Emballages
alimentaires et sécurité du consommateur
Anne-Marie RIQUET, Unité
de recherches sur la sécurité et la qualité des aliments emballés,
INRA, Jouy-en-Josas.
Les emballages sont omniprésents
dans la vie du consommateur. Parmi eux, les emballages en
matière plastique sont en constante évolution et donnent lieu
à une surprenante diversification. L’agroalimentaire représente
aujourd’hui en Europe plus de 50% du marché des plastiques.
Or, il existe des problèmes de compatibilité entre les emballages
plastiques et les aliments. En effet, les interactions entre
plastique et aliment sont inévitables, mais elles entraînent
parfois des défauts de qualité tant sur des plans organoleptique
que toxicologique. Le plus connu de ces phénomènes est la
migration de monomères (unités élémentaires du plastique)
résiduels ou d’adjuvants technologiques qui peuvent être relargués
par l’emballage et contaminer les aliments.
La grande majorité des plastiques
d’emballage est fabriquée à partir d’un nombre réduit de monomères.
Cinq polymères représentent à eux seuls 90% du marché : le
polyéthylène, le polypropylène, le polystyrène, le PVC et
le PET. Par contre, les adjuvants technologiques se comptent
par milliers. Ce sont eux qui permettent d’ajuster les propriétés
et la forme du matériau. Le domaine des matériaux plastiques
s’étend aussi aux boîtes de conserves, où des vernis très
minces séparent les aliments acides du métal.
Entre l’usine qui va fabriquer
les granulés de matériaux plastiques et les consommateurs
qui achèteront les produits finis, il y a toute une chaîne
de transformations de l’emballage ou du couple emballage/produit.
Il faut absolument connaître cette chaîne si l’on veut limiter
les phénomènes de migration, préserver les qualités organoleptiques
du produit et surtout éviter tout danger pour le consommateur.
Un autre problème se pose
aux scientifiques : dans un souci d’éviter le gâchis du «
plastique jetable », et sous la pression des écologistes,
on parle aujourd’hui du « plastique recyclable », mais la
fabrication d’emballages alimentaires à partir de matériaux
récupérés pose de nombreux problèmes et leur usage n’est pas,
à ce jour, sans risque pour le consommateur. Il est déjà difficile
de savoir ce que relargue un plastique propre et neuf ; que
dire d’un matériau usagé dont on ne connaît ni l’origine,
ni l’utilisation qui en a été faite par des consommateurs
avant d’être recyclé.
I
- Pourquoi cet engouement pour les plastiques ?
Le plastique est, après le
papier, le deuxième matériau utilisé par l’industrie française
de l’emballage avec 25% du marché.
Sans lui, notre quotidien
serait modifié : plus de « briques » de lait ou de jus de
fruits, plus de sachets de salades préemballées, plus de pâtes
boulangères crues, plus de poêles antiadhérentes, plus de
boîtes de conserves revêtues d’un vernis protecteur, plus
de petits pots d’aliments pour bébé dont les joints sont faits
avec des plastiques. A cette diversité d’usages s’ajoute une
grande diversité de formes : films, sacs, poches, barquettes,
bouteilles, pots, boîtes, capsules, tubes, joints, ...
Plusieurs qualités permettent
d’expliquer cet engouement pour l’emballage plastique : facilité
de mise en oeuvre à l’aide de technologies variées (extrusion,
injection, thermoformage, moulage...), conditionnements à
haute cadence, aptitude à des usages variés, matériau que
l’on peut colorer et imprimer, performances remarquables pour
une faible consommation de matière, solidité et légèreté.
En effet, l’une des principales
caractéristiques du plastique est son remarquable rapport
qualité/poids. Ainsi par exemple, un sac de sortie de caisse,
un pot de yaourt, un flacon d’adoucissant, un film de palettisation
ont vu leur poids réduit de 45 à 70% en moins de 20 ans. Cette
performance des plastiques permet le meilleur rapport poids
contenant/contenu. Il en résulte de considérables économies
de trans-port. On peut, par exemple, transporter 10 kg dans
un sac à bretelles de 6 g, conditionner 9 litres d’eau avec
250 g de bouteilles, et un film de 14 g regroupe 6 bouteilles
de 1,5 l chacune. Des développements technologiques permettront
sans doute encore des réductions de poids.
II - Un matériau doit s’adapter
à l’aliment
Parmi
les matériaux plastiques les plus courants, on trouve :
- le polystyrène (PS) : ce
polymère du styrène est surtout utilisé dans les emballages
de produits laitiers (yaourts, crème fraîche, desserts lactés)
et les gobelets pour distributeurs automatiques. Le polystyrène
expansé (PSE) intervient dans la fabrication des barquettes
et des matériaux de calage (électro-ménager) ou la coque des
téléviseurs.
- le polyéthylène (PE) et
le polypropylène (PP) : ils font partie de la famille des
polyoléfines, constitués essentiellement à partir d’éthylène
et de propène. Ils entrent principalement dans la fabrication
de films d’emballage. Le polyéthylène basse densité est sur-tout
utilisé dans la fabrication des films rétractables ou étirables
pour la palettisation. Le polyéthylène haute densité intervient
dans la fabrication de bouteilles, flacons, bidons (huiles
de moteurs, phyto-sanitaires), conteneurs, caisses et casiers,
ou films pour expédition. Les films d’emballage de paquets
de cigarettes, de fleurs, bonneterie, produits alimentaires
secs sont eux en polypropylène.
- le polychlorure de vinyle
(PVC) : il est utilisé pour faire des conduites d’alimentation
d’eau ou dans la fabrication de films à usage alimentaire
ou médical (poches à sang), mais l’exemple le plus connu est
celui des bouteilles d’eau, d’huile, de vin ou de vinaigre.
Si le même polymère de base entre dans la fabrication de ces
bouteilles, la nature des additifs, elle, est différente.
En effet, si on remplissait d’huile une bouteille d’eau, la
bouteille se ramolirait car une grande quantité d’additifs
spécifiques à la formu-lation passerait dans l’huile, mais
surtout parce que la formulation de la bouteille d’eau ne
présente pas la même perméabilité à l’huile que la formulation
de la bouteille d’huile. En conséquence, l’huile peut pénétrer
dans la paroi de la bouteille d’eau et jouer le rôle du plastifiant.
- le polyéthylène téréphtalate
(PET) : ce plastique de la famille des polyesters a, contrairement
au PVC, une très faible perméabilité au CO2. Il est donc employé
dans la fabrication des bouteilles de boissons gazeuses ;
il intervient aussi dans la fabrication de flacons de produits
cosmétiques.
- le polytétrafluoréthylène
(PTFE) : ce sont des polymères fluorés que l’on trouve dans
les revêtements anti-adhésifs comme les poêles Tefal.
III - Les sources de contamination
de l’aliment
Elles sont au nombre de trois
:
- la première source de contamination
est due à l’emballage et en particulier aux additifs ajoutés
au matériau plastique en vue d’améliorer sa qualité, de le
stabiliser, de le rendre plus souple, de le plastifier ou
encore de le teinter. Des monomères peuvent aussi être transférés
à l’aliment ; ce phénomène de migration peut avoir des conséquences
tant sur les plans organoleptique que toxicologique.
- la deuxième source est due
à l’aliment lui-même. En effet, certains de ses constituants
sont susceptibles d’être transférés à l’emballage et d’en
modifier la structure, activant ainsi la migration du contenant
vers le contenu. C’est le cas des aliments gras pour lesquels
les interactions avec l’emballage augmentent avec le temps,
la chaleur et leur richesse en matières grasses. C’est aussi
le cas des arômes, molécules vola-tiles dont la fuite, dans
ou au travers de l’emballage entraine une baisse de la qualité
organoleptique (arôme et goût) du produit.
- la troisième source est
une contamination par l’environnement ; les odeurs résiduelles
d’un lieu de stockage, les constituants d’encres de la paroi
externe de l’emballage peuvent traverser le contenant et venir
altérer l’aliment, tant au niveau organoleptique que toxicologique.
IV - Paramètres influençant
les migrations d’additifs
Les conditions de contact et
de conservation : la migration augmente avec la durée et la
température de stockage. Elle est aussi fonction de la surface
et de l’épaisseur du matériau au contact de l’aliment, mais
il existe aussi des matériaux très fins susceptibles de transférer
des additifs.
La nature de l’aliment emballé
: il existe des phéno-mènes d’affinité entre le migrant et
le produit emballé ; comme la plupart des monomères et des
adjuvants sont lipophiles, le migrant migrera mieux dans un
milieu gras que dans un milieu aqueux.
La
nature du matériau d’emballage : certains additifs ont plus
ou moins d’affinité pour le milieu de contact. Prenons l’exemple
du polystyrène : pour améliorer sa souplesse, les fabricants
lui ajoutent généralement des huiles minérales (hydrocarbures
d’origine minérale). Plus la concentration d’huile augmente,
plus la migration est importante.
V
- Une responsabilité multiple ?
Les
incidents de qualité d’origine toxicologique sont la hantise
des industriels de l’agroalimentaire. C’est l’image de marque
de leur produit qui est exposée, alors qu’ils ne maîtrisent
pas la fabrication de matériaux dont ils ne sont que les utilisateurs.
Il y a souvent des échelons multiples entre eux et le fabricant
de polymères, ce qui rend difficile l’attribution des responsabilités
en cas d’incident ; or à ce jour, le remplisseur est toujours
considéré comme responsable. C’est pourquoi les industriels
de l’agro-alimentaire demandent de plus en plus souvent à
leurs fournisseurs de plastiques de certifier que ces matériaux
sont conformes à la réglementation européenne. C’est indéniablement
un progrès, mais de tels certificats de conformité ne constituent
pas une garantie totale, et ceci pour trois raisons essentielles
:
-
la réglementation définit très bien les phénomènes de migration,
mais d’autres interactions existent.
-
le fabricant de plastiques ne peut garantir que ce qu’il fournit
; il ne saurait être responsable de ce que l’industriel de
l’agroalimentaire fait de ses bobines de plastique : thermoformage,
impressions, stérilisation, ionisation, ...
-
le fabricant de plastiques effectue des tests sur des simulateurs
d’aliments, dans des conditions standards de température et
de temps de contact. Or si incident il y a, il se produit
avec des aliments réels et dans des conditions souvent très
différentes.
Des
méthodes de contrôle existent mais elles sont souvent laborieuses
et inapplicables à un contrôle en ligne. Sur le plan des contaminations
potentielles, il est pratiquement impossible d’effectuer des
analyses systématiques pour identifier tout ce qui migre.
De plus, il n’est pas possible d’effectuer des essais pendant
toute la durée de vie d’un produit alimentaire (plusieurs
années dans le cas des conserves) avant de décider si un matériau
ou un lot de plastique est apte au contact alimentaire. A
cela, il convient d’ajouter d’autres difficultés : la confidentialité
des compositions de matériaux et une structure industrielle
très segmentée.
Il
importe donc que les scientifiques d’organismes publics comme
l’INRA mettent au point de nouvelles méthodes d’évaluation
de la compatibilité embal-lages/aliments et acquièrent de
nouvelles connnaissances sur les interactions entre contenant
et contenu.
VI
- Vers une harmonisation européenne
Les
autorités de différents pays de la communauté européenne ont
récemment fixé des seuils d’acceptation sur la base de deux
types d’évaluation des phénomènes de migration qui vont permettre
de définir « l’alimentarité » d’un plastique :
-
la migration spécifique d’un constituant donné (par exemple,
les monomères de styrène, du poly-styrène). Cette migration
doit être telle que le consommateur n’ingère pas chaque jour
une quantité supérieure à la dose journalière tolérable.
- la migration globale. Elle
correspond à la somme des migrations spécifiques de tous les
migrants. Aujourd’hui, la norme acceptée par de nombreux pays
pour les emballages alimentaires usuels est de 10mg/dm2 de
matériau ou de 60 mg/kg d’aliment. Au-delà, on considère que
l’altération de l’aliment est inacceptable (adultération),
même s’il n’y a pas d’effet toxicologique ou organoleptique.
A ce jour, une directive européenne
a été adoptée. Elle concerne les monomères et toutes les substances
entrant dans la fabrication du plastique, mais les produits
de dégradation des adjuvants (formés lors de la transformation
du matériau à haute tempé-rature) sont encore mal couverts
par la réglementation.
Un préalable au travail d’harmonisation
européenne entrepris il y a plus de 20 ans était de définir
des règles et des critères reposant sur des données scientifiques
indiscutables auxquelles les experts scientifiques des états
membres pourraient se rallier.
VII - Plastiques, environnement
et recyclage
Contrairement aux verre, papier
et métal qui sont récupérés, le plastique donne l’image d’un
gâchis. Si l’on veut valoriser les plastiques et empêcher
qu’ils n’encombrent les décharges ou partent en fumée, il
faut les réutiliser. Pour des raisons de préservation de l’environnement
et sous la pression des écologistes, le recyclage des plastiques
est à l’ordre du jour.
Au vu des tonnages en jeu
et des rythmes de pro-duction, la réutilisation suppose que
l’on fasse de nouveaux emballages alimentaires avec les embal-lages
récupérés ; mais ceci n’est pas sans risques pour le consommateur.
Imaginons, par exemple, qu’après avoir consommé le contenu
d’une bouteille d’eau, un utilisateur y mette une substance
toxique (essence, détergent, pesticide, ...) avant de la jeter
à la décharge. Si elle est recyclée, cette bouteille risque
de relarguer le polluant dans son nouveau contenu, et nous
n’aimerions pas le retouver, même à l’état de traces, dans
notre alimentation.
Plusieurs procédés de recyclage
existent ; ils vont du simple lavage des bouteilles à une
dépolymérisation complète du matériau en monomères qui sont
ensuite purifiés puis repolymérisés pour fabriquer une bouteille
neuve. Les procédés de lavage ne sont guère efficaces : le
PET par exemple devient opaque s’il est lavé à des températures
trop élevées, mais un lavage à des températures trop basses
est inefficace. On peut dire que plus le procédé est sûr,
plus il requiert d’énergie et moins il est rentable autant
sur le plan de l’environnement que de l’économie.
A ce jour, une idée s’impose
: celle de ne pas mettre un matériau plastique recyclé directement
au contact de l’aliment. Si l’on veut empêcher toute migration
incontrôlée pouvant avoir des conséquences sur la sécurité
alimentaire, il serait nécessaire de mettre une couche de
plastique neuf entre l’aliment et le ma-tériau déjà employé.
A cette seule condition, l’utilisation de matériaux recyclés
pourra présenter un intérêt, notamment en réduisant la quantité
des déchets dans les décharges. Mais quel en sera le coût
de fabrication et donc de vente pour des emballages qui aujourd’hui
ne dépassent pas 10% du prix de l’aliment. En utilisant des
plastiques déjà recyclés et en additionnant des surcouches,
ne risque-t-on pas de perdre les avantages qui ont fait l’engouement
pour ces matériaux et de reporter le problème ? La valorisation
des matériaux usagés sera obligatoire dès 2002. Un recyclage
par les industriels de l’agro-alimentaire à des fins non alimentaires
(vêtements, routes, fenêtres) serait moins risqué.
Une autre voie moins polluante
serait de fabriquer des emballages comestibles. Ce serait
de plus un débouché pour les protéines agricoles. Par exemple,
un film de plastique à base de gluten de blé a été mis au
point en 1992 par des chercheurs du CIRAD. Il est souple,
résistant, transparent, entièrement biodégra-dable et il peut
être mis en forme avec les mêmes procédés que pour les matériaux
issus du pétrole.
Conclusion
Dans ce contexte, l’INRA a
créé en 1986 une unité de recherches sur la sécurité et la
qualité des aliments emballés (SQUALE). Elle a pour objectif,
dans un souci de préserver la sécurité du consommateur, d’apporter
un soutien aux industries agro-alimentaires, grâce à la mise
en place d’une méthode d’évaluation de la qualité des matériaux
plus fiable et plus rapide que celles qui existent actuellement.
Cette démarche analytique s’appuie sur la mise au point de
milieux simples simulant en quelques heures le comportement
d’un aliment pendant toute sa durée de conservation et sur
l’élaboration de modèles mathématiques permettant de prévoir
la migration tout en réduisant le nombre d’expériences. Elle
étudie également le mécanisme des interactions contenant/contenu
pour que soient mis au point de nouveaux matériaux présentant
moins de migrations et moins de fuite d’arômes. Cette unité,
qui a été coordonnatrice d’un programme européen de 1994 à
1997, participe également à l’élaboration d’une réglementation
européenne en gestation pour de nombreuses directives et à
la création d’une base de données sur les additifs des plastiques.

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