Quelle
est l'efficacité des spermicides?
Si les spermicides
plaisent à certaines femmes, leurs utilisatrices ne doivent
en attendre qu'une protection limitée.
Pour bien des femmes souhaitant
une contraception, les spermicides semblent une option intéressante.
Dans les pays où ils sont disponibles, on se les procure habituellement
sans ordonnance et sans l'aide d'un prestataire. Leur emploi
est facile et peut parfois se faire à l'insu du partenaire
sexuel.
Les spermicides ne s'utilisent
qu'au moment des rapports sexuels. De plus, s'ils peuvent
incapaciter ou tuer les spermatozoïdes, et, s'ils ont parfois
des effets secondaires mineurs et localisés, ils n'ont pas
d'action systémique sur le corps de la femme. Enfin, ils existent
sous différentes formes et l'utilisatrice peut choisir entre
films, ovules, gelées, mousses, crèmes ou comprimés.
Employés seuls, les spermicides
comptent pourtant parmi les moins efficaces des contraceptifs
modernes : en utilisation typique, leur taux de grossesse
à un an est d'environ 26 %.1 Ils sont donc plutôt
indiqués pour les femmes qui ne peuvent pas ou ne veulent
pas employer une autre méthode contraceptive, ou pour celles
acceptant le risque d'une grossesse non désirée. Il est important
d'informer ces utilisatrices sur la contraception d'urgence,
une méthode d'appoint à laquelle elles pourront recourir en
cas de rapport non protégé (spermicide non utilisé ou mal
utilisé).
Par ailleurs, les femmes ne
doivent pas compter exclusivement sur les spermicides pour
les protéger contre les maladies sexuellement transmissibles
(MST). Il semble que le nonoxynol-9 (N-9) ait un effet prophylactique
modéré contre la blennorragie et la chlamydiose, mais les
chercheurs n'ont pu déterminer avec certitude son pouvoir
contre les MST virales, et notamment contre les infections
par le VIH. De fait, un usage répété de ce spermicide peut
irriter la muqueuse vaginale, augmentant théoriquement le
risque de transmission du VIH. Des études sont en cours pour
évaluer l'action prophylactique de diverses spécialités spermicides
actuellement sur le marché, comme celles contenant du chlorure
de benzalkonium ou de l'octoxynol-9.
Evaluation
de l'efficacité
Quel est le degré de protection
contre la grossesse offert par les spermicides ?
Les produits au N-9 sont utilisés
depuis plus de 40 ans. Pour leur première approbation en 1980
par la U.S. Food and Drug Administration (FDA), aucun essai
clinique rigoureux d'évaluation de leur efficacité contraceptive
n'avait été requis. Leur taux de grossesse de 26 % à un an
en utilisation typique reflète en réalité les résultats très
variables d'études difficiles à comparer : les valeurs relevées
s'échelonnent ainsi entre 0,3 et 37 %.2
FHI a conduit récemment une
étude dans cinq pays auprès d'environ 750 femmes. Extrapolés
à partir de données recueillies sur une période de six mois,
les taux de grossesse calculés à un an et en utilisation typique
ont été même supérieurs aux précédents : 40 % chez les femmes
utilisant un film spermicide contenant une dose moyenne de
N-9 (72 mg) et 44 % chez celles employant un comprimé moussant
à forte dose de N-9 (100 mg).3 Chez les femmes
sexuellement actives et n'utilisant aucune contraception,
le taux de grossesse à un an se situe autour de 85 %.4
Aux Etats-Unis, FHI est en
train de mener une importante évaluation de spermicides au
N-9 avec différentes doses et en plusieurs formulations. Cette
étude randomisée et contrôlée inclut 1.800 femmes. Son but
est de tester l'innocuité, l'efficacité, l'acceptabilité et
l'usage de ces spécialités. La FDA a recommandé que les fabricants
de spermicides soient obligés de conduire des essais cliniques
de grande échelle sur les produits déjà sur le marché, mais
elle attend les résultats de l'étude de FHI avant de prendre
une décision.
Alors que les chercheurs s'efforcent
de connaître les taux de grossesse réels des spermicides,
M. Markus Steiner, épidémiologiste de FHI, souligne que ces
taux peuvent être trompeurs. Comme pour les autres méthodes
de barrière, l'efficacité des spermicides repose en effet
largement sur un emploi correct et systématique. Selon cet
épidémiologiste, c'est ce point que prestataires et clientes
devraient considérer plutôt que de se fier aux taux de grossesse.5
Si les spermicides sont les moins efficaces des contraceptifs
actuels, c'est en général parce que les femmes les utilisent
d'une manière soit incorrecte, soit sporadique. Il est difficile
de savoir quelle est leur réelle efficacité en cas d'emploi
parfait, car une telle évaluation nécessite que les participantes
à un essai clinique fournissent en toute sincérité des informations
précises.
Pour qu'un spermicide soit
utilisé parfaitement, il faut que la femme l'emploie à chaque
rapport sexuel, qu'elle le place bien dans le vagin (sur le
col utérin ou proche de ce dernier) et ce moins d'une heure
avant l'acte sexuel, qu'elle laisse au spermicide le temps
de se dissoudre et de diffuser, qu'elle répète l'application
ou l'insertion si plus d'une heure s'est écoulée avant le
rapport sexuel, et qu'elle s'abstienne de toute douche vaginale
pendant au moins six heures après l'acte sexuel.
Comme les spermicides sont
souvent achetés en pharmacie ou distribués au niveau de programmes
communautaires, l'effort d'information sur leur efficacité
et sur leur emploi auprès des clientes peut être ardu.
Emploi
avec d'autres méthodes de barrière
Il n'est pas certain que l'emploi
des spermicides avec d'autres méthodes de barrière augmente
l'efficacité contraceptive. Comme le souligne M. Steiner de
FHI, la grande variabilité des résultats observés peut refléter
la manière plus ou moins parfaite d'utilisation des méthodes.
L'emploi d'un spermicide avec
les capes cervicales semble renforcer l'efficacité contraceptive
de ces dernières. Selon diverses études, le taux de grossesse
à un an varie entre 5 % et 21 % chez les femmes utilisant
cette double méthode.6 Chez celles n'employant
que la cape, ce taux va de 20 % pour les femmes nullipares
à 40 % pour les unipares et multipares en utilisation typique.
On ignore si l'emploi d'un
spermicide avec les diaphragmes augmente ou même diminue l'efficacité
contraceptive de ces derniers. D'après différentes études,
le taux de grossesse à 12 mois se situe entre 10 % et 21 %
chez les femmes utilisant les deux contraceptifs ensemble.7
Chez celles n'employant que le diaphragme, ce taux est compris
entre 1 % et 29 % en utilisation typique.
Il est en fait possible qu'en
utilisation typique le diaphragme seul soit un contraceptif
plus efficace qu'un diaphragme utilisé avec un spermicide.
L'emploi de la double méthode peut être compliqué et coûteux,
décourageant ainsi une utilisation systématique du diaphragme.
Les chercheurs ont spéculé qu'un emploi continu du diaphragme
serait plus pratique et peut-être plus systématique qu'un
emploi traditionnel (insertion peu avant le rapport sexuel
et retrait conseillé dans les 24 heures).
Deux études réalisées avec
un total de 1.670 utilisatrices portant un diaphragme en permanence
(jusqu'à un an dans une des études, et quatre ans dans l'autre)
ont permis de noter d'excellents taux de contraception. L'utilisation
continue du diaphragme sans spermicide donnait des taux de
grossesse de 3 % et 1 %, respectivement.8 Mais
c'est un taux de grossesse annuel de 24 % qu'ont observé les
chercheurs du Margaret Pyke Centre à Londres, dans le cadre
d'une autre étude financée par FHI. Cette étude a été conduite
auprès de 110 femmes portant elles aussi un diaphragme sans
interruption pendant 12 mois et ne se servant pas de spermicide.9
Dans ces trois études, les diaphragmes étaient retirés brièvement
chaque jour (en attendant au moins 6 heures après chaque rapport
sexuel) pour être nettoyés, puis immédiatement remis en place.
D'autres études ont montré
que l'emploi traditionnel du diaphragme (avec spermicide et
avec insertion peu avant l'acte sexuel) est plus efficace
que son emploi continu sans spermicide. Mais aucun écart significatif
n'a été trouvé.10 En général, les chercheurs n'ont
pas observé de différence entre les taux de discontinuation
pour raisons médicales de ces deux modes d'emploi du diaphragme.
L'emploi continu du diaphragme
sans spermicide est considéré comme une méthode expérimentale.
Il n'est pas recommandé pour un usage courant.
La promotion de l'emploi des
spermicides avec le préservatif masculin a fait l'objet de
débats et d'enquêtes. On se demande si, en incitant à l'emploi
de cette double méthode, on ne conduit pas en fait à un usage
plus sporadique du préservatif.
FHI a étudié comment l'accessibilité
aux spermicides peut influencer l'emploi du préservatif masculin.
Trois groupes de prostituées colombiennes ont ainsi été suivis
: le premier n'employait que des préservatifs, le deuxième
des spermicides avec les préservatifs, le troisième avait
pour instruction de recourir aux spermicides si le préservatif
n'était pas utilisé. Toutes les participantes avaient reçu
pour consigne d'utiliser un préservatif à chaque rapport sexuel.
D'après les déclarations des prostituées, 50 % de celles du
premier groupe employaient effectivement un préservatif à
chaque rapport. Cette proportion était encore de 40 % dans
le deuxième groupe. Mais, dans le dernier groupe, celui des
femmes auxquelles on avait demandé d'utiliser un spermicide
si le préservatif n'était pas employé, ce chiffre tombait
à moins de 5 %. Les chercheurs ont conclu que «la faible proportion
d'utilisations systématiques enregistrée dans le dernier groupe
devrait préoccuper les responsables des programmes de planification
familiale. Les prostituées sont peut-être moins motivées pour
exiger le port du préservatif si des spermicides sont proposés
en option à leurs clients potentiels.»11
L'emploi des spermicides avec
les préservatifs féminins est possible. Aucune étude n'a cependant
comparé l'efficacité de cette double méthode avec celle de
ce seul préservatif. (Le lubrifiant fourni avec ce dernier
n'est pas un spermicide.)
Le spermicide employé dans
les éponges contraceptives est considéré leur principal moyen
de prévention des grossesses. Elles ne sont donc pas utilisées
sans spermicide.
Effets
sur la santé
Le problème le plus fréquent
survenant avec l'emploi d'un spermicide est une irritation
des tissus génitaux chez la femme ou chez l'homme. Habituellement,
l'irritation n'est que passagère et disparaît quand le spermicide
n'est plus utilisé. Mais l'usage répété des spermicides peut
ulcérer la muqueuse utérine.
Il semble par ailleurs que
l'emploi d'un spermicide au N-9 augmente le risque d'infection
des voies urinaires (IVU) chez les femmes. Une telle infection
se caractérise par des mictions douloureuses, impérieuses
et fréquentes. Ce phénomène a été observé chez les femmes
utilisant soit un diaphragme avec un spermicide,12
soit des préservatifs traités en surface avec un spermicide,13
ou encore un spermicide seul.14 Les spermicides
semblent modifier le milieu vaginal, en permettant à des micro-organismes
comme Escherichia coli, le premier agent responsable des IVU,
de se multiplier et de se fixer plus facilement à la muqueuse
vaginale.15
Deux études américaines ont
notamment mis en évidence chez les jeunes femmes sexuellement
actives une nette relation entre IVU et utilisation répétée
soit du diaphragme avec un spermicide, soit du préservatif
traité avec un spermicide.16 Il faudra des travaux
complémentaires pour savoir si un usage plus fréquent des
spermicides seuls accroît également le risque d'IVU.
Il n'existe pas de lignes directrices
pour aider les prestataires à informer leurs clientes sur
l'éventuel risque d'IVU lié à l'emploi fréquent d'un spermicide.
«Les prestataires devraient cependant prévenir les clientes
qui utilisent un spermicide seul ou avec une autre méthode
de barrière du risque accru d'IVU», dit Elaine Murphy, conseillère
principale avec le Program for Appropriate Technology in Health,
basé aux Etats-Unis, et coprésidente d'une commission sur
les interactions entre clients et prestataires auprès de l'Agence
des Etats-Unis pour le développement international (USAID).
«Les prestataires devraient informer les femmes sur les signes
et les symptômes des IVU, et leur indiquer comment réagir
en présence de ces derniers. Ils devraient aussi pouvoir diriger
celles atteintes d'une IVU vers un centre de traitement. Et
il faudrait conseiller à celles souffrant d'IVU répétées de
considérer un autre moyen de contraception au lieu des spermicides.»
Les chercheurs ont aussi établi
un lien entre altération du milieu vaginal et vaginose bactérienne.
Cette infection courante est considérée comme un facteur de
risque pour des conditions pelviennes et obstétriques plus
graves. Mais les résultats des chercheurs suggèrent que l'emploi
d'un spermicide réduise le risque de vaginose bactérienne.
En laboratoire, plusieurs spermicides, comme le N-9, le chlorure
de benzalkonium et le menfégol, sont capables de tuer différents
micro-organismes associés à cette vaginose.17 Une
étude réalisée avec un échantillon d'environ 180 femmes, dont
66 employaient un spermicide au N-9, a montré une différence
significative de la fréquence des vaginoses bactériennes entre
les utilisatrices du spermicide (15 %) et les non-utilisatrices
(31 %).18 D'autres travaux seront nécessaires pour
clarifier ce point.
Il existerait un lien entre
l'utilisation des éponges imprégnées de N-9 et certaines mycoses
vaginales résultant d'une prolifération du Candida albicans.19
Mais l'emploi des spermicides seuls n'a pas pu être associé
clairement à une vaginite à Candida, car les données existantes
sont contradictoires.20
Acceptabilité
Ce sont les spermicides que
les femmes aiment employer qui seront utilisés le plus souvent,
rendant ainsi la méthode plus efficace en utilisation typique.
Et si les spermicides pouvaient également protéger contre
les MST, leur acceptabilité serait encore meilleure.
Plusieurs études sont en cours
pour évaluer l'acceptabilité des produits spermicides. Les
mousses, par exemple, se sont révélées trop salissantes et
trop lubrifiantes. C'est ce qu'ont montré les chercheurs de
FHI et ceux de l'University Teaching Hospital de Lusaka, en
Zambie, avec un échantillon de 114 femmes et de 150 hommes
qui consultaient dans un dispensaire de traitement des MST.
Comprimés moussants et ovules semblaient mieux acceptés.21
FHI a conduit une autre étude
d'acceptabilité des spermicides auprès de 162 clientes de
centres de planification familiale au Kenya, en République
dominicaine et au Mexique. Les chercheurs ont observé que
les films contraceptifs étaient préférés aux comprimés moussants.
Là-encore, parce qu'ils étaient mouillants et salissants,
les comprimés étaient inacceptables pour bien des femmes.22
Des discussions de groupe dirigées
conduites auprès de 77 femmes mexicaines à faible revenu ont
révélé que, pour ces utilisatrices, les spermicides étaient
les moins incommodants des contraceptifs de barrière. Mais,
pour la plupart de ces femmes, ces méthodes, y compris les
spermicides, tendaient à gêner leur intimité, parce qu'elles
inséraient le contraceptif juste avant le rapport sexuel.
Les chercheurs ont noté que si, en fait, les méthodes de barrière
féminines peuvent être insérées juste avant leur emploi, «il
semble que, dans cette communauté, le moment de l'acte sexuel
soit souvent difficile à prévoir et que la femme ne puisse
pas compter sur la patience de l'homme pendant qu'elle se
prépare.»23
«Les spermicides sont peu utilisés
au Mexique», confirme le docteur Susana Bassol, qui dirige
le service de biologie de la reproduction au Centro de Investigación
Biomédica de Torreón, au Mexique. «Ils ne sont pas distribués
par les programmes de planification familiale. De plus, ils
sont trop coûteux pour la plupart des femmes. Et leurs taux
de grossesse sont relativement élevés. Les prestataires ne
les recommandent que dans certaines situations, par exemple
lorsqu'une femme passe d'une méthode contraceptive à une autre,
ou quand elle allaite pendant une brève période.»
Au Kenya, «les spermicides
n'ont pas une très bonne image. Les clientes les croient salissants
et irritants. Elles pensent aussi qu'ils retardent l'acte
sexuel et que leurs taux d'échec sont élevés», déclare Nester
Theuri, qui coordonne les programmes du service de santé reproductive
pour le secteur privé de planification familiale au Kenya.
«Par ailleurs, de nombreuses femmes, surtout dans les campagnes,
n'aiment pas devoir toucher leurs parties génitales pour pouvoir
utiliser les spermicides.»
«De plus, il y a un manque
de counseling. Les prestataires de soins ne semblent pas très
enthousiastes à propos des spermicides pour la planification
familiale. En conséquence, ils ne disent pas à leurs clientes
comment les employer correctement.»
Si les spermicides sont peu
employés au Kenya, c'est également du fait de leur coût. Les
spermicides vendus par les sources commerciales sont chers,
notamment si la femme veut les employer en complément d'une
autre méthode dans un but contraceptif ou à des fins prophylactiques
contre les MST.
La situation est comparable
en Ouganda, de l'autre côté de la frontière. «Peu de femmes
utilisent les spermicides, surtout si elles sont mariées»,
précise Allen Nankunda, expert en communication auprès du
Delivery of Improved Services for Health Project, un projet
conjoint du gouvernement ougandais et de l'USAID. «Les clientes
des centres de planification familiale tendent à préférer
les méthodes de plus long terme, et celles qui sont plus faciles
à utiliser et plus efficaces. Ce sont les adolescentes non
mariées qui ont surtout tendance à employer les spermicides.»
Au Népal, les spermicides sont
accessibles depuis 1983, mais ils ne sont pas distribués par
les dispensaires gouvernementaux. Si les femmes peuvent se
procurer des comprimés moussants ou des films contraceptifs,
leur emploi est rare, comme l'indique Kamala Moktan de FHI,
une infirmière licenciée travaillant dans ce pays.
-- Kim Best
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