L'éducation
protège la santé, retarde l'activité sexuelle (suite)
Modification
des comportements
Tandis
que les programmes d'éducation sexuelle peuvent améliorer
le niveau des connaissances concernant la santé reproductive,
ces connaissances ne se transforment pas systématiquement
en actions.
En Ouganda,
par exemple, l'étude de 4.510 jeunes de 15 à 24 ans a démontré
un très haut niveau de connaissance en matière de préservatifs,
et que les hommes et les femmes avaient une attitude positive
à leur égard. Cependant, bien que plus des trois quarts des
jeunes hommes et femmes savaient que l'utilisation des préservatifs
empêchait la transmission des MST, moins de 13 pour cent des
hommes, et quasiment aucune des femmes (moins de 1 pour cent)
ont dit s'en servir.13 Un programme aux Philippines destiné
à apprendre la prévention du sida à plus de 800 adolescents
a effectivement permis d'augmenter leur niveau de connaissances
du sida. Cependant, le programme n'a pas réussi à modifier
les habitudes à l'égard de l'utilisation des préservatifs,
et le nombre d'étudiants qui s'accordaient pour dire que les
jeunes devraient attendre jusqu'à l'âge adulte ou jusqu'au
mariage avant d'avoir des rapports sexuels n'a pas augmenté.14
Dans
la recherche de moyens pour améliorer la santé reproductive
des jeunes, les experts disent que les programmes d'éducation
sexuelle qui réussissent ont plusieurs caractéristiques communes.
Ils se concentrent sur la modification des comportements à
risque ; ils renforcent la notion que les rapports non protégés
sont indésirables, tout en indiquant aux jeunes les moyens
de protection disponibles ; ils font en sorte que les jeunes
participent au processus de leur apprentissage par le biais
d'activités qui permettent aux étudiants, par exemple, de
mettre un préservatif sur un modèle, ou bien d'acheter un
préservatif ; ils encouragent les étudiants à se servir de
leurs aptitudes à communiquer et à négocier ; ils traitent
des pressions socioculturelles qui demandent aux étudiants
de devenir sexuellement actifs et, enfin, ils assurent la
formation des individus chargés de l'éducation sexuelle.15
Selon
Donna Flanagan, membre du projet AIDSCAP de prévention et
de lutte contre le sida de FHI, il faut que chaque individu,
y compris les jeunes adultes, s'engage à modifier son comportement.
Ces jeunes adultes doivent alors acquérir des pouvoirs de
négociation qui leur permettront, par exemple, de négocier
l'utilisation d'un préservatif. Donna Flanagan, de l'unité
de communication des modifications de comportement d'AIDSCAP
explique : "Ce dont les jeunes ont besoin, c'est de l'expérience
dans la prise de décisions, et la responsabilité de leurs
propres actions."
"Les
adultes ne leur laissent pas suffisamment de responsabilité,
dit-elle. Les jeunes ne décident pas s'ils iront à l'école,
c'est nous qui en décidons. Les jeunes ne peuvent même pas
se coucher à l'heure qu'ils veulent, ni se lever quand bon
leur semble. Tout d'un coup, ils se trouvent confrontés à
des questions sexuelles, sans avoir eu la formation nécessaire
pour y répondre."
Afin
d'encourager les jeunes de la République dominicaine à développer
leur aptitude à prendre des décisions, AIDSCAP a préparé des
messages pour radio et télévision incitant les jeunes à repousser
le début de leurs premiers rapports sexuels, et promouvant
l'utilisation des préservatifs pour le jour où ils deviendront
effectivement sexuellement actifs. Après avoir fourni des
informations sur le sida et les MST, ces messages se terminent
en disant : "Parlez du sida avec votre père" ou "Parlez des
MST avec votre mère."
Le programme
FOCUS, programme visant les jeunes adultes, a récemment étudié
les programmes de santé reproductive pour jeunes adultes dans
les pays en développement, où l'on a trouvé que peu d'études
indiquaient que l'éducation sexuelle apportait une modification
quelconque dans le comportement sexuel des intéressés. Les
experts disent que des études supplémentaires seront nécessaires,
et que les moyens d'évaluation devront être améliorés. Cependant,
le projet FOCUS a établi que les programmes d'éducation sexuelle
qui incorporent des activités permettant aux jeunes d'améliorer
leurs aptitudes à communiquer et à négocier sont plus susceptibles
de réussir que les programmes qui n'offrent que des informations
sur la santé reproductive.
Plusieurs
programmes de planification familiale ont incorporé des éléments
de modification du comportement aux programmes d'éducation
sexuelle pour les jeunes. Un exemple en est le programme mexicain
Planeando tu Vida (Planifie ta vie). Ce programme offre aux
jeunes des informations sur les grossesses et sur la prévention
des maladies et des MST, ainsi que des informations concernant
les rapports, la prise des décisions, la communication et
la confiance en soi.
Lancé
par l'Instituto Mexicano de Investigación de Familia y Población
(IMIFAP) en collaboration avec le gouvernement mexicain, ce
programme a été développé sur la base de recherches effectuées
parmi les jeunes. Plus de 865 jeunes filles âgées de 12 à
19 ans étaient interrogées, en plus de 355 jeunes filles qui
avaient eu une grossesse non planifiée. Les réponses de ces
adolescentes sont devenues la base du programme Planeando
tu Vida qui fut d'abord introduit dans les écoles de la ville
de Mexico en tant que programme pilote en 1988-89, avant d'être
étendu.
Une
étude de l'impact du programme a comparé trois groupes d'étudiants
: des adolescents qui n'avaient pas reçu d'éducation sexuelle
; ceux qui avaient participé à un programme d'éducation sexuelle
comprenant des informations sur la menstruation, l'anatomie,
la physiologie, la contraception et les MST ; et des adolescents
qui avaient participé au programme Planeando tu Vida. Lorsque
les participants à l'étude étaient interrogés quatre et huit
mois plus tard, aucun changement dans l'inauguration de l'activité
sexuelle n'avait été constaté. En ce qui concernait les étudiants
qui n'étaient pas sexuellement actifs lors du début du programme
Planeando tu Vida, leur niveau d'utilisation des contraceptifs
était plus élevé après qu'ils soient devenus sexuellement
actifs. Une autre étude a comparé plus de 900 étudiants qui
avaient suivi le cours Planeando tu Vida à d'autres qui ne
l'avaient pas suivi. Le programme était sans effet sur l'activité
sexuelle des participants, et sans effet sur l'utilisation
des contraceptifs parmi ceux qui étaient déjà sexuellement
actifs. Cela dit, parmi les garçons qui n'étaient pas sexuellement
actifs en début du programme, l'utilisation des contraceptifs
avait augmenté après qu'ils soient devenus actifs.16
Un autre
exemple de programme d'éducation sexuelle visant à modifier
le comportement est celui du Centro para Jóvenes en Colombie.
Créé en 1990 par PROFAMILIA, le centre propose des informations
et des cours aux jeunes, des cours pour parents et enseignants,
et des services de santé reproductive.
Durant
la première année d'existence du centre, son personnel a découvert
qu'un pourcentage élevé des étudiants avaient reçu des informations
sur la reproduction sous une forme ou une autre, mais que
cela ne les dissuadait pas d'avoir des rapports sexuels. Bon
nombre des filles qui s'étaient rendues au centre l'avaient
fait simplement parce qu'elles craignaient d'être enceintes.
Parmi les jeunes filles qui étaient effectivement enceintes,
l'on pouvait décerner des caractéristiques communes -- peu
d'amour-propre, peu ou pas de connaissances à propos des contraceptifs,
et un manque de communication avec les membres de leur famille.17
A l'heure
actuelle, PROFAMILIA gère des centres de santé pour adolescents
dans 20 villes de la Colombie afin d'offrir des services de
santé reproductive aussi bien que des services éducatifs et
informatifs. Parmi les programmes informatifs et éducatifs
offerts chaque année pour les adolescents figurent des festivals
de la santé qui se tiennent pendant les vacances scolaires.
L'an dernier, ces festivals de la santé ont eu lieu dans 15
villes différentes et ont attiré plus de 10.000 jeunes. En
outre, PROFAMILIA propose des sessions et des stages de formation
pour parents et enseignants, et des ateliers qui fournissent
120 heures de formation à ceux qui veulent enseigner les programmes
de santé reproductive. Les programmes d'éducation qui étaient
traditionnellement réservés aux jeunes de 16 à 19 ans sont
désormais proposés aux adolescents de 13 à 15 ans.
Qui,
quoi et où
Lors
de l'élaboration d'un programme d'éducation sexuelle, les
prestataires et les responsables doivent répondre à plusieurs
questions. Qui doit être chargé de la planification et de
la mise en oeuvre du programme ? Que doit couvrir le curriculum
? Où doit-on offrir ces services ?
L'organisation
américaine SIECUS (Sexuality Information and Education Counsel)
a récemment mis à jour ses lignes directrices concernant les
programmes d'éducation sexuelle. Celles-ci, initialement publiées
en 1991, étaient destinées à aider les communautés locales
à développer leur propre curriculum, ou à évaluer les programmes
existants. Les nouvelles lignes directrices comprennent des
informations sur les moyens de contraception qui n'existaient
pas lors de la première publication du rapport, tels que le
préservatif féminin.
Selon
les lignes directrices du SIECUS, l'éducation sexuelle devrait
commencer dès l'école primaire, lorsque les enfants ont entre
5 et 8 ans, pour continuer à travers l'adolescence, jusqu'aux
jeunes de 15 à 18 ans. Les cours ne doivent être donnés que
par des enseignants qualifiés, et la participation de la communauté
est essentielle au développement et à la mise en place des
programmes. "Les parents et autres membres principaux de la
famille, les enseignants, administrateurs, responsables locaux
et religieux et les étudiants devraient y prendre part," suggère
le rapport du SIECUS.18
La participation
des jeunes dans la conception et la mise en oeuvre des programmes
d'éducation sexuelle, y compris dans la préparation du curriculum,
permet d'assurer que le programme sera effectivement orienté
vers les jeunes. En Roumanie, la fondation Youth for Youth,
avec l'appui du Center for Development and Population Activities
(CEDPA), a commencé par une enquête dans 17 lycées à Bucarest
afin de déterminer le niveau des connaissances des jeunes
en matière de santé reproductive, ainsi que leurs besoins
en matière de santé. Le manque d'informations de base sur
la santé reproductive était une des causes principales des
grossesses non planifiées et des avortements chez les jeunes
Roumaines. Les chercheurs ont découvert que plus d'un jeune
sur cinq était sexuellement actif avant le mariage.
Les
résultats de cette enquête ont servi de base pour un manuel
d'instruction destiné aux enseignants du programme d'éducation
sexuelle de Youth for Youth. Le curriculum du programme comprend
des informations sur la biologie de la reproduction, les MST,
la grossesse et la contraception, ainsi que des activités
permettant d'aider les jeunes à améliorer leurs compétences
en matière de communication et leur aptitude à prendre des
décisions, ainsi que d'éclaircir leurs principes. Les cours
d'éducation sexuelle sont présentés par des pairs-éducateurs
aux étudiants de 15 à 16 ans. Le curriculum est régulièrement
mis à jour afin de correspondre aux soucis des étudiants et
aux résultats d'évaluations de leur niveau de connaissance,
de leur attitude et de leur comportement.
Comme
en Roumanie, la participation des membres de la communauté,
surtout celle des parents et des enseignants, est un élément
crucial de la mise en oeuvre des programmes d'éducation sexuelle.
L'acceptation ou le refus des programmes par les parents peut
déterminer si les enfants y participeront.
Selon
le docteur Waszak : "Faire participer les parents et les responsables
locaux et leur demander de participer à l'élaboration du curriculum
en ce qui concerne les normes et les besoins de la communauté
peut réduire o'oposition aux programmes d'éducation sexuelle,
appaiser les peurs sans fondément des parents, voire les recruter
en tant que partenaires dans l'éducation de leurs enfants."
-- Barbara Barnett
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