalisé dès viabilité.
Un petit cancer près du terme, ne
posera pas de problème particulier. La chirurgie sera
pratiquée et en cas d'indication de radiothérapie
post-opératoire, cette dernière sera réalisée
après l'accouchement. |