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L’aliment
peut-il agir sur nos défenses immunitaires ?
de Marie-Christiane
MOREAU, Ecologie et physiologie du système digestif
Le tube digestif
est le siège de la digestion et de l’assimilation de
nos aliments. C’est également un lieu où la
quantité de cellules immunitaires présentes
dans la paroi intestinale est telle que l’intestin peut être
considéré comme le premier organe immunitaire
de l’organisme.
A l’heure actuelle,
deux fonctions importantes connues sont attribuées
spécifiquement à ce système immunitaire
intestinal. La première concerne la fabrication
d’anticorps qui se déclenche lorsque notre tube digestif
est en contact avec des bactéries, virus ou parasites
dangereux, souvent responsables de diarrhées. Ces anticorps
fabriqués par les cellules immunitaires contenues dans
la paroi sont caractéristiques de l’intestin et appartiennent
à une classe de molécules appelées "
Immunoglobulines A ou IgA ". Les anticorps IgA vont
être déversés dans le contenu intestinal,
et protégeront l’intestin de l’agresseur étranger.
La deuxième
fonction concerne, au contraire, le blocage de la quasi-totalité
des réactions immunitaires (sauf des IgA) envers les
protéines alimentaires, et ce phénomène
est très important en nutrition. En effet, une petite
partie des protéines alimentaires échappe toujours
au processus de la digestion, et est absorbée intacte
dans le sang.
Cette fraction
devrait ainsi être capable de déclencher des
réactions immunitaires, puisque les protéines
alimentaires sont étrangères à nos propres
protéines. Or, si c’était le cas, nous ne pourrions
pas nous nourrir car notre intestin réagirait, par
des réactions inflammatoires conduisant à des
diarrhées et vomissements, à la moindre ingestion
alimentaire. Nous serions donc " allergiques " à toutes
les protéines alimentaires. C’est ce qui se passe chez
certains nourrissons allergiques aux protéines du lait
de vache, et d’une manière générale lors
des allergies alimentaires. Cette deuxième fonction
exercée par le système immunitaire intestinal,
qui est donc d’empêcher les réactions immunitaires
de se produire vis-à-vis des aliments, s’appelle "
la tolérance orale. "
Il faut signaler
que le système immunitaire intestinal a encore une
autre fonction qui est d’éliminer les cellules épithéliales
anormales de l’intestin (cellules infectées, cellules
tumorales), et ce rôle est primordial pour éviter
le cancer du côlon.
Parallèlement,
le tube digestif, principalement le côlon, contient
des espèces bactériennes en très grand
nombre, environ 100 000 milliards de bactéries, qui
constituent notre microflore intestinale. Cette microflore
est composée de genres bactériens différents
dont un des plus abondants est représenté, normalement,
par les bifides. La microflore intestinale exerce de nombreux
effets protecteurs sur l’hôte, étudiés
dans notre unité, dont celui de stimuler et de renforcer
nos défenses immunitaires,
en particulier au niveau intestinal.
L’industrie agro-alimentaire
développe actuellement de nombreuses études
basées sur un nouveau concept " la valeur-santé
des aliments ". En plus d’une valeur nutritionnelle, des aliments
pourraient être reconnus pour agir sur le maintien de
notre santé, ou même prévenir certaines
maladies.
Certains aliments,
connus depuis l’antiquité, sont riches en bactéries
: ce sont les laits fermentés. Un seul pot de 100 ml
de yaourt ou de lait fermenté contient plus de 10 milliards
de bactéries, streptocoques, lactobacilles et plus
récemment bifides. Différentes souches bactériennes
peuvent être utilisées pour fermenter le lait,
donnant une consistance ou un go ût différent,
ou encore un effet sur la santé qui pourrait être
intéressant : la dernière née de ces
souches est Lactobacillus casei.
Etant donné
que les bactéries composant notre flore intestinale
stimulent nos défenses immunitaires intestinales, on
peut évidemment se demander si les bactéries
contenues dans le yaourt ne pourraient pas avoir un rôle
similaire lors de leur ingestion. En effet, on reconnaît,
à l’heure actuelle, que ces bactéries ne sont
pas capables de s’établir durablement dans le tube
digestif, mais qu’elles peuvent, au cours de leur transit
intestinal, et compte tenu de leur grand nombre, exercer un
effet favorable sur l’hôte. On peut penser que cet effet
sera d’autant plus important que la microflore intestinale
n’est pas capable d’exercer pleinement
son action sur le système immunitaire parce que cette
microflore intestinale est, par exemple, pauvre ou perturbée.
Il existe
dans la vie de l’individu deux périodes où il
est normalement " immunodéprimé ", les premières
années de la vie et la vieillesse.
L’immunodépression
du nouveau-né est en grande partie due à la
pauvreté de sa microflore digestive qui s’installe
progressivement dans le tube digestif stérile à
la naissance. Ainsi, il faut attendre l’âge de 3 à
6 mois chez l’enfant pour que la fabrication des anticorps
intestinaux soit maximale, et l’âge de 5 à 6
ans pour que l’ensemble de son système immunitaire
soit pleinement mature. Cette immunodépression naturelle
associée à d’autres facteurs environnementaux
rend ainsi le nourrisson plus vulnérable aux germes
intestinaux dangereux, ce qui explique les diarrhées
du nouveau-né plus fréquentes que chez l’adulte.
Des études
cliniques récentes ont montré que l’ingestion
de laits fermentés pouvait réduire le temps
de la diarrhée chez des enfants malades et la fréquence
des épisodes diarrhéiques chez des enfants à
risque.
Parallèlement,
des études chez l’animal ont mis en évidence
un effet intéressant de l’ingestion de laits fermentés
sur la stimulation de certaines cellules immunitaires responsables
de nos défenses naturelles (macrophages) et sur la
stimulation de la synthèse des anticorps IgA dans l’intestin.
A partir de ces
données, il n’est pas interdit de penser que des bactéries
lactiques contenues dans les laits fermentés puissent
aider au bon fonctionnement de notre système immunitaire.
Elles peuvent soit le stimuler quand il n’est pas encore complètement
développé (cas de l’enfant) ou qu’il décline
(cas du vieillard), soit l’aider à maintenir son bon
fonctionnement et son équilibre chez l’adulte malgré
les différents " stress " qui affectent si souvent
la microflore de son tube digestif : alimentation, prise d’antibiotiques,
nervosité, tourisme, etc.
Dans tous
les cas, la compréhension des mécanismes par
lesquels les différentes bactéries contenues
dans les laits fermentés agissent sur nos défenses
immunitaires est à acquérir pour mieux comprendre
comment ces aliments peuvent agir sur notre santé.
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