Des
facteurs-clés contribuent au succès des programmes (suite)
La
participation de la communauté
Lors
de la conception des programmes à l'intention de la jeunesse,
les décideurs et les prestataires doivent tenir compte de
l'importance de la culture et des traditions quand ils avancent
leurs idées de ce dont les jeunes ont besoin. La participation
de dirigeants communautaires, de parents, d'enseignants et
d'autres personnes aide à parvenir à cet équilibre précaire.
"Nous
devons prêter plus d'attention à ce qui donne des résultats
dans la société en général et pas uniquement dans les programmes
destinés aux jeunes, déclare le docteur Friedman de l'OMS.
Quand nous préconisons les projets d'éducation sexuelle sans
y faire participer les parents, ces derniers réagissent avec
horreur. Les gens qui s'emploient à promouvoir la santé doivent
prêter attention aux valeurs de la société."
L'analyse
du FNUAP montre que la plupart des projets ne comportaient
pas de participation des parents, des communautés, des groupes
religieux ou d'autres groupes dont le soutien aurait été important
pour les faire accepter. L'absence de contacts avec les parents
et les autres groupes de la communauté a fait manquer l'occasion
qui s'offrait de renseigner ces derniers sur le projet et
d'obtenir leur appui, explique le rapport du FNUAP. D'un autre
côté, quand on tente de plaire à tout le monde, on risque
de retarder ou de bloquer de nouveaux services, prévient Mme
Senderowitz, qui ajoute : "Une bonne tactique consiste à trouver
quelques dirigeants qui soutiennent vraiment vos programmes
et qui peuvent donc préparer la voie à la participation d'autres
membres de la communauté". Le rapport du FNUAP cite plusieurs
exemples efficaces, y compris des projets réalisés à la Jamaïque
et à Antigua où l'on a sollicité l'aide des parents et des
églises pour la fourniture d'informations et de conseils aux
jeunes.
Les
programmes d'éducation sexuelle risquent souvent de semer
la discordedans les familles. "Certains parents craignent
qu'on renseigne leurs enfants sur des choses qui les encourageront
à avoir des rapports sexuels, dit le docteur Waszak de FHI.
Mais ils veulent généralement ce qu'il y a de meilleur pour
leurs enfants." Les travaux de recherche ont montré que l'efficacité
des programmes d'éducation sexuelle pour changer les comportements
augmente quand leurs messages atteignent les jeunes avant
qu'ils ne commencent à avoir des rapports sexuels.
Plusieurs
programmes ont investi avec succès du temps et des ressources
dans la participation des parents. Au Zimbabwe, le National
Family Planning Council offre un programme d'éducation à l'intention
des parents pour les aider à renseigner leurs enfants sur
la sexualité et la santé reproductive. En Tanzanie, une organisation
de parents a mis au point un manuel visant à aider les familles
à communiquer avec leurs enfants.
Les
services accessibles
Les
experts pensent généralement qu'un climat favorable aux jeunes
peut aider à attirer et servir les jeunes, qui peuvent être
trop timides ou trop gênés pour aller chercher des services,
ou qui se heurtent à des obstacles comme le manque de moyens
de transport et d'argent.
Aucun
programme ne peut résoudre tous les problèmes d'accessibilité
aux services et les solutions peuvent varier, même à l'intérieur
d'un pays donné. Par exemple, un dispensaire devrait-il offrir
aux jeunes des services distincts ? La façon dont les jeunes
d'un groupe cible réagiraient à une telle solution devrait
être prise en considération. "Une stratégie qui a fait ses
preuves chez nous consiste à organiser des groupes de discussions
dirigées parmi les jeunes, pour nous aider à choisir le site
et le lieu des dispensaires", déclare le docteur Moïse de
FOSREF, dont les dispensaires sont dotés de centres de ressource
distincts pour les jeunes.
L'attitude
des prestataires, qui portent souvent des jugements catégoriques
sur les jeunes femmes célibataires à la recherche de services,
pose un problème difficile à résoudre. Des études faites en
Afrique du Sud et au Sénégal, par exemple, ont permis de suivre
l'expérience de "clients mystérieux", des jeunes engagés spécialement
pour rechercher des services dans les dispensaires. En Afrique
du Sud, les prestataires résistaient aux demandes de préservatifs
et ne donnaient aucune indication sur leur mode d'emploi.4
Au Sénégal, aucun des jeunes qui demandaient à recevoir une
méthode de contraception n'a pu en obtenir.5
"Les
prestataires, qui sont pour la plupart des adultes, peuvent
avoir sur la sexualité des convictions personnelles ou religieuses
qui influencent la façon dont ils aident les jeunes", explique
le docteur José de Codes, de FOCUS qui, pendant des années,
a formé des prestataires pour l'OMS et d'autres organisations.
"La plupart des prestataires ont du mal à voir la situation
du point de vue des jeunes. C'est pourquoi les adolescents
hésitent souvent à dire aux adultes qu'ils ont des rapports
sexuels et à leur parler de contraception."
La commodité
d'accès au lieu et les heures d'ouverture du dispensaire,
le degré de confidentialité et le climat dans lequel les services
sont fournis peuvent tous être importants, de même que l'orientation
des jeunes vers d'autres services. Au cours du récent atelier
organisé au Sénégal, les prestataires et les jeunes ont élaboré
des plans comportant des moyens d'établir des contacts entre
leurs services et des clubs de jeunes, le remaniement des
horaires des cliniques pour mieux servir les jeunes et la
formation de conseillers.
L'évaluation
Les
prestataires ne doivent pas compter uniquement sur l'intuition
pour voir si un projet atteint ses objectifs. Il se peut en
outre que des résultats négatifs déplaisent aux bailleurs
des fonds, compromettant ainsi l'obtention d'autres fonds.
Ces préoccupations sont légitimes, mais une évaluation élémentaire
peut aider à améliorer le fonctionnement du programme, à augmenter
son efficacité et l'aider à atteindre ses objectifs.6
L'outil
d'évaluation le plus élémentaire est la simple observation.
Les directeurs de programmes peuvent se demander si leur projet
fonctionne comme ils le désirent.
Pour
procéder à une évaluation plus officielle, les responsables
ont besoin, au début du projet, de réunir des informations
appelées "données de base", qui seront comparées aux données
recueillies par la suite. Cette comparaison peut être utilisée
pour suivre la prestation des services, fournir des renseignements
sur les participants au programme et décrire les systèmes
de prestation de services. Cette "évaluation du processus",
comme on l'appelle, permet de déterminer si les services atteignent
le groupe visé, s'ils sont fournis comme prévu et si leur
financement est adéquat. Cette méthode est fréquemment utilisée
pendant le déroulement d'un projet, parfois à mi-parcours,
pour aider à adapter les objectifs et le plan de travail du
projet en question.
En 1992,
par exemple, CARE International a lancé au Kenya un projet
de prévention du sida appelé CRUSH (Community Resources for
under 18's on STDs and HIV, ou Ressources communautaires sur
MST et VIH pour les moins de 18 ans). CRUSH comptait principalement
sur la formation de pairs-éducateurs en faisant des cours.
Une évaluation à mi-parcours a établi que cette méthode ne
motivait pas le groupe cible, qui était trop important et
insuffisamment défini. L'approche a été modifiée pour améliorer
la formation des pairs-éducateurs et concentrer le projet
sur les jeunes non scolarisés de 12 à 18 ans.
A son
terme, CRUSH a utilisé "une évaluation des résultats obtenus"
dans le but de déterminer dans quelle mesure le projet avait
atteint ses objectifs. Cette méthode implique généralement
une enquête par échantillonnage pour voir si le projet a modifié
les connaissances des participants, leur attitude et leur
comportement.
Le
maintien des programmes efficaces
Un grand
nombre de services de santé reproductive pour les jeunes adultes
débutent par de petits projets pilotes qui servent de modèle
pour l'expansion des services. Toutefois, certains projets
pilotes couronnés de succès sont abandonnés par simple manque
de fonds ou parce que leurs méthodes novatrices ne sont pas
adoptées par les prestataires et organisations en place.
Les
experts estiment que la permanence et l'expansion des services
efficaces sont importantes et qu'elles devraient être envisagées
au moment de la planification. Un exemple de petit projet
qui a pris de l'extension est un programme entrepris à Mexico,
Centro de Orientacion para Adolescentes (CORA). Lancé en 1978,
CORA a essayé de nombreuses approches différentes, utilisant
les évaluations pour modifier les programmes qui n'atteignaient
pas leurs objectifs. Il s'est employé à étendre les programmes
novateurs dans les institutions existantes et à accroître
l'utilisation de ressources limitées. Par exemple, pendant
leur séjour à l'hôpital, les mères adolescentes ont besoin
de meilleur counseling et de services connexes. CORA n'avait
pas les ressources nécessaires pour fournir de tels services
sur une grande échelle mais il a servi de catalyseur pour
les introduire.
"Nous
avons mis au point du matériel et une méthode de formation
pour les gens qui travaillent dans un grand hôpital avec les
mères adolescentes", explique le docteur Anameli Monroy, qui
a créé CORA et qui est maintenant conseillère sur les problèmes
de la jeunesse auprès d'organisations internationales. "Nous
n'avons pas eu besoin d'assurer nous-mêmes le maintien du
projet car nous l'avons intégré dans l'hôpital. Si bien que
cela n'a pas coûté cher à CORA sur le plan du personnel nouveau
ou des ressources. Il nous fallait trouver une organisation
en place qui pourrait continuer ce travail et la persuader
de nous laisser procéder à la formation initiale du personnel."
-- William R. Finger
Notes
- Senderowitz
J. Thematic evaluation on adolescent reproductive health
-- global report submitted to UNFPA. Unpublished report.
UNFPA, 1996.
- Flanagan
D, Williams C, Mahler H. Peer Education in Projects Supported
by AIDSCAP. (Arlington: Family Health International,
1996) 5,14.
- How
to Create an Effective Peer Education Project. (Arlington:
Family Health International, 1996) 9-12.
- Abdool
Karim Q, Preston-Whyte E, Abdool Karim SS. Teenagers seeking
condoms at family planning services: part I. A user's perspective.
S Afr Med J 1992;82:356-59.
- Nare
C, Katz K, Tolley E. Measuring access to family planning
education and services for young adults in Dakar, Senegal.
Unpublished paper. Family Health International, 1996.
- McKaig
C. Evaluation of youth programs: identifying effective strategies
for promoting the health of young people. Passages
1997;15(1):1.
Network, Printemps 1997, Volume 17, Numéro 3 .

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