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Y
a-t-il des risques liés à la consommation de
produits frais contenant des bactéries transgéniques
?
Yvonne DUVAL-IFLAH
INRA Jouy-en-Josas
Les bactéries échangent
naturellement du matériel génétique.
Dans le tube digestif, ces échanges sont fréquents
dans la flore implantée chez l’individu. En revanche,
ils sont plus rares avec les bactéries ingérées.
Dans tous les cas, les bactéries qui reçoivent
un gène de résistance aux antibiotiques ne s’implantent
qu’en présence d’une forte sélection, comme
une antibiothérapie. Dans les conditions actuelles,
la dissémination de gènes recombinés
dans la flore digestive est un phénomène rare
sinon inexistant mais on ne peut pas exclure la probabilité
de voir surgir des conditions favorables.
Les bactéries, appelées
aussi microbes ou micro-organismes, car visibles uniquement
à l’aide d’un microscope, sont des organismes monocellulaires
qui se multiplient par division de telle sorte que chaque
cellule donne naissance à deux cellules identiques
. Chaque bactérie contient du matériel génétique,
l’ADN, qui est présent essentiellement sur un chromosome.
Cependant le chromosome est rarement le seul support de l’information
génétique chez les bactéries puisqu’elles
contiennent d’autres molécules que nous définirons
plus loin, tels que les plasmides, les transposons et les
virus bactériens qu’on appelle bactériophages
ou phages.
Le matériel génétique
des bactéries est en perpétuel évolution.
Cette évolution a lieu au sein d’une même bactérie
où on constate des réarrangements du matériel
génétique. Ces réarrangements se produisent
lors de la division bactérienne . Leurs causes sont
multiples : délétions (élimination de
segments d’ADN) ; duplications (segments d’ADN recopiés
en plusieurs exemplaires) ; inversions (changement de sens).
Cette évolution est aussi la conséquence d’échanges
de matériel génétique entre bactéries
différentes. Grâce à ces échanges
du matériel génétique nouveau est introduit
dans les bactéries hôtes qui acquièrent
ainsi des propriétés nouvelles.
Par quelles
voies se font ces échanges ?
Le monde bactérien
empreinte des voies multiples et variées pour échanger
du matériel génétique. Chacun de ces
moyens est plus adapté à certaines catégories
de bactéries ou à certains environnements dans
lesquels les bactéries se nichent habituellement.
La transformation
C’est le procédé
par lequel des segments d’ADN libres passent dans des cellules
bactériennes dites compétentes. Cet ADN s’insère
dans le chromosome de la cellule réceptrice pour être
exprimé. Ce mode de transfert est rencontré
plus fréquemment chez les bactéries du sol pour
la simple raison que les molécules d’ADN libres sont
peu dégradées et conservent plus longtemps leur
pouvoir transformant dans cet environnement.
La conjugaison
Ce phénomène
de transfert fait appel à un accouplement entre une
bactérie donatrice dite mâle et une bactérie
réceptrice dite femelle. Les bactéries mâles
contiennent un facteur de fertilité qui est transféré
à la bactérie réceptrice qui devient
à son tour bactérie mâle, on dit qu’elle
est masculinisée. Ce facteur de fertilité peut
également mobiliser le chromosome de la bactérie
donatrice vers la bactérie réceptrice.
Le transfert de plasmides
Les plasmides
sont des mini chromosomes qui se multiplient de façon
autonome dans la bactérie. Ils peuvent se transférer
d’une bactérie donatrice à une réceptrice
et sont alors définis comme plasmides conjugatifs.
Ce moyen de transfert est aussi appelé conjugaison.
On pense que les plasmides sont des chromosomes facultatifs,
car la bactérie n’en a pas besoin pour assurer sa multiplication
dans des conditions naturelles de croissance. Mais ils jouent
un rôle essentiel dans l’adaptation et la survie des
bactéries hôtes dans des environnements hostiles.
L’exemple le plus caractéristique est celui des plasmides
de résistance aux antibiotiques. La présence
de ces plasmides confèrent aux bactéries un
avantage sélective et une aptitude à survivre
aux traitements aux antibiotiques.
La transposition
Certains segments
d’ADN qui font partie du matériel génétique
de la bactérie ont la capacité de se déplacer
le long du chromosome bactérien ou du plasmide. Ces
éléments mobiles sont appelés transposons.
Ils sont capables de se mouvoir du chromosome vers le plasmide
et du plasmide vers le chromosome dans la même cellule.
Ils peuvent se transformer en éléments conjugatifs
qui se transfèrent d’une bactérie à une
autre comme un plasmide. Les transposons jouent un rôle
très important dans l’évolution génétique
du monde bactérien. Ils sont responsables de multiples
réarrangements du matériel génétique
chez la bactérie qui les héberge et chez les
bactéries qui les reçoivent lors de transpositions
conjugatives. Comme les plasmides ils sont souvent porteurs
de gènes de résistance aux antibiotiques et
contribuent à la dissémination de ces gènes
dans l’environnement.
La conjugaison
et la transposition sont les voies de transferts les plus
répandues dans les environnements riches en micro-organismes,
car il nécessitent des contacts étroits entre
les protagonistes pour se réaliser. On les observe
tout particulièrement dans les boues activées
des stations d’épuration, dans les sédiments
et dans le tractus digestif comme nous le verrons plus loin.
La transduction
C’est le transfert
de matériel génétique d’une bactérie
à une autre par l’intermédiaire de bactériophages.
Les bactériophages sont constitués d’une molécule
de matériel génétique protégée
par une coque. Ils infectent des bactéries de façon
très spécifique et peuvent dans certaines circonstances
modifier le patrimoine héréditaire de la bactérie
qu’ils infectent. Ils sont aussi le véhicule de matériel
génétique qu’ils transportent d’une bactérie
à une autre : ces phages injectent dans la bactérie
infectée soit leur propre matériel soit du matériel
génétique de la bactérie dans laquelle
ils se sont multipliés. Ces molécules s’insèrent
dans le chromosome bactérien et deviennent partie intégrante
du patrimoine génétique de la bactérie
infectée. Comme ces molécules véhiculées
peuvent être de grandes tailles la transduction constitue
un moyen de faire exprimer par les bactéries des gènes
de fabrication de substances variées telles que des
protéines, des hormones etc.
Transferts
de matériel génétique
La question des
transferts de matériel génétique au sein
de la flore microbienne du tube digestif doit être abordée
de deux façons :
– les échanges
génétiques spontanés dans la flore d’un
individu ;
– les transferts
par les bactéries vivantes ingérées.
Le tube digestif
de l’homme et de l’animal est colonisé en permanence
par un grand nombre de micro-organismes. Chez l’homme, cette
population est d’environ cent mille milliards de bactéries.
Les genres bactériens présents ne se retrouvent
pas tous à la même densité, au même
niveau de population. Ainsi, certaines bactéries s’établissent
à des niveaux allant de 1 à 100 milliards par
gramme de matières fécales. elles sont alors
classées dans la flore dominante. D’autres sont 100
à 1000 fois moins nombreuses que les précédentes
et sont classées dans la flore sous-dominante.
On sait que la
plupart des bactéries qui colonisent le tube digestif
sont porteuses de plasmides, de bactériophages et de
transposons. On peut s’attendre à ce que des échanges
spontanés entre ces bactéries soient fréquents.
En effet le tube digestif semble être un des microcosmes
le plus favorable pour le transfert de gènes par conjugaison
et transposition grâce à son énorme densité
bactérienne qui favorise les contacts intimes nécessaires
à ces modes de transfert.
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