Le
réemploi du préservatif féminin à l'étude
Le contraceptif résiste
bien à plusieurs lavages, mais d'autres études seront nécessaires.
Le préservatif féminin a une
double fonction : il protège à la fois contre les grossesses
et contre les maladies sexuellement transmissibles (MST).
Les études réalisées indiquent qu'il est une option bien acceptée
par certains hommes et certaines femmes.
On manque cependant de données
précises sur son efficacité. Par ailleurs, ce préservatif
coûte relativement cher et il n'est actuellement approuvé
que pour un usage unique. Si la femme pouvait le réutiliser
sans risque et avec la même fiabilité, il serait plus économique.
Les premiers résultats obtenus par les chercheurs travaillant
sur cette question sont prometteurs, mais des études complémentaires
seront nécessaires.
Le préservatif masculin en
latex est la seule méthode de prévention des infections par
le VIH et d'autres MST qui soit vraiment répandue. Mais si
la femme ne peut pas persuader son partenaire d'utiliser ce
moyen, le préservatif féminin est alors une possible alternative.
«Le préservatif féminin est
une méthode de barrière très importante. Pour les femmes et
pour les hommes, il est un moyen supplémentaire de prévention
des grossesses et des MST, et notamment d'infection par le
VIH», déclare Bunmi Makinwa, qui administre des projets ayant
trait aux préservatifs au sein du Programme commun des Nations
Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA). Même si son utilisation suppose
son acceptance par le partenaire, c'est la seule méthode de
barrière qui soit sous le contrôle de la femme et qui offre
une protection contre le VIH.
On ignore pour autant l'étendue
de cette protection contre le VIH. Les chercheurs s'efforcent
par exemple de déterminer si l'accessibilité au préservatif
féminin s'accompagne d'une augmentation des rapports sexuels
protégés et par suite d'une baisse des taux de MST et, si
c'est le cas, dans quelles situations. Dans de nombreuses
régions, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie, les
taux d'infection par le VIH croissent rapidement. A l'échelle
mondiale, on estime que 16.000 personnes sont contaminées
chaque jour. Et, pour des raisons biologiques comme culturelles,
le risque de contracter le virus est plus élevé chez les femmes,
qui représentent ainsi 60 % des nouveaux cas.
Le préservatif féminin est
en polyuréthanne, une matière plastique plus solide que le
latex. C'est une gaine souple et ample présentant un anneau
flexible en plastique à chaque extrémité. Une fois inséré
par la femme dans le vagin, l'anneau interne s'adapte autour
du col utérin et sert d'ancrage. L'anneau externe demeure
hors du vagin pour protéger les grandes lèvres de la femme
et la base du pénis pendant les rapports sexuels. En 1993,
la U.S. Food and Drug Administration (FDA), a approuvé l'usage
unique du préservatif féminin en tant que contraceptif et,
si le partenaire n'utilise pas de contraceptif masculin, en
tant que moyen de prévention des MST.
Réutilisation
sans danger ?
Le préservatif féminin est
en général plus cher que le préservatif masculin. Si la femme
pouvait le remployer sans danger, son coût moyen par utilisation
chuterait, même si le prix à l'unité demeure inchangé. FHI
et des chercheurs d'une université en Afrique du Sud, l'université
du Witwatersrand, et plus exactement, du Reproductive Health
Research Unit (RHRU) de l'hôpital Baragwanath, à Soweto, sont
en train d'étudier cette question. Un lavage et un emploi
répétés peuvent-ils endommager le préservatif ? Le seul lavage
peut-il suffire à éliminer les agents pathogènes responsables
des MST ? La réutilisation peut-elle avoir des effets nocifs
sur le vagin ?
Une étude de FHI, dont les
résultats n'ont pas été publiés, a montré qu'un seul rapport
sexuel ne diminue en rien la solidité du préservatif féminin.
De plus, en laboratoire ce préservatif résiste parfaitement
à 10 lavages avec ou sans désinfection à l'eau de javel. Par
lavage, il faut entendre un nettoyage au savon doux et à l'eau
tiède, avec rinçage et séchage des deux faces du préservatif
par tamponnage avec une serviette de toilette. Quatre tests
de laboratoire ont permis de comparer les préservatifs utilisés
avec des préservatifs neufs : résistance à la traction des
joints (test d'élasticité), imperméabilité à l'eau (test d'étanchéité),
résistance à la pression d'air (test de gonflage) et résistance
à la propagation des déchirures.
«Nous savons maintenant que
ce préservatif reste intact après de multiples lavages, et
nous pensons qu'il faut passer à l'étape suivante, celle des
tests de réutilisation chez la femme», annonce Carol Joanis,
qui coordonne cette recherche chez FHI. FHI est en train d'étudier
les effets possibles d'un remploi du préservatif féminin sur
le vagin et sur le pénis. Des couples utilisant cinq fois
le même préservatif sont ainsi comparés à des couples employant
un nouveau préservatif à chacun des cinq rapports sexuels.
L'unité de recherche RHRU de
Soweto a étudié la résistance physique du préservatif féminin
et l'élimination des agents pathogènes dans des conditions
réelles avec des femmes qui utilisaient le même préservatif
jusqu'à sept fois. Si le préservatif se révélait intact après
un premier rapport sexuel et un premier lavage, la femme pouvait
passer à un nouveau préservatif qui serait utilisé et lavé
deux fois de suite ; si ce dernier résistait bien après deux
lavages, la femme passait ensuite à un troisième préservatif
à employer trois fois, etc. Les chercheurs avaient recommandé
l'emploi d'un détergent liquide pour nettoyer les préservatifs,
mais certaines femmes ont utilisé un pain de savon.
«Les premières données sont
toujours en cours d'analyse, mais les résultats obtenus semblent
prometteurs», indique Mags Beksinska, qui a collaboré à cette
étude de la RHRU. «A mon avis, une chose est primordiale :
il faut que la femme soit capable de détecter toute détérioration
du préservatif après sa réutilisation.»
Les femmes étaient testées
pour le Neisseria gonorrhoeae et le Gardnerella vaginalis.
Quand elles rapportaient leur préservatif utilisé et nettoyé,
le personnel du dispensaire procédait à des prélèvements vaginaux
et cervicaux par écouvillonnage. Les écouvillons étaient ensuite
analysés pour savoir quelles bactéries présentes dans le vagin
auraient pu être transmises au préservatif.
Les chercheurs ont trouvé que
de nombreux agents pathogènes d'origine externe, comme ceux
présents sur des serviettes de toilette souillées, pouvaient
contaminer le préservatif féminin, mais que leur faible concentration
ne devrait pas créer de problèmes dans un milieu vaginal sain.
Si ces résultats paraissent
prometteurs, la plupart des responsables de la santé publique
demeurent prudents. L'ONUSIDA et l'Organisation mondiale de
la Santé (OMS) prévoient la réunion d'un groupe d'experts
pour examiner cette question de la réutilisation du préservatif
féminin. «Nous savons qu'il s'agit d'une méthode importante
pour les femmes et nous voulons être certains d'agir dans
le meilleur de leurs intérêts», explique le docteur Peter
Fajans, un scientifique de l'OMS participant aux travaux de
ces experts. Leur groupe se composera de spécialistes en santé
féminine, en MST, en microbiologie, en science des matériaux
et en programmes de planification familiale.
Certaines femmes remploient
déjà leur préservatif. FHI a réalisé en Zambie une petite
étude auprès de 37 utilisatrices du préservatif féminin. Malgré
les instructions reçues qui recommandaient l'usage unique,
14 d'entre elles ont reconnu avoir employé leur préservatif
plus d'une fois. Certaines femmes avaient même utilisé quatre
fois le même préservatif. Deux des participantes, qui étaient
des prostituées, partageaient un préservatif en le lavant
à l'eau et à la bière après chaque usage. L'une de ces femmes
a expliqué aux chercheurs que «mon amie et moi n'avions souvent
qu'un seul préservatif et de nombreux clients. Nous nous sommes
mises à partager le même préservatif féminin, sous condition
que celle qui l'utilisait devait le rendre propre.» L'étude
a conclu que plus ce préservatif sera disponible, plus les
taux de réutilisation augmenteront, surtout dans les milieux
pauvres. «Les prestataires qui offrent le préservatif féminin
devraient répondre à cette situation en aidant les femmes
à le réutiliser au mieux, plutôt que de les laisser adopter
leurs propres solutions de "bon sens".»1
Pour réduire le coût d'utilisation
du préservatif féminin, on pourrait aussi développer un autre
modèle moins cher. C'est le cas du préservatif en latex Reddy
qui est en cours d'expérimentation. Il s'insère dans le vagin
avec une éponge au lieu d'un anneau interne. FHI et le Contraceptive
Research and Development Program (CONRAD), basé aux Etats-Unis,
sont en train de mener des tests d'acceptabilité et de performance.
Avec un prototype antérieur, l'éponge s'était révélée trop
petite et l'anneau externe s'arrachait parfois, en laissant
le préservatif dans le vagin, comme l'explique Mme Joanis
de FHI.
Prévention
des grossesses et des MST
Pour les chercheurs, le préservatif
féminin est un contraceptif efficace tant que son emploi demeure
«parfait», c'est à dire, correct et systématique. En utilisation
parfaite, le taux de grossesse à un an n'est que de 5 % contre
3 % avec le préservatif masculin. En utilisation typique,
son taux de grossesse passe à 21 % contre 14 % avec le préservatif
masculin. Ces taux de grossesse du préservatif féminin sont
tirés d'une étude conduite aux Etats-Unis et en Amérique latine,
à partir des grossesses non désirées enregistrées sur six
mois.2
Une étude antérieure réalisée
au Royaume-Uni avait conclu à une probabilité de grossesse
de 15 % à 12 mois.3 Plus récemment, une étude menée
au Japon a indiqué des taux de grossesse à six mois de 1 %
en utilisation parfaite et de 3 % en utilisation typique.4
Dans ce pays, le préservatif masculin est la principale méthode
de planification familiale.
Il n'existe que peu de données
sur la capacité de prévention des MST par le préservatif féminin.
En Thaïlande, les chercheurs ont observé que chez les prostituées
ayant accès à la fois au préservatif masculin et au préservatif
féminin, l'incidence des MST n'était que de 2,8 cas d'infections
pour cent femmes par semaine, contre 3,7 chez celles qui n'utilisaient
que le préservatif masculin. Ces chiffres ont été calculés
à partir des cas enregistrés de blennorragie, de chlamydiose,
de trichomonase et d'ulcération génitale sur une période de
24 semaines. Et dans le premier groupe, la fréquence des rapports
sexuels non protégés était inférieure (5,9 %) à celle du second
groupe (7,1 %), celui qui n'employait que le préservatif masculin.5
Dans le cadre d'une autre étude,
des femmes traitées pour une trichomonase se sont vues proposer
le préservatif féminin pour éviter une nouvelle infection.
Chez les participantes qui ont ensuite employé systématiquement
ce dispositif pendant 45 jours, aucun cas de réinfection n'a
été observé. Par comparaison, les taux de recontamination
étaient respectivement de 15 % et de 14 % chez les participantes
n'utilisant pas le préservatif de manière systématique ou
n'utilisant aucune protection.6
Des essais en laboratoire ont
montré que le préservatif féminin était imperméable à divers
agents pathogènes, dont le VIH.7 Comme les autres
MST favorisent la transmission du virus, toute diminution
de leur prévalence pourrait aider à réduire les cas d'infections
par le VIH. On peut aussi extrapoler l'efficacité prophylactique
du préservatif féminin contre le VIH à partir de son efficacité
contraceptive. «Chez les femmes ayant des rapports sexuels
deux fois par semaine avec un partenaire infecté, l'emploi
parfait du préservatif féminin pourrait réduire de plus de
90 % le risque annuel de contamination par le virus de l'immunodéficience
humaine», a conclu le docteur James Trussell de Princeton
University et ses collègues de FHI, en se basant sur les résultats
contraceptifs obtenus avec ce préservatif.8
Plusieurs travaux à petite
échelle ont montré qu'en rendant le préservatif féminin accessible,
on pouvait augmenter le nombre des rapports sexuels protégés.
En Zambie, les chercheurs de FHI ont suivi sur une période
de 12 mois des couples exposés à un haut risque de contamination
par le VIH. Ils ont noté que les couples qui préféraient le
préservatif féminin et qui recevaient un counseling adapté
avaient plus souvent des rapports protégés que ceux qui utilisaient
avant tout le préservatif masculin. Si la proportion des couples
qui recourait au préservatif féminin diminuait avec le temps,
celle des actes sexuels protégés par ce préservatif demeurait
constante. «L'utilisation du préservatif féminin s'est donc
renforcée chez un certain nombre de couples», écrivent les
chercheurs. «Il est probable que, avec l'expérience, l'attitude
des couples vis-à-vis du préservatif est devenue plus marquée,
avec certains abandonnant une méthode qu'ils n'aimaient pas,
et les autres l'employant au contraire de plus en plus.»9
Une étude menée aux Etats-Unis dans un centre de traitement
des MST a donné des résultats similaires.10
FHI poursuit actuellement sa
recherche au Bangladesh, au Kenya et au Mexique pour voir
si une meilleure accessibilité au préservatif féminin permet
d'augmenter le nombre des rapports sexuels protégés. Ce travail
devrait permettre d'évaluer l'impact que pourrait avoir des
pairs-éducatrices sur l'adoption du préservatif féminin par
les prostituées. Il devrait aussi permettre d'analyser d'autres
facteurs contribuant au non-emploi des préservatifs masculins.
Interventions
communautaires
Selon les résultats d'études
de petite taille, il semble que la diffusion des préservatifs
féminins au sein de certains groupes puisse s'accompagner
d'une réduction de la transmission des MST et du VIH. Mais
qu'en est-il dans la réalité ? Pour répondre à cette question,
FHI a organisé au Kenya une action communautaire auprès de
femmes travaillant et vivant sur des exploitations agricoles
équipées d'un dispensaire.
Les prestataires et les agents
communautaires qui participaient à cette action ont reçu une
formation sur la fourniture du préservatif masculin, ainsi
que sur la prévention et le traitement des MST. Sur certaines
exploitations, le préservatif féminin était aussi proposé,
avec formation des prestataires, counseling et initiatives
d'éducation communautaire à l'appui. Les chercheurs ont ensuite
suivi sur 12 mois quelque 1.600 femmes en s'intéressant aux
cas de blennorragie, de chlamydiose et de trichomonase.
«Nous espérions pouvoir démontrer
que l'accessibilité au préservatif féminin s'accompagnerait
d'une baisse des taux de MST», explique M. Paul Feldblum de
FHI, qui a coordonné cette étude. «Mais les résultats préliminaires
sur 12 mois indiquent que ce n'est pas le cas.»
Au début de l'étude, les taux
globaux de MST étaient similaires. Ils étaient comparables
sur les deux exploitations sur lesquelles le préservatif féminin
était proposé, comme sur celles où seul le préservatif masculin
était offert. Environ 24 % de l'ensemble des femmes étaient
initialement atteintes d'une ou plusieurs des MST suivies.
A 12 mois, ce taux se situait autour de 18 % dans les deux
groupes. «On a noté une considérable augmentation de l'emploi
du préservatif masculin, à la fois sur les sites de contrôle
et sur ceux d'intervention, ce qui est une bonne chose», fait
observer M. Feldblum. «Mais sur les sites d'intervention (ceux
sur lesquels le préservatif féminin était disponible), il
est possible qu'un phénomène de substitution ait eu lieu,
le préservatif féminin remplaçant le préservatif masculin
plutôt que de le compléter pour accroître le niveau de protection,
et réduisant ainsi le taux d'utilisation du préservatif masculin,
qui serait sinon encore plus élevé.»
Acceptabilité
Plus d'une quarantaine d'études,
la plupart menées avec de petits échantillons de femmes ou
de couples, ont révélé que le préservatif féminin est accepté
par un large éventail d'hommes et de femmes. Son apparence,
son insertion ou son bruit sont parmi les facteurs qui posent
parfois problème. Mais avec un bon counseling et un bon soutien,
la plupart des personnes le jugent favorablement. Bien des
hommes et des femmes le préfèrent au préservatif masculin.11
Des études conduites par FHI
au Kenya et au Brésil ont montré que le fait d'introduire
le préservatif féminin à travers des groupes de soutien affinitaires
aidait les femmes exposées aux MST à mieux négocier son utilisation
avec des partenaires réticents. «Ces femmes ont saisi qu'il
était initialement plus facile de présenter aux hommes le
préservatif féminin comme un contraceptif plutôt que comme
un moyen préventif contre les MST», explique le docteur Wangoi
Njau du Centre for the Study of Adolescence de Nairobi, au
Kenya. C'est grâce au groupe de soutien que les femmes ont
eu cette idée et ce n'est que progressivement qu'elles ont
amorcé la question des MST avec leur mari.12
Bien des questions subsistent
quant à l'acceptabilité à long terme. Ces dernières années,
des campagnes de marketing ont été lancées par Population
Services International, un organisme dont le siège est à Washington,
pour introduire le préservatif féminin dans des zones urbaines
de Zambie et du Zimbabwe à fort taux d'infections par le VIH.
Des études réalisées dans les deux pays indiquent qu'il faut
apporter aux femmes counseling et soutien pour que l'emploi
de la méthode demeure systématique. Une enquête a été conduite
auprès de 1.500 personnes dans des points de vente ou de distribution
de préservatifs féminins. En conclusion, indiquent les enquêteurs,
«un intense effort de counseling et d'éducation sur le préservatif
féminin, et notamment sur son insertion, sera sans doute essentiel,
si l'on veut que les femmes aient toujours l'intention d'adopter
la méthode et que ses utilisatrices demeurent motivées». Difficultés
d'insertion (27 %), aversion pour la méthode (27 %) et aversion
du partenaire pour la méthode (9 %) étaient les principales
raisons pour lesquelles les femmes interrogées voulaient cesser
de l'employer.13
«Nous avons besoin de savoir
quelles sont les stratégies d'introduction qui mèneront à
bien», résume Barbara de Zalduondo, coordinatrice d'une équipe
de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international
(USAID) qui travaille sur les préservatifs féminins. «Les
études qualitatives nous suggèrent que, lorsqu'on peut obtenir
d'un couple qu'il utilise trois fois le préservatif féminin,
il y a de fortes chances qu'il continue à employer la méthode.»
-- William R. Finger
Notes
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Services International, 1999.
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Projet
de promotion du préservatif féminin au Zimbabwe
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La récente introduction
du préservatif féminin au Zimbabwe illustre les difficultés
susceptibles de se poser si l'intérêt du grand public
est éveillé pour ce nouveau contraceptif. En revanche,
les avantages considérables que représente ce dispositif
pour la santé publique pourraient justifier les efforts
d'un marketing sélectif.
Au Zimbabwe, au terme
de la phase de prospection du marché, le préservatif
féminin a reçu le nom de «gaine de protection contraceptive»
pour le distinguer du préservatif masculin en latex,
qui est souvent réservé dans ce pays aux relations
sexuelles occasionnelles. L'effort de promotion a
visé les couples souhaitant une planification familiale,
au lieu des seules prostituées et autres travailleurs
du sexe.
Une étude a montré
que les abandons de la méthode s'expliquent sans doute
par «les difficultés d'insertion du préservatif, ainsi
que par un certain inconfort pendant les rapports
sexuels (surtout chez la femme).» Cette étude a aussi
révélé que le taux de continuation est supérieur quand
le préservatif sert avant tout de prophylactique (66
%) plutôt que de contraceptif (55 %).1
«Nous tentons de savoir
pourquoi les femmes l'emploient, avec qui et dans
quelles circonstances», précise Steven Mobley, chercheur
attaché à l'Horizons Project, un projet de recherche
et de prévention du sida dirigé par le Population
Council, dont le siège est à New York. «C'est un produit
qui peut être utile dans certains cas, quand la femme
se trouve dans une situation à risque et quand le
préservatif masculin n'est pas une option.» Réalisée
en collaboration avec Target Research, une société
zimbabwéenne, l'étude a été menée par Horizons Project
et par Population Services International, un organisme
basé à Washington qui coordonne la campagne de marketing
au Zimbabwe.
La décision d'employer
ce nouveau préservatif ne dépend pas que de la femme.
Pour certains experts, il serait donc préférable de
cibler les utilisatrices capables de négocier cet
emploi avec leur partenaire, tout en encourageant
parallèlement les hommes à l'accepter.
La campagne lancée
au Zimbabwe est fortement subventionnée. On ne peut
s'empêcher de se demander quel y serait le succès
de ce préservatif, si son prix augmentait pour couvrir
les frais réels. Il ne coûte actuellement que 12 cents
(US), soit encore environ 1 dollar pour huit unités.
Ce prix est bien inférieur à celui pratiqué aux Etats-Unis,
où, chez les détaillants, il avoisine 3 dollars l'unité.
Il ne représente aussi qu'une fraction des 65 cents
que le fabricant facture aux projets de prévention
contre le VIH, un prix déjà relativement bas en faveur
du secteur public. Mais il faut ajouter que, dans
les pays à forte prévalence de MST comme le Zimbabwe,
les préservatifs masculins sont eux aussi largement
subventionnés.
Selon une autre étude
sur le coût du préservatif féminin dans les zones
urbaines subsahariennes, il est probable que son subventionnement
soit, étant donné ses avantages pour la santé publique,
rentable en comparaison avec d'autres programmes de
planification familiale et de prévention des MST/VIH.
«Une telle intervention pourrait permettre d'économiser
les frais liés aux grossesses non désirées, aux MST
et aux infections par le VIH», a conclu avec ses collègues
le docteur Elliot Marseille de l'université de la
Californie à San Francisco. «Ces résultats suggèrent
que le préservatif féminin est un bon candidat pour
recevoir des subventions du secteur public. Il peut
en effet freiner les infections et, en conséquence,
réduire la dépense de fonds publics.»
Selon cette même étude,
il serait plus rentable de cibler les groupes à haut
risque comme les prostituées ou les autres femmes
susceptibles d'avoir des partenaires multiples. Les
chercheurs ont estimé le nombre de cas de grossesse,
de syphilis, de blennorragie et d'infection par le
VIH qui seraient évités par l'introduction du préservatif
féminin. Ils ont également évalué le montant des économies
à attendre pour le système public de santé, de même
que, entre autres coûts, celui unitaire de prévention
d'une infection par le VIH.2
-- William
R. Finger
Notes
- Horizons/Population
Council, Population Services International, Target
Research. Female Condom User Study in Zimbabwe.
New York: Population Council, 2000.
- Marseille E, Kahn
JG, Saba J. Cost-effectiveness of the female condom
in preventing HIV, STDs and pregnancy in urban Sub-Saharan
Africa. Unpublished paper. University of California
at San Francisco, n.d.
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Network, 2000, Volume 20, Numéro
2

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