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actualité médicale

img La modification de la douleur migraineuse par l'hypnothérapie rationnelle graduée (HRG de Tosi, 82) (1ère partie)

Traduction intégrale de: HOWARD L., REARDON J.P., TOSI D.
Modifying Migraine Headache Through Rational Stage Directed Hypnotherapy: a cognitive-experiential perspective,
in Int. J. Clin. Exp. Hypn. 1982 Jul, Vol: 30(3), pp. 257-269
présenté à la deuxième Université d¹été de Lille du 1-2-3/6/98 par le Dr Eric Mairlot,
Institut de Nouvelle Hypnose et de Psychosomatique
72 Avenue Ducpétiaux, 1060 Bruxelles Belgique

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On estime généralement que les douleurs intenses ressenties durant une crise de migraine ont pour cause la vasodilatation, ainsi qu¹une circulation cérébrale devenue momentanément anormale.
Les traitements classiques de la migraine cherchent essentiellement à agir sur ces états physiologiques négatifs. Cependant, des stratégies basées sur l¹hypnothérapie et le bio-feedback ont récemment été testées dans le traitement des épisodes migraineux. Ces deux approches visent au départ à modifier la physiologie de la migraine, mais ne prennent pas directement en compte les variables cognitives médiatrices.
Or, il est prouvé que les processus cognitifs, et particulièrement ceux qui relèvent de l¹auto-évaluation, sont en relation avec de nombreux désordres psycho-physiologiques, parmi lesquels figure la migraine.
Dans une récente étude à plusieurs variables, conduite par Forman, Tosi et Rudy (1980), des relations statistiquement significatives ont été relevées entre des schémas de pensée irrationnels et trois pathologies psychosomatiques. Les patients psychosomatiques, caractérisés par l¹une de ces trois pathologies: -migraines, - ulcère gastrique, - lombalgies, différaient de manière significative d¹un groupe contrôle par leur comportement extrêmement perfectionniste, et leurs croyances irrationnelles auto-dépréciatives.
L¹approche des auteurs, qui vise donc à agir sur les composantes physiologiques cognitives et affectives de ces pathologies, s¹intitule l¹hypnothérapie rationnelle graduée, ou HRG de Tosi (1974), Tosi et Marzella (1975), et Tosi (1980 a). Il s¹agit d¹une forme de psychothérapie cognitivo-expérientielle utilisant l¹hypnose et l¹imagerie pour amplifier la restructuration rationnelle des états négatifs cognitifs, émotionnels, organiques et comportementaux. Dans ce processus, la restructuration cognitive se produit via une dimension temporelle, ainsi que dans un continuum de la conscience (inconscient-conscient). Le patient est également guidé à travers les différentes étapes de l¹expérience psychothérapeutique.
L¹HRG s¹est déjà montrée extrêmement efficace dans les problèmes et désordres suivants:
- troubles de l¹image de soi et délinquance chez les adolescentes
- anxiété face aux examens
- culpabilité - névrose d¹angoisse
- manque d¹assertivité
- dépression - hypertension
- dépression hystérique
- difficultés d¹apprentissage
- échec scolaire
Par ailleurs, l¹HRG s¹applique particulièrement bien à la migraine, car elle favorise à la fois des modifications physiologiques par l¹entremise de la relaxation hypnotique, et des modifications psychologiques par les processus de restructuration rationnelle.

L¹HRG, thérapie cognitive expérientielle, s¹est développée en partie à partir des travaux d¹Ellis (1962, 1973). Certains progrès plus récents dans le champ de la thérapie cognitive, offrant des similitudes avec l¹HRG ont été rapportés par Lazarus, Jencks, Goldfried et Davidson, et d¹autres.
L¹HRG, comme les autres thérapies cognitives, accroît le contrôle cognitif sur les processus émotionnels et comportementaux.
Elle offre une analyse du comportement humain basée sur le paradigme A-B-C-D-E suivant:
A: contexte, situation ou état (interne ou externe)
B: cognitions, pensées, attitudes, croyances
C: affects, émotions
D: éléments physiologiques concomitants
E: comportement (tendances à l¹approche ou l¹évitement)

On entraîne soigneusement les patients à appliquer ce modèle à leur propre fonctionnement personnel et social. La particularité de l¹HRG tient dans le fait qu¹elle suit des étapes, et tient compte du rôle des processus inconscients qui interviennent dans le contrôle du comportement humain.
Ainsi, l¹HRG est un système plus dynamique que nombre de thérapies cognitives récentes.

Lorsque le patient est apte à conceptualiser le modèle ABCDE, la thérapie par hypnose commence. On utilise une induction hypnotique standard, en quatre parties, incluant un approfondissement de la respiration et une imagerie adéquate afin d¹induire une profonde détente musculaire (contrairement à l¹opposition tension/détente de Jacobsen). On approfondit cette détente par le comptage.
Lorsqu¹on constate que le patient est visiblement détendu et a atteint l¹état hypnotique, on le conduit par le biais de l¹imagerie à vivre une situation dérangeante (préalablement identifiée à l¹aide du modèle ABCDE), que le thérapeute décrit de façon vivante. Au cours de ce processus, le thérapeute conduit le patient à visualiser et revivre personnellement les comportements inefficaces, les émotions négatives et les réactions physiologiques; il est en outre amené à identifier les cognitions négatives ou les idées irrationnelles qui apparaissent dans le cadre de la situation. On demande ensuite au patient de focaliser son attention sur chaque élément du modèle ABCDE.
Le thérapeute demande alors au patient de ré-expérimenter la situation, et suggère des cognitions alternatives ou des idées associées à des processus émotionnels, physiologiques et comportementaux plus valorisants. Cette nouvelle séquence est positivement renforcée par le thérapeute. On recommence ce processus avec différentes situations, jusqu¹à ce que les mécanismes de généralisation et de self-contrôle soient installés.
Grâce à l¹utilisation de l¹hypnose, l¹HRG permet au thérapeute d¹explorer différents niveaux de conscience chez le patient: on peut en effet intensifier et diriger l¹attention sur n¹importe quel élément de la séquence ABCDE, tant en dessus qu¹au dessous du seuil de la conscience. Cette technique est particulièrement efficace dans l¹identification et la découverte d¹un contenu réprimé ou refoulé, qui peut alors être amené à la conscience, analysé, et restructuré. L¹HRG utilise la dimension temporelle et explore les relations des événements passés, présents et futurs qui peuvent symboliquement affecter le comportement. Ainsi par exemple, on utilise la régression en âge pour aider le patient à revivre des événements traumatiques; on peut alors restructurer ceux-ci au moyen des capacités développées dans le contexte présent. La progression en âge, quant à elle, permet au patient de se projeter dans le futur. Cette technique facilite l¹exploration des conceptions du futur chez le patient, et peut être utilisée pour créer et renforcer des attentes positives. La manipulation de la dimension temporelle n¹est utilisée qu¹à partir du moment où l¹ancrage ³ici et maintenant² est fortement établi, le patient ayant acquis la capacité de modifier ses comportements auto-dévalorisants présents.
L¹entièreté du processus thérapeutique se déroule selon un schéma par étapes, qui permet d¹orienter très précisément la thérapie, de définir les progrès thérapeutiques (et ce pour le patient comme pour le thérapeute), et d¹insister sur la responsabilité du patient dans son amélioration.

La restructuration cognitive se fait par l¹entremise de chacune des 6 étapes suivantes (décrites par Tosi & Marzella 75):
1) Prise de conscience.
Les patients voient en eux-mêmes et dans leur environnement de nouvelles possibilités d¹épanouissement. Ils sont amenés à découvrir de nouveaux éléments qui sont en contradiction avec les pensées, sentiments et actions auto-dévalorisants qu¹ils entretenaient auparavant. La prise de conscience implique pour le patient aussi bien une observation (conscience réflexive) qu¹une participation (conscience subjective) dans ce qu¹il a de plus personnel: pensées, expériences émotionnelles, fonctionnement physiologique, moteur et social.
2) Exploration.
Les patients expérimentent leur récente prise de conscience ou leurs aptitudes fraîchement acquises, dans le contexte thérapeutique (par l¹entremise de l¹imagerie et de l¹hypnose) et dans des situations réelles. Ils s¹engagent de manière expérimentale dans une importante restructuration cognitive; ils vivent ou revivent des situations qu¹ils évitaient jusque là, s¹essayent à de nouveaux comportements, et en évaluent les conséquences. Les résistances se manifestent de manière croissante à ce stade.
3) Engagement dans l¹action, rationnelle et constructive.
Au moyen des apprentissages acquis dans les deux étapes précédentes, les patients luttent contre leurs tendances à résister et à éviter d¹agir de manière constructive dans leur environnement. Ils ont une meilleure conscience des pensées et sentiments profonds qui se traduisent chez eux par la tendance à éviter ou rechercher des situations significatives. Cette étape d¹engagement dépeint au patient les risques de l¹engagement dans de nouvelles actions dont les conséquences sont imprévisibles: il échange des ³misères familières² contre des possibilités inconnues ou des conséquences comportementales (y compris l¹échec) qui risquent de confirmer nombre de ses pensées auto-dépréciatives. La volonté d¹éviter l¹engagement dans l¹action peut s¹observer dans les tentatives d¹échapper en dernière minute aux exigences de la thérapie, par l¹abandon prématuré de celle-ci. C¹est donc une étape qui implique des choix et décisions.
4) Réalisation.
Après avoir décidé de s¹engager dans des actions constructives, les patients mettent à l¹épreuve (au moyen de l¹imagerie et de tâches in-vivo) les aptitudes cognitives et comportementales acquises au cours des étapes précédentes. A ce niveau, les aptitudes acquises peuvent inclure: restructuration cognitive, prise de décision, auto-hypnose, relaxation, et assertivité.
5) Intériorisation.
Les clients apportent la preuve que leurs apprentissages et leurs nouvelles expériences font maintenant partie d¹eux-mêmes. Ils utilisent les processus de modification du comportement avec une aisance, une efficacité et une constance croissantes. Des états cognitifs, affectifs, physiologiques et comportementaux plus constructifs font désormais partie intégrante de leur personnalité.
6) Stabilisation du changement, et réorientation.
Les patients constatent des changements significatifs et stables dans leur façon de penser, et réalisent qu¹ils peuvent gérer de façon plus efficace leur état physique et leurs conduites d¹échec. Ils interagissent de manière plus efficace avec leur environnement, favorisant ainsi les conséquences sociales positives. Ils peuvent également, avec ou sans l¹aide du thérapeute, suivre à nouveau le processus par étapes pour résoudre d¹autres types de problèmes personnels.

 
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