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La modification de la douleur migraineuse par l'hypnothérapie
rationnelle graduée (HRG de Tosi, 82)
(1ère
partie)
Exemple
de cas
Le patient était une femme âgée de 30 ans, suivie dans
un centre public de rééducation.
On l¹avait placée dans ce centre (pour un atelier de développement
des aptitudes professionnelles) à cause de son incapacité
à garder un emploi. Ses capacités intellectuelles étaient
normales (elle avait fait un an d¹université). Elle avait
divorcé deux fois et vivait d¹allocations sociales.
Elle se plaignait avant tout de violentes migraines.
Ces crises extrêmement intenses et douloureuses survenaient
quotidiennement. Elles provoquaient une altération de la vue,
et étaient si douloureuses que la patiente se voyait contrainte
de quitter son cours prématurément. Elle attribuait ses échecs
professionnels et son dernier divorce à ces migraines.
Les tests préliminaires menés une semaine avant le début du
traitement par hypnose révélèrent des tendances aux conversions
psycho-physiologiques, ainsi qu¹un état dépressif. Ce type
de personnalité a tendance à tenter d¹utiliser les déplacements
somatiques comme défense (inefficace) contre les états de
détresse psychologique. Son mécanisme de défense principal
est le refoulement. L¹image de soi, mesurée selon l¹échelle
de Tennessee (Fitts, 1969) révéla chez la patiente un important
sentiment d¹infériorité.
Elle indiqua que ses problèmes de migraines avaient débuté
vers l¹âge de 12 ans, âge auquel elle rattachait par ailleurs
ses premiers souvenirs.
Méthode
La patiente bénéficia d¹une séance hebdomadaire d¹une heure
environ durant 6 mois 1/2. Elle accepta de se passer de
toute médication pour ses migraines pendant toute la durée
de la thérapie, afin de ne pas contaminer les résultats thérapeutiques.
Avant de commencer le traitement, on instaura 2 semaines de
mise au point durant lesquelles la patiente prit note chaque
semaine de la fréquence des épisodes migraineux (ce relevé
se poursuivit pendant toute la durée du traitement).
On s¹attacha ensuite à la pratique de l¹hypnose seule.
Cela consista pour la patiente à pratiquer chaque semaine
durant un mois une procédure d¹induction hypnotique standard
en 4 étapes (respiration profonde, relaxation musculaire cognitive,
imagination d¹une scène agréable, comptage en vue d¹un approfondissement).
On insista tout particulièrement sur la détente des zones
directement affectées par les crises de migraine (visage,
tête, cou).
HRG
L¹HRG fut utilisée sur une période de 5 mois.
Pendant la première étape, la prise de conscience,
la patiente fut entraînée à appliquer le modèle ABCDE à son
propre comportement. Cela impliqua également une mise en évidence
de la responsabilité que la patiente prendrait dans la modification
de ses processus négatifs.
Au cours de la deuxième étape, l¹exploration, on proposa
à la patiente de revivre la séquence auto-dépréciative qui
était la sienne dans diverses situations, via l¹imagerie hypnotique.
Le thérapeute renforçait négativement la séquence toute entière
(³remarquez à quel point votre tête vous fait mal, et combien
vous vous sentez misérable lorsque vous êtes en train de vous
dire que vous êtes impuissante, inférieure, et incapable de
faire quoi que ce soit²). Puis le thérapeute suggérait des
états cognitifs alternatifs, rationnels (³bien que certaines
tâches me semblent difficiles, si j¹échoue je suis tout aussi
valable que quiconque²). Durant l¹hypnose, par l¹entremise
de l¹imagerie, ces états cognitifs rationnels se substituaient
aux précédents et étaient associés à une détente émotionnelle,
un équilibre physiologique (absence de migraine), et des performances
comportementales adéquates. Cette séquence était renforcée
par le thérapeute.
Après une analyse minutieuse des situations qui posaient
problème dans le présent, on entreprit la recherche des
expériences passées significatives. La technique de régression
en âge permit de rechercher des événements traumatiques refoulés,
de les découvrir, de les ramener à la conscience, de les analyser
et de les restructurer selon le schéma ABCDE.
Le premier événement traumatique découvert (via la
régression en âge et l¹imagerie hypnotique) concernait une
série de rapports sexuels vécus sous la contrainte de son
second mari. Celui-ci, qui avait plusieurs relations extra-conjugales,
avait coutume de rentrer tard dans la nuit après avoir passé
du temps avec d¹autres femmes, et d¹obliger sa femme à avoir
un rapport sexuel avec lui. Après ces scènes, la patiente
était prise de violentes migraines. L¹évaluation cognitive
("je suis une misérable putain, sans recours face à cet
homme") qu¹elle associait à cette situation fut ramenée
à la conscience. On fit revivre à la patiente ces scènes,
en substituant des évaluations plus rationnelles, ce qui lui
permit de revivre la situation sans migraines. La patiente
fut alors ramenée dans le présent, afin de prendre conscience
qu¹elle perpétuait des schémas cognitifs affectifs physiologiques
et comportementaux semblables en réponse à certains stimulis
environnementaux.
L¹analyse d¹évènements traumatiques de plus en plus éloignés
dans le passé remit à jour une série d¹évènements particulièrement
pénibles avec son père alcoolique. Lorsque la patiente était
enfant (aux alentours de 12 ans), son père saisissait le moindre
prétexte pour l¹observer lorsqu¹elle était nue. Il essaya
également de la caresser de manière sexuellement suggestive.
Un jour où il était particulièrement soûl, le père entra dans
sa chambre et la viola brutalement. Tandis que cela se produisait,
la patiente fut prise d¹une migraine, et ses plaintes au sujet
de ces maux de tête parurent convaincre le père de la laisser.
(C'est ainsi que débutèrent les bénéfices secondaires liés
aux crises de migraine).
La séquence tout entière peut être décrite comme suit:
A-situation: le père la viole
B-évaluation cognitive: "si cela arrive, c¹est que quelque
chose est mauvais en moi; je ne vaux rien, je suis inférieure
et incapable"
C-réaction émotionnelle: panique et anxiété, suivie de dépression
et d¹hostilité refoulée
D- réaction physiologique: violente crise de migraine
E- réaction comportementale: repli sur soi
On suggéra donc une évaluation cognitive plus objective (³Il
n¹y a rien de mauvais chez moi qui ait causé l¹acte de mon
père. Il s¹agit d¹un acte pathologique de sa part à lui. Je
ne suis pas sans valeur mais aussi valable que n¹importe qui²).
On fit donc revivre et réinterpréter cet événement à la patiente
(via l¹imagerie hypnotique): elle put ainsi le faire sans
subir de migraine.
Il était ensuite important de projeter à nouveau la patiente
dans le présent (toujours via l¹imagerie hypnotique), pour
lui faire prendre conscience que ces attitudes auto-dépréciatives
passées affectaient également son comportement actuel: ces
tendances comportementales de base, développées lorsqu¹elle
était plus jeune, étaient symbolisées dans le présent par
ses crises de migraines.
Enfin, le thérapeute projeta la patiente dans l¹avenir, et
fit en sorte qu¹elle se voie agir de façon plus constructive
en restructurant son comportement.
Le processus exploratoire complet inclut donc:
a)la découverte et la restructuration d¹évènements traumatiques
présents
b)la découverte et la restructuration d¹évènements traumatiques
passés
c)la mise en relation des schémas comportementaux négatifs
du passé avec ceux du présent
d)la projection de la patiente dans le futur en insistant
sur des actions positives
Après l¹étape de l¹exploration, la patiente fut invitée
à s¹engager dans un changement comportemental positif, qui
représente la troisième étape de l¹HRG. Au cours de la quatrième
étape, la réalisation, on demanda à la patiente d¹appliquer
les techniques et les connaissances acquises au cours de la
thérapie aux situations de sa vie actuelle. On insista plus
particulièrement pour que la patiente combatte et restructure
radicalement son comportement auto-dévalorisant. Elle fut
poussée à prévenir ou intervenir dans toute crise de migraine
en luttant contre tous les états cognitifs auto-dévalorisants
qui pouvaient conduire à ces crises. Lorsque la patiente eut
plusieurs fois énergiquement combattu ses crises de migraines,
le processus devint automatique et la cinquième étape de l¹HRG
intervint, l¹intériorisation. Dès lors, la patiente put vivre
des changements comportementaux, ce qui représente la dernière
étape de la thérapie.
Toutes ces étapes furent vécues par le biais de l¹hypnose,
en parallèle avec des techniques de restructuration. Bien
que, sur certains points, l¹exploration hypnotique de la personnalité
ait été relativement compliquée dans ce cas, la thérapie tout
entière était orientée en vue d¹apprendre à la patiente à
restructurer elle-même son comportement, et à fonctionner
de manière efficace indépendamment du thérapeute.
Par ailleurs, l¹exploration des contextes passé et futur avait
pour seul but d¹aider la patiente à s¹adapter de façon plus
adéquate aux circonstances présentes.
Résultats
Pour la patiente décrite dans cet article, les migraines se
produisirent avec une fréquence élevée (7,5 par semaine) durant
la période de mise au point préalable au traitement. Leur
fréquence diminua légèrement durant la période d¹hypnose seule
(5,5 par semaine), et se réduisit de façon évidente au cours
de l¹HRG (1,6 par semaine). En fait, au cours des 5 dernières
semaines de HRG, les migraines furent quasiment absentes (0,2
par semaine). Des tests furent effectués une semaine après
la fin de l¹HRG.
Les résultats sur l¹échelle de perception de soi-même de Tennessee
(avant: 275 ou percentile 3; après: 335 ou percentile 32)
suggèrent une nette amélioration de l¹estime de soi et de
l¹attitude envers soi-même. Ces résultats semblent également
refléter des évaluations cognitives plus rationnelles de la
part de la patiente. Le MMPI, un indicateur global de la personnalité,
suggère un meilleur niveau d¹adaptation.
Trois échelles de mesure clinique: -1)hypochondrie,
-2)dépression, -3)hystérie, donnaient des résultats nettement
inférieurs, ce qui indique une diminution de la tendance à
la conversion somatique, à la dépression et à l¹hystérie.
La psychasthénie avait diminué, et l¹assertivité légèrement
augmenté. La patiente se tenait également moins sur la défensive,
comme l¹indiquait la diminution du résultat ³K²; émotionnellement,
elle était plus détendue, et d¹un point de vue comportemental,
elle suivait ses cours de manière nettement plus efficace
et assidue.
Après un mois, le changement thérapeutique était toujours
stable.
Discussion
Comme on peut le constater dans cet article, l¹HRG s¹est
révélé un traitement efficace de la migraine.
Etant donné que de nombreux troubles psycho-physiologiques
(migraine, ulcère, urticaire, etc.) sont des expressions socialement
acceptables de problèmes psychologiques sous-jacents, la plupart
des personnes souffrant de tels troubles n¹ont pas conscience
des facteurs psychologiques qui y sont liés. De plus, les
professionnels de la santé qui traitent ces problèmes sont
bien souvent tout aussi inconscients des facteurs cognitifs
et affectifs sous-jacents: ils risquent ainsi de donner et
de renforcer des explications purement physiologiques.
Cependant, on peut se rapporter à l¹excellent travail de D.
T. Graham (1962, 1972), et à celui, plus récent, de Forman
et al. (1980), pour constater que les processus cognitifs
et affectifs sont, de manière certaine, liés aux désordres
psycho-physiologiques.
Les procédures thérapeutiques utilisant l¹hypnose ou le
biofeedback seuls ne suffisent pas toujours à modifier de
manière efficace les facteurs psychologiques liés à ces troubles.
Par exemple, la patiente décrite dans cet article vit ses
migraines diminuer quelque peu lors du traitement par hypnose
seule, mais la réduction significative n¹intervint qu¹après
la restructuration de ses idées irrationnelles inconscientes.
L¹HRG donne la priorité à la restructuration directe du
système de croyances, et aux composants affectifs, physiologiques
et comportementaux qui y sont liés.
Cet article, en tant qu¹étude d¹un cas réel, ne rend pas compte
de toutes les variables significatives associées à la migraine.
Cependant, les auteurs proposent de combiner les modalités
éprouvées de l¹hypnose et de l¹imagerie avec un processus
de restructuration cognitive prenant en compte le rôle des
facteurs inconscients.
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