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actualité médicale

Des interactions bénéfiques entre les antioxydants

Une alimentation riche en fruits et légumes est un facteur clé de protection contre les maladies cardio-vasculaires et les cancers épithéliaux. Leur richesse en micronutriments antioxydants et en fibres alimentaires est en grande partie à l'origine de ces effets bénéfiques.

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Pour mieux en préciser les mécanismes, on dispose de plusieurs approches complémentaires.
Ainsi, les études épidémiologiques s'intéressent au niveau d'apport alimentaire ou aux concentrations sanguines d'un antioxydant. Les études de supplémentation cherchent à valider l'hypothétique effet bénéfique d'une supplémentation en antioxydant. L'incidence des diverses pathologies est ensuite analysée et l'on cherche à établir des corrélations. On peut sélectionner dans ces études des populations à haut risque de cancer, comme par exemple des fumeurs, des porteurs de polypes intestinaux ou des femmes présentant des lésions précancéreuses du col utérin.

Contre le cancer : des certitudes

Pour le cancer, ce sont des centaines d'études épidémiologiques qui plaident en faveur de l'effet protecteur d'une consommation abondante de fruits et de légumes. En revanche, quand on s'intéresse au rôle spécifique de certains composés (antioxydants ou fibres), les résultats sont nettement moins probants, voire décevants… L'explication avancée, et c'est vraisemblablement la bonne, est que les fruits et les légumes constituent, dans la complexité de leur composition, la "pharmacopée " la plus complète contre le développement des cellules malignes dans les tissus. Mieux vaut donc les consommer en abondance et en variété (d'où la règle simple des 10 par jour) plutôt que d'utiliser des suppléments vitaminiques qui, contrairement à ces végétaux, n'ont pas fait la preuve d'un quelconque effet préventif.

Des questions, encore des questions…

Malgré ces certitudes, des questions impor-tantes restent posées. Faut-il, par exemple, privilégier certains fruits et légumes en particulier ? Quelle est la sensibilité des micronutriments aux conditions de culture, de récolte, au degré de maturité, aux méthodes de cuisson et de conservation ? Beaucoup de ces interrogations n'ont pas encore trouvé de réponse…
Autre problème important : la biodisponibilité des micronutriments. Selon qu'il est apporté sous forme de fruits et de légumes ou de supplément isolé, l'assimilation d'un micronutriment peut être très différente. Ainsi, augmenter l'apport alimentaire en légumes feuilles (riches en caroténoïdes) n'améliore pas le statut en vitamine A, alors qu'un apport isolé en bêta carotène a des effets marqués. Certes, la biodisponibilité du bêta carotène contenu dans les structures cellulaires est sans doute moins importante que celle d'une supplémentation pure. Mais cette apparente faiblesse est en réalité une sécurité pour l'organisme car elle minimise les risques liés à un surdosage potentiel, toujours possible avec une supplémentation.

Encore et toujours : les fibres

Les fibres sont les autres grands composés protecteurs des fruits et des légumes. Leurs effets protecteurs sur les cancers passent en premier lieu par une dilution du contenu intestinal. Par leur pouvoir hygroscopique, les fibres les moins fermentescibles se gonflent d'eau. Elles dilueraient les carcinogènes potentiels et réduiraient leur toxicité sur la muqueuse colique, prévenant ainsi l'apparition des cancers. Les fibres fermentescibles agissent, elles, par l'intermédiaire des acides gras volatils issus de la fermentation bactérienne colique. Ces composés (dont le butyrate est l'un des principaux représentants) protègent la muqueuse colique en favorisant le renouvellement et les croissance de ses cellules. En fermentant, les fibres stimulent la croissance de la flore bactérienne digestive. Quant à leur effet hypocholestérolémiant, il repose sur deux mécanismes principaux : une utilisation accrue du cholestérol par une flore colique plus abondante et plus "avide" de substrats, et une stimulation de l'élimination du cholestérol sous forme de sels biliaires dont la production est augmentée.

Radicaux libres : de nouvelles armes

Si les radicaux libres sont produits en permanence par le métabolisme oxydatif cellulaire, de nombreux antioxydants nous en protègent. Il est classique de distinguer les hydrosolubles et les liposolubles : ainsi, la vitamine C, le glutathion et l'acide urique sont des molécules hydrophiles, alors que les caroténoïdes, les tocophérols et les flavonoïdes appartiennent à la famille des antioxydants lipophiles. D'autres antioxydants moins connus, comme des acides phénoliques dérivés de l'acide cinnamique (acide p-coumarique et acide férulique par exemple) se lient aux polysaccharides de structure des végétaux et sont libérés dans l'intestin où ils sont absorbés.

Il existe en réalité une large gamme de substances antioxydantes dont les propriétés de solubilité sont très variées. Le caractère lipophile d'un composé peut s'apprécier par un coefficient dit "de partage" : plus il est élevé, plus la substance est liposoluble, comme c'est le cas pour 95% des caroténoïdes. En fonction de leur caractère lipophile ou hydrophile, les différents antioxydants se distribuent dans les structures hydriques et lipidiques des cellules. Cette répartition dépend de critères physico-chimiques comme la solubilité, le caractère acide ou basique d'une molécule au sein du milieu où elle se trouve, et d'une manière générale, d'interactions permanentes avec les autres molécules qui l'environnent. Des antioxydants de solubilité très différente peuvent ainsi se trouver très proches au sein des structures cellulaires et se régénérer mutuellement.

Un continuum de molécules irremplaçables

Ces phénomènes sont très complexes et encore mal connus. Ils soulignent en tout cas qu'une grande variété de composés anti radicalaires est indispensable pour maintenir un environnement antioxydant, dont la composition est loin d'être homogène. Cette diversité réalise une sorte de continuum. C'est précisément la répartition des ces multiples substances dans les différents compartiments de l'organisme, qui est à la base de l'action synergique anti oxydante de ces composés issus des fruits et des légumes. Et qui en fait des aliments irremplaçables pour le maintien de la santé.

D'après Interaction of dietary antioxidants in vivo : how fruit and vegetables prevent disease ? Eastwood M.A., Q J Med 1999, 92 :527-530

Dr Thierry Gibault - Mars 2000 - Source APRIFEL (Flash 2000 - Santé News)


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