imgMise à jour sur la contraception : Une étude de FHI examine l'effet du N-9 sur les MST (suite)

imgPourquoi cette étude a-t-elle été effectuée en Afrique et non pas aux Etats-Unis ?

En règle générale, les recherches portant sur les maladies infectieuses sont effectuées parmi les populations qui y sont les plus exposées. Au niveau mondial, deux séropositifs sur trois vivent en Afrique sub-saharienne. Parmi les prostituées de cette région du monde, le risque d'infection par le VIH est particulièrement élevé. Comme le désir d'encourager le port du préservatif et de réduire le risque d'infection primait sur toutes les autres considérations, le fait de réaliser cette étude au Cameroun avait pour conséquence désirable de promouvoir des stratégies de prévention parmi les femmes à risque élevé d'infection par le VIH. Ceci a permis d'améliorer la qualité scientifique de l'étude tout en réduisant le risque de VIH et d'autres MST parmi les participantes.

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imgPourquoi a-t-on étudié le film au N-9 plutôt que d'autres produits également à base de N-9 ?

Ce film a été choisi parce qu'il contient une faible dose de N-9 (70 mg), ce qui réduit l'irritation potentielle des tissus vaginaux. En outre, il présente le triple intérêt d'être déjà en vente libre aux Etats-Unis, d'avoir un profil satisfaisant en matière d'innocuité et d'être d'emploi relativement facile. Parce qu'il ne coûte relativement pas cher, on était en droit de penser qu'il serait plus susceptible d'être utilisé à grande échelle dans les pays en développement, tels que le Cameroun, si son efficacité prophylactique contre les MST était prouvée. Le film utilisé dans le cadre de cette étude est fabriqué par Apothecus Pharmaceutical Corp., société pharmaceutique américaine ayant son siège à Oyster Bay, dans l'Etat de New-York. Aux Etats-Unis, ce film est en vente libre dans plus de 25.000 pharmacies et est distribué dans plus de 6.000 dispensaires de planification familiale, d'après son fabricant. Le film est commercialisé sous le nom de "VCF Vaginal Contraceptive Film".

imgConséquences pour la santé publique

Quelles conclusions peut-on tirer de cette étude pour les individus à risque de VIH et d'autres MST ?

Malheureusement, cette étude n'est pas encourageante pour les individus à risque de MST, en particulier pour les femmes qui ne peuvent pas persuader leurs partenaires d'utiliser un préservatif en latex. Pour ces femmes, le préservatif féminin constitue une option susceptible de les protéger contre ces maladies, à condition qu'elles l'utilisent systématiquement et correctement. FHI estime qu'il existe un besoin urgent pour la mise au point de nouvelles options capables de protéger les individus contre le VIH et les autres MST.

Quiconque court un risque de MST devrait savoir que l'utilisation correcte et systématique du préservatif en latex est considérée comme la meilleure mesure de protection. L'abstinence sexuelle et une relation mutuellement monogame entre des partenaires séronégatifs passent pour être les moyens les plus fiables de se prémunir contre les infections.

Que recommandent actuellement les U.S. Centers for Disease Control and Prevention (CDC) en matière de prévention contre le VIH ?

A l'heure actuelle, les CDC recommandent l'utilisation de préservatifs en latex, avec ou sans spermicides, en vue de prévenir la transmission du VIH parmi les personnes sexuellement actives à risque. FHI abonde pleinement dans le sens de cette recommandation. A ce jour, on ne dispose pas de données qui indiqueraient que les préservatifs lubrifiés avec des spermicides soient plus efficaces pour protéger contre la transmission du VIH et des autres MSTque les autres préservatifs lubrifiés.

Quelques recherches sur le N-9 et les MST

La bibliographie chronologique ci-après d'études clés sur le nonxynol-9 (N-9) et la prévention des maladies sexuellement transmissibles (MST) a été préparée par Family Health International (FHI). Dans toutes les études prospectives faisant intervenir des sujets à risque de VIH, les participantes ont été encouragées à utiliser des préservatifs en latex correctement et systématiquement.
Zekeng L, Feldblum PJ, Oliver RM, Kaptue L. Barrier contraceptive use and HIV infection among high-risk women in Cameroon. [Utilisation des contraceptifs de barrière et infection par le VIH parmi les Camerounaises à risque élevé.] AIDS 1993; 7(5):725-31.

Une étude d'observation effectuée parmi 273 prostituées camerounaises a conclu à la réduction considérable du risque d'infection par le VIH chez les femmes qui utilisaient systématiquement le N-9 ou des préservatifs en latex. C'était la première fois qu'une étude citait des preuves épidémiologiques à l'appui de l'hypothèse selon laquelle le N-9 pourrait protéger contre le VIH. La moitié des femmes avaient déclaré utiliser un préservatif lors de 63 pour cent au moins de leurs rapports sexuels, tandis que les autres avaient déclaré utiliser un spermicide lors de 67 pour cent au moins de leurs rapports sexuels. On avait conseillé aux participantes volontaires d'utiliser à chaque rapport sexuel un préservatif masculin lubrifié sans spermicides et un ovule contenant 100 mg de N-9. Cette étude, d'une durée de 12 mois, a été conduite par le Service national de contrôle du sida à Yaoundé et par Family Health International.

Une deuxième analyse de ces données a révélé que l'utilisation d'ovules au N-9 n'aggravait pas l'incidence d'ulcérations génitales. Les recherches antérieures suggéraient que l'usage fréquent de N-9 pouvait entraîner des irritations et des ulcérations génitales. Or la présence d'ulcères serait un facteur de risque de VIH. (Weir SS, Roddy RE, Zekeng L, Feldblum PJ. Nonoxynol-9 use, genital ulcers, and HIV infection in a cohort of sex workers. [L'emploi du N-9, les ulcérations génitales et l'infection au VIH chez une cohorte de prostituées.] Genitourin Med 1995;71:78-81). Un autre examen des données a abouti à la conclusion que les préservatifs masculins en latex conférait une protection importante contre la blennorragie. (Weir SS, Feldblum PJ, Zekeng L, Roddy RE. The use of nonoxynol-9 for protection against cervical gonorrhea. [L'utilisation du N-9 aux fins de protection contre la blennorragie cervicale.] Am J Public Health 1994; 84(6): 910-14.)

Feldblum PJ, Weir SS. The protective effect of nonoxynol-9 against HIV infection (letter). [L'effet protecteur du nonoxynol-9 contre l'infection par le VIH -- lettre]. Am J Public Health 1994; 84(6):1032-34.

Une réanalyse des données recueillies auprès des prostituées camerounaises a réaffirmé les conclusions tirées de l'étude originale d'observation, à savoir que l'utilisation du N-9 pourrait conférer une certaine protection contre le VIH. Cette réanalyse, conduite par FHI, est arrivée à la conclusion selon laquelle les taux de VIH étaient d'autant plus faibles que l'utilisation du N-9 était systématique. En outre, les chercheurs ont constaté que le taux d'infection par le VIH baissait parallèlement à la progression du port du préservatif.

Kreiss J, Ngugi E, Holmes K, Ndinya-Achola J, Waiyaki P, Roberts PL, Ruminjo I, Sajabi R, Kimata J, Fleming TR, Anzala A, Holton D, Plummer F. Efficacy of nonoxynol-9 contraceptive sponge use in preventing heterosexual acquisition of HIV in Nairobi prostitutes. [Efficacité de l'éponge contraceptive au nonoxynol-9 dans la prévention de l'acquisition hétérosexuelle du VIH parmi des prostituées de Nairobi.] JAMA 1992; 268(4):477-82.

Un essai randomisé et contrôlé de l'éponge contraceptive au N-9 parmi des prostituées de Nairobi, au Kenya, a conclu que cette méthode ne semblait pas protéger ses utilisatrices contre le VIH. L'incidence d'ulcérations génitales -- facteur qui prédisposerait au VIH -- était trois fois plus élevée, et le risque de vulvite supérieur aussi, chez les femmes qui utilisaient l'éponge au N-9. En revanche, le risque de blennorragie était réduit de 60 pour cent chez ces femmes, d'après les chercheurs de l'université de Washington à Seattle, de l'université de Nairobi, de l'université du Manitoba et de l'Institut de la recherche médicale du Kenya qui participaient tous à l'étude en question. L'éponge en polyuréthane à base de N-9 avait été distribuée de façon aléatoire à 74 femmes. Il avait été demandé à ces femmes d'insérer cette éponge avant tout rapport sexuel, d'en changer après l'avoir utilisée avec deux ou trois partenaires et de retirer la dernière éponge six heures après le dernier rapport sexuel. Il avait été demandé à 64 femmes d'insérer un placebo -- d'abord un ovule à base de glycérine, et par la suite une crème vaginale à base aqueuse -- une fois par jour avant leur premier rapport sexuel de la journée.

Niruthisard S, Roddy RE, Chutivongse S. Use of nonoxynol-9 and reduction in rate of gonococcal and chlamydial cervical infections. [Utilisation du nonoxynol-9 et réduction du taux d'infections cervicales gonococciques et à Chlamydia.] Lancet 1992; 339:1371-75.

Les effets du N-9 sur la prévention de l'infection à Chlamydia et de la blennorragie ont été examinés dans cet essai randomisé et contrôlé qui a été effectué en 1990 à Bangkok, en Thaïlande, par FHI et par l'université de Chulalongkorn. Les chercheurs ont comparé les taux d'infection parmi 186 femmes qui utilisaient soit le film au N-9 avec des préservatifs, soit un film placebo et des préservatifs. Les participantes, toutes volontaires, étaient des femmes qui travaillaient dans des salons de massage et qui avaient en moyenne deux ou trois partenaires sexuels par jour. Les chercheurs ont constaté que, dans l'ensemble, l'utilisation de N-9 réduisait de 25 pour cent le taux de blennorragie et d'infections cervicales à Chlamydia. Chez les femmes qui utilisaient le N-9 lors de plus de 75 pour cent de leurs rapports sexuels, le taux d'infection reculait de 40 pour cent. Chez celles qui l'utilisaient moins souvent, le N-9 ne semblait guère conférer de protection contre les infections cervicales. Les préservatifs protégeaient contre la blennorragie et la Chlamydia plus que ne le faisait le N-9 utilisé seul. Aucune différence n'avait été observée entre les deux groupes en ce qui concernait l'apparition d'ulcères génitaux ou de candidoses. Les utilisatrices du N-9 se plaignaient plus fréquemment d'irritations génitales, notamment de brûlures, de démangeaisons et d'endolorissements, mais ces symptômes n'étaient pas considérés graves.

Rosenberg MJ, Rojanapithayakorn W, Feldblum PJ, Higgins JE. Effect of the contraceptive sponge on chlamydial infection, gonorrhea and candidiasis: a comparative trial. [Effet de l'éponge contraceptive sur l'infection à Chlamydia, la blennorragie et la candidose : essai comparatif.] JAMA 1987; 257(17):2308-12.

Chez les utilisatrices de l'éponge au N-9, le taux d'infections à Chlamydia était plus faible (29 pour cent, contre 51 pour cent chez les non-utilisatrices, au bout de sept semaines) et l'incidence de la blennorragie aussi (8 pour cent dans le premier groupe, contre 40 pour cent dans le groupe-témoin), dans le cadre d'un essai randomisé et contrôlé effectué à Bangkok, en Thaïlande, parmi 492 prostituées travaillant dans des salons de massage. En revanche, l'incidence de candidoses était plus élevée chez les utilisatrices de l'éponge que chez les autres femmes (12 pour cent contre 4 pour cent, respectivement). La moitié des participantes, toutes volontaires, avaient reçu l'éponge au N-9, et le groupe-témoin se composait de 246 femmes. Il avait été demandé aux femmes de continuer à utiliser leur méthode habituelle de planification familiale -- contraceptifs oraux ou injectables dans la plupart des cas -- et elles avaient été encouragées à recourir au préservatif. Cette étude a été réalisée par FHI et le ministère thaïlandais de la Santé publique.

Louv WC, Austin H, Alexander WJ, Stagno S, Cheeks J. A clinical trial of nonoxynol-9 for preventing gonococcal and chlamydial infections. [Un essai thérapeutique du nonoxynol-9 aux fins de prévention des infections gonococciques et à Chlamydia]. J Infect Dis 1988; 158:518-23.

Dans cet essai randomisé et contrôlé, qui s'est effectué auprès de 818 femmes, des chercheurs de l'université d'Alabama à Birmingham et du département de la Santé de Jefferson County, à Birmingham, ont évalué la capacité du N-9 à prévenir la blennorragie et la Chlamydia. Les participantes à l'étude étaient des clientes de dispensaires qui traitaient les maladies sexuellement transmissibles. Il avait été demandé à un groupe de participantes d'utiliser une gelée spermicide à base de N-9 disponible dans le commerce, tandis qu'un placebo était distribué dans le groupe témoin. Au bout de six mois, les chercheurs ont conclu que les utilisatrices du N-9 étaient moins susceptibles que les femmes du groupe-témoin de contracter la blennorragie ou des infections à Chlamydia. Plus le N-9 était utilisé systématiquement, plus les taux d'infections cervicales étaient faibles.

Kelaghan J, Rubin GL, Ory HW, Layde PM. Barrier-method contraceptives and pelvic inflammatory disease. [Les méthodes contraceptives de barrière et la maladie inflammatoire pelvienne.] JAMA 1982; 248(2):184-87.

Des chercheurs des U.S. Centers for Disease Control and Prevention ont constaté que les utilisatrices de méthodes contraceptives de barrière (préservatifs, spermicides à base de N-9, diaphragme utilisé en association avec le N-9) étaient moins sujettes à la maladie inflammatoire pelvienne (MIP) que les utilisatrices des autres moyens de contraception et que celles qui n'en utilisaient aucun. La MIP est une maladie grave chez la femme et elle peut entraîner la stérilité ou la mort. Les chercheurs ont analysé les données tirées de l'étude sur la santé des femmes, grande étude multicentrique qui s'est effectuée aux Etats-Unis entre 1976 et 1978. Ils ont comparé les méthodes contraceptives utilisées par 645 femmes hospitalisées pour MIP aux méthodes utilisées par 2509 femmes n'ayant pas cette affection dans leurs antécédents.


Network, Printemps 1997, Volume 17, Numéro 3 .
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© Copyright 1999, Family Health International (FHI)
 
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