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Nos
cellules communiquent !
de Paule MARTEL et Catherine
CHAUMONTET, Nutrition et sécurité alimentaire.
INRA Jouy-en-Josas.
Dans un organisme pluricellulaire,
chaque cellule appartient à un groupe de cellules chargées
de réaliser un même type de fonctions spécifiques,
que l’on peut appeler groupe fonctionnel.
Souvent, différents
groupes fonctionnels cohabitent dans un même tissu ou
organe (par exemple, dans le foie, certains sont plutôt
spécialisés dans le métabolisme, d’autres
dans la détoxification)
Au sein d’un groupe, les cellules ne fonctionnent pas indépendamment
les unes des autres.
Au contraire, leur activité est étroitement
coordonnée.
D’une part, elles sont
alimentées par les mêmes molécules nutritives
et commandées par les mêmes molécules-signal
(hormones et facteurs de croissance spécifiques), par
voie extracellulaire.
D’autre part, elles échangent et partagent des nutriments
et des signaux intracellulaires (générés
à partir des signaux extracellulaires).
Pour réaliser cet échange, les cellules disposent
d’un mode de communication direct et économique :
les jonctions communicantes.
Ce sont d’innombrables petits canaux qui traversent les membranes
de deux cellules en contact et permettent la diffusion de
petites molécules de cytoplasme à cytoplasme.
Ainsi, des cellules voisines, qui ont des jonctions communicantes
fonctionnelles, partagent à tout moment leurs stocks
d’acides aminés, de sucres et acides nucléiques
nécessaires à leurs activités de synthèse
; de plus elles échangent des ions et autres messagers
intracellulaires (AMP cyclique, inositol phosphate, ...) qui
interviennent dans les voies de régulation de nombreux
gènes. Ces échanges participent au contrôle
de la prolifération et de la différenciation
des cellules, et assurent l’optimisation et la synchronisation
des activités des différentes cellules au sein
d’un groupe fonctionnel.
On sait qu’un canal est constitué
par l’assemblage de deux demi-canaux, fournis chacun par l’une
des deux cellules en contact. Chaque demi-canal résulte
de l’association de six protéines, les connexines,
formant un pore en leur centre.
Ces dernières années, treize types différents
de connexines ont déjà été identifiées.
Certaines connexines ne s’expriment que dans un seul organe,
d’autres sont moins spécifiques (la plupart des organes
co-expriment plusieurs connexines).
Chaque connexine est codée par un gène différent
et son expression fait l’objet de régulations spécifiques.
Il semble que, selon la nature des connexines qui les constituent,
les canaux pourraient être plus ou moins sélectifs
à l’égard de certaines molécules notamment
les ions positifs.
De plus, la possibilité de former des canaux hétérotypiques
(c’est-à-dire, dont chaque demi-canal est constitué
d’un type différent de connexines) permettrait à
des cellules appartenant à des groupes fonctionnels
différents et voisins de communiquer de manière
orientée (par exemple, des cellules endothéliales
vers les cellules musculaires lisses).
Ainsi, le réseau de communication des jonctions communicantes
s’avère bien plus complexe qu’on ne l’aurait imaginé.
Par ailleurs, il faut noter
que le nombre et l’état fonctionnel des jonctions communicantes
sont influencés de manière positive ou négative
par de nombreux facteurs endogènes (hormones et facteurs
de croissance) et exogènes (nutriments et molécules
de l’environnement à activités toxiques).
L’absence ou la rupture des communications intercellulaires
médiées par les jonctions communicantes conduit
à l’isolement des cellules, leur permet d’échapper
au contrôle des cellules environnantes, et peut conduire
à divers dysfonctionnements et pathologies, notamment
anomalies du développement embryonnaire et cancer.
Depuis plusieurs années,
au Laboratoire de Nutrition et Sécurité Alimentaire,
on s’intéresse à l’action de molécules
d’origine alimentaire sur les communications intercellulaires,
aux niveaux fonctionnel et moléculaire. Ainsi, nous
avons mis en évidence l’effet inhibiteur de molécules
toxiques (promotrices de tumeurs) et l’effet stimulateur de
l’acide rétinoïque (vitamine A) et de microconstituants
alimentaires (flavonoïdes, en particulier apigénine
et tangérétine) et analysé leur mécanisme
d’action. Ces études participent à la recherche
d’effets protecteurs de l’alimentation à l’égard
de la Santé.
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