Révéler
les « secrets » de la contraception durgenceBeaucoup de prestataires et dutilisatrices potentielles sont peu informés sur la contraception durgence. Il y a beaucoup de femmes qui nont pas recours à la contraception durgence alors quelles en ont besoin. En général, elles ne savent tout bonnement pas que cela existe ou, si elles sont au courant, elles ignorent où se procurer cette méthode. En outre, il arrive aussi quelles ne savent ni comment ni quand lutiliser. PUB Certaines commettent lerreur de croire que cette forme de contraception provoque lavortement. Dautres sont persuadées quelle peut leur nuire, ou nuire au foetus si la femme est déjà enceinte. En outre, les idées fausses et le manque de connaissances sur la contraception durgence sont monnaie courante chez les agents de planification familiale. Diverses actions sont menées en vue de familiariser tant les femmes que les prestataires avec la contraception durgence, notamment au moyen de campagnes médiatiques et éducatives, de permanences téléphoniques, de projets innovants de commercialisation axés sur les femmes ainsi que par le biais de la formation des prestataires. On sait depuis le début des années 1970 que la prise de contraceptifs oraux peut réduire le risque de grossesse après un rapport non protégé. Depuis quelques années, les spécialistes de la santé de la reproduction encouragent le recours à la contraception durgence. Ainsi le Consortium de la contraception durgence, qui regroupe plus dune vingtaine dorganisations, sest-il fixé pour objectif de faire des pilules contraceptives durgence une composante type des soins de santé de la reproduction dans le monde entier. Les efforts quil a déployés pour introduire la contraception durgence dans des endroits aussi divers que le Kenya, le Mexique, lIndonésie et le Sri Lanka sinscrivent dans une perspective très étendue. Le Consortium sest employé à évaluer les besoins des utilisatrices et les capacités des services ; à faire valoir les avantages de cette méthode ; à sélectionner les produits, et parfois à les enregistrer ; à formuler des plans de diffusion ; à informer les clientes potentielles ; à former les prestataires ; et à surveiller et à évaluer les services relatifs à la contraception durgence.1 Les raisons de son emploi limité Des sondages effectués par le Consortium peu avant ses tentatives dintroduction de la méthode ont révélé que la majorité des utilisatrices potentielles étaient peu informées à ce sujet. « Au moment de la mise en route dun programme dintroduction au Kenya en 1996, environ 10 % des 282 clientes interrogées avaient entendu parler de la contraception durgence », fait observer le docteur Esther Muia, maître de recherche à Nairobi pour le Population Council, lun des membres de ce consortium. Cest Pathfinder International qui coordonnait le programme administré au Kenya, avec le concours du Population Council. Au départ, 18 % seulement des femmes interrogées au Mexique et moins de 5 % de celles sondées en Indonésie avaient entendu parler de la contraception durgence. De même au Sri Lanka, les utilisatrices potentielles étaient peu informées, et ce bien que le taux demploi des contraceptifs dans ce pays soit, à 67 %, lun des plus élevés de lAsie du sud. Le désir de prévenir la grossesse peut être ressenti de manière particulièrement aiguë chez la femme qui a été contrainte à un rapport sexuel. En interrogeant 825 femmes vivant dans des camps de réfugiés au Kenya, lInternational Rescue Committee (IRC) a constaté que moins de la moitié dentre elles savaient quelles pouvaient empêcher une grossesse potentielle après un rapport non protégé.2 « Sur les femmes interrogées dans ces camps et qui disaient avoir subi des rapports forcés, 11 % seulement avaient entendu parler de la contraception durgence, alors que cette méthode était disponible à lhôpital du camp », déclare Fariyal Fikree, qui a conduit, avec le docteur Muia et dautres collègues du Population Council, létude réalisée en association avec lIRC. « En outre, les agents de santé étaient nombreux à ne pas savoir comment dispenser la contraception durgence. » Les chercheurs ont constaté que les jeunes femmes étaient systématiquement mieux informées que leurs aînées, mais que leurs connaissances étaient en général superficielles.3 Même les femmes bien informées peuvent sabstenir de recourir à la contraception durgence quand elles en ont besoin parce quelles ne veulent pas envisager la possibilité de tomber enceintes. La tendance à ignorer ou à sous-estimer léventualité de la grossesse, particulièrement chez les jeunes femmes, peut amener certaines personnes à courir le risque de se retrouver enceintes plutôt quà utiliser la contraception durgence sans tarder.4 La conviction, non fondée, que la contraception durgence va provoquer un avortement ou compromettre la santé peut dissuader certaines femmes dy recourir. Pourtant, les experts de FHI et dautres encore sont formels : la contraception durgence ne met pas fin à une grossesse déjà établie et, partant, elle nest pas assimilable à une méthode abortive. La contraception durgence empêche la grossesse de se produire de diverses manières. Elle peut empêcher ou retarder lovulation, cest-à-dire la libération de lovule contenu dans lovaire. Si elle est utilisée après lovulation, elle pourrait peut-être empêcher le spermatozoïde de féconder lovule. Une autre possibilité, cest quelle perturbe limplantation de lovule dans lutérus. Les malformations congénitales ne sont pas plus nombreuses parmi les nouveau-nés dont la mère a, par accident, pris des contraceptifs oraux après la conception que parmi ceux dont la mère na pas fait ceci. Une analyse de 12 études effectuées depuis 1969 na mis en évidence aucune association entre les pilules contraceptives orales et les malformations congénitales. Un tel lien est absent même lorsque la femme a pris pendant la grossesse des contraceptifs oraux fortement dosés et contenant jusquà 150 µg doestrogène par pilule (une dose de pilules contraceptives durgence contient 100 µg doestrogène).5 Lutilisation systématique des pilules contraceptives durgence, à la place des pilules ordinaires, nest pas recommandée pour des raisons qui nont rien à voir avec la santé. Ces pilules sont en effet moins efficaces que la plupart des autres méthodes de planification familiale. En outre, beaucoup dutilisatrices se plaignent de nausées. Rares sont les cas où la prise de pilules contraceptives durgence compromet la santé de lutilisatrice. Deux études ont ainsi constaté que lemploi à court terme de pilules combinées, au titre de la contraception durgence, nentraînait pas laccroissement du risque de thrombo-embolie.6 Rien nindique que la prise répétée de pilules progestatives durgence pose des risques pour la santé, indépendamment des circonstances. Leur utilisation routinière et fréquente pourrait toutefois perturber le cycle menstruel, ce qui nest pas toujours accepté par les femmes.7 Informer les femmes Pour un nombre croissant de femmes dans le monde entier, un simple coup de fil permet de recevoir des informations sur la contraception durgence. Ces cinq dernières années ont en effet vu létablissement de plusieurs permanences téléphoniques qui dispensent des informations essentielles, notamment sur les prestataires disposés à la prescrire, son mode demploi, ses effets secondaires possibles et son prix. Au Sri Lanka, une permanence téléphonique consacrée à la contraception durgence reçoit plus de 75 appels par jour à léchelle nationale. Mis en route par lassociation de planification familiale du Sri Lanka (FPASL), ce service bénéficie de lappui du Consortium de la contraception durgence ainsi que du concours de lassociation américaine PATH (Program for Appropriate Technology in Health) et de lOrganisation mondiale de la Santé, à Genève. « La mise en place dune permanence téléphonique a été lune des mesures les plus utiles que nous ayons prises dans le cadre de notre programme de mise en valeur de la contraception durgence », se félicite Daya Abeywickrema, directeur exécutif de la FPASL. « Nous ne nous attendions pas à recevoir beaucoup dappels, mais nous en avons enregistré plus de 8.000 pendant les deux premières années. » La diversité des questions posées témoignait de la nécessité de fournir une information de grande ampleur. Environ le quart des personnes qui téléphonaient voulaient savoir comment utiliser la contraception durgence ; le retard des règles inquiétait un quart de personnes de plus ; 18 % demandaient où acheter les pilules ; 11 % voulaient connaître le nom dun produit contraceptif durgence ; 9 % posaient des questions sur les effets secondaires et 6 % sinterrogeaient sur le prix. Le projet de mise en valeur de la contraception durgence prévoyait également une vaste campagne publicitaire, la dissémination dinformations par le biais démissions télévisées, de programmes radiophoniques et dans la presse écrite, ainsi quune campagne de sensibilisation effectuée par 50.000 volontaires sur le terrain.8 Au Mexique, une permanence téléphonique du même genre, établie en 1999, reçoit environ 10.000 appels par mois. Elle sinscrit dans une initiative qui comprend également un site internet (Voir le document) consacré à la contraception durgence. La diffusion de cartes postales dans les restaurants aussi bien que de prospectus lors des concerts de rock et dans dautres manifestations populaires auprès des jeunes constitue un autre moyen de faire connaître la contraception durgence. Le Population Council a effectué des sondages avant et après les activités de dissémination entreprises au Mexique pour évaluer le niveau de connaissances et les opinions sur cette méthode. « En partie peut-être à la suite de leffort dinformation engagé au Mexique, près du tiers des 806 utilisateurs des deux sexes de la planification familiale interrogés en lan 2000 avaient entendu parler de la contraception durgence, contre moins dun cinquième des 1.127 clients qui avaient été sondés en 1997 », constate Angela Heimburger, du Population Council, qui a passé les quatre dernières années à faire des recherches sur la contraception durgence au Mexique. Aux Etats-Unis, les femmes peuvent obtenir des informations sur les services de contraception durgence en appelant une permanence téléphonique nationale ou en consultant un site internet (Voir le document). Dans les Etats du Connecticut, de Géorgie, du Maryland et de la Caroline du Nord, les femmes peuvent se faire rapidement prescrire des pilules contraceptives durgence en appelant une permanence téléphonique. (En Caroline du Nord, FHI apporte son concours aux filiales de Planned Parenthood qui proposent un tel service.) Dans lEtat de Washington, les pharmaciens sont encouragés à fournir une contraception durgence directement aux clientes, en liaison avec les médecins qui rédigent les ordonnances.9 En outre, le fait de fournir sur le lieu de travail des informations concernant la contraception durgence a contribué à faire connaître cette méthode. Environ 400 ouvriers des deux sexes, répartis entre quatre usines de Tijuana, au Mexique, ont reçu des informations sur la contraception durgence ainsi que des trousses contenant des pilules contraceptives durgence en vue de la prévention de la grossesse et des préservatifs comme moyen de protection contre les infections sexuellement transmissibles. « Le Population Council, en liaison avec lorganisation non gouvernementale locale Fronteras Unidas Pro Salud, a choisi cette population en partie parce que nous escomptons un besoin spécial de contraception durgence », explique Sandra García, qui est associée au programme du Population Council au Mexique. « Beaucoup douvriers sont jeunes, et les jeunes ont tendance à avoir des rapports spontanés et non protégés plus souvent que leurs aînés. En outre, parce que leurs horaires sont longs et irréguliers, ces ouvriers ont du mal à accéder aux services de santé de la reproduction. » Une cinquantaine douvriers et ouvrières (13 %) ont rapporté les trousses chez eux. Fait notable, près de la moitié des personnes ayant participé aux séances de formation sur le lieu de travail, à Tijuana, étaient des hommes, et le Population Council envisage maintenant de concevoir à leur intention une information sur la contraception durgence. Rares sont les campagnes axées sur la contraception durgence qui sadressent aux hommes. On peut toutefois citer le cas des jeunes hommes originaires des îles asiatiques du Pacifique et vivant à Seattle, dans lEtat de Washington, qui ont reçu des brochures sur ce thème. Cette initiative, que lon doit à lassociation International Community Health Services en liaison avec PATH, sinsère dans un programme visant la santé de la reproduction de ce groupe minoritaire. « Nous nous heurtons à des obstacles qui sont propres à ce groupe, par exemple sur le plan linguistique, culturel et de lacculturation, ou compte tenu du manque de matériel éducatif qui soit pertinent sur le plan culturel », fait observer Nhan Tran, spécialiste de programme pour cette initiative. « Cette brochure sur la contraception durgence visait à répondre à cet état de fait. » Contrairement aux brochures sur ce thème qui sont destinées aux femmes, celle qui a été conçue pour les hommes ne contient pas beaucoup dinformations sur les produits disponibles. Mais elle encourage vivement les hommes à se montrer solidaires des décisions prises par leurs partenaires en matière de santé de la reproduction. « La plupart des hommes sont contents de recevoir une information, préparée spécialement pour eux, sur un sujet normalement considéré féminin », constate Nhan Thran. Le niveau de connaissances des prestataires Il y a des prestataires qui connaissent depuis longtemps la contraception durgence et qui nhésitent pas à la proposer, même sils sont obligés de diviser des plaquettes de contraceptifs oraux classiques. Ce genre de pratique sobservait couramment dans les cliniques publiques et les dispensaires de planification familiale du Brésil avant la mise sur le marché, en 1998, dun produit spécifiquement conçu pour la contraception durgence. Ce dernier contient en effet le dosage voulu et un mode demploi. Mais un tel degré dingéniosité et de confiance en matière de prescription de pilules contraceptives durgence relève de lexception. De nombreuses études ont démontré que les prestataires avaient des connaissances insuffisantes et des idées fausses sur ces pilules, en particulier lorsquelles nétaient pas formulées spécifiquement pour la contraception durgence. En outre, il arrive souvent que même les prestataires qui sont au courant de cette méthode ne la proposent pas aux femmes susceptibles den avoir besoin. Une enquête effectuée au Ghana en 1997 par des chercheurs de FHI en collaboration avec lorganisation ghanéenne Research International a évalué le niveau de connaissances des agents sanitaires sur la contraception durgence. Lenquête a révélé que le tiers environ des 325 prestataires interrogés avaient entendu parler de cette méthode, mais quaucun dentre eux ne savait la prescrire correctement.10 En conséquence, FHI va apporter son concours à lassociation ghanéenne de planification familiale en vue de former des prestataires dans huit dispensaires à la contraception durgence. Une enquête effectuée récemment auprès de 775 dispensaires de planification familiale aux Etats-Unis a révélé que 140 dentre eux ne dispensaient pas de pilules contraceptives durgence. Les raisons les plus fréquemment invoquées regroupaient le manque de demande (46 %) et linsuffisance de la formation des prestataires (22 %).11 FHI a apporté son concours, dans le cadre de cette enquête, à la National Family Planning and Reproductive Health Association et à la National Association of Nurse Practitioners in Womens Health Organizations. En 1996, au moment de la mise en route du projet parrainé par le Consortium en vue de promouvoir le recours à la contraception durgence au Kenya, moins de la moitié des quelque 90 prestataires interrogés avaient entendu parler de cette méthode. Environ deux cents prestataires ont ensuite bénéficié dune formation sur les diverses posologies, lefficacité de la méthode, ses mécanismes daction, ses indications et contre-indications, ses effets secondaires, la pré-sélection des clientes et le counseling. En lespace de trois ans, le pourcentage des prestataires qui avaient entendu parler de la contraception durgence avait presque doublé en passant de 46 % à 88 %. Le pourcentage de ceux qui dispensaient cette méthode avait plus que quadruplé : de 15 %, il était passé à près de 70 %.12 -- Kim Best Notes
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