Ajouter
le traitement des MST à la PF peut rendre les services plus
accessibles tout en réduisant leur coût.
En réponse
aux besoins de leur clientèle et aux appels des défenseurs
des droits de la femme, les prestataires de soins de santé
recherchent des moyens d'intégrer le traitement des maladies
sexuellement transmissibles (MST) dans les programmes de planification
familiale.
Une
important question qui se pose à propos de cette intégration
est celle du coût des nouveaux services. L'analyse des coûts
peut guider les décideurs et fournir des données détaillées
en vue d'établir le budget des programmes.
La Conférence
internationale sur la population et le développement tenue
au Caire en 1994 a recommandé qu'on aborde la santé de la
reproduction dans son ensemble au lieu de mettre étroitement
l'accent sur la planification familiale. La prévention et
le traitement des MST sont considérés comme indispensables
à cette approche parce que certaines des MST favorisent la
transmission du virus vecteur du sida, source majeure de préoccupation
à travers le monde dans le domaine de la santé.
Plus
de 330 millions de nouveaux cas de MST guérissables font leur
apparition chaque année et, en plus d'accroître la transmission
du VIH, ces maladies sont une source de souffrances et d'infécondité
pour les deux sexes. Cependant, les femmes sont biologiquement
plus prédisposées que les hommes aux MST, les symptômes sont
moins apparents chez elles et le diagnostic plus difficile.
Les femmes sont en outre exposées à de graves conséquences,
notamment la maladie inflammatoire pelvienne (MIP), le cancer
du col et la mort. Les femmes enceintes infectées par une
MST risquent une grossesse extra-utérine, une fausse couche,
un accouchement prématuré et la mise au monde d'un enfant
mort-né. Le nouveau-né, quant à lui, risque une pneumonie,
la cécité ou même la mort. Tous ces risques sont coûteux pour
les individus comme pour la société en termes de dépenses
médicales et de perte de productivité.
Les
MST affectent d'ores et déjà les activités des services de
planification familiale. Ainsi, une femme atteinte d'une MST
ou risquant de l'être ne devrait pas utiliser de DIU. Les
méthodes de barrière, en particulier les préservatifs, sont
plus indiqués, étant donné qu'ils peuvent protéger contre
les MST. Les clientes menacées peuvent également associer
l'utilisation d'un préservatif à celle d'un autre contraceptif.
De plus, certaines femmes considèrent à tort une infection
de l'appareil reproducteur comme un effet secondaire de la
méthode de contraception qu'elles utilisent, déclare le docteur
John Townsend, associé principal du Population Council en
Inde. L'intégration du traitement des MST dans la planification
familiale peut permettre d'améliorer les soins fournis aux
clientes, assurer une plus longue utilisation des contraceptifs
et procurer de plus grandes économies aux programmes de planification
familiale en raison de la diminution des visites nécessaires,
renchérit-il.
Au niveau
des politiques, l'analyse des coûts peut faire ressortir les
coûts et les avantages relatifs des services pour MST et montrer
comment ils devraient être financés. Bien que le traitement
des MST puisse économiser de l'argent à long terme, le coût
du maintien des laboratoires, la formation du personnel et
l'approvisionnement en produits pharmaceutiques peuvent cependant
constituer un fardeau supplémentaire pour des budgets de la
santé déjà surchargés. Par exemple, une étude réalisée dans
cinq dispensaires de Bangkok par le projet AIDSCAP de prévention
et de lutte contre le sida géré par FHI a révélé que les services
pour MST coûtaient en moyenne de 19 à 25 dollars US par patient,
alors que le gouvernement thaïlandais ne dépensait à l'époque
que 20 dollars US par habitant pour l'ensemble de ses besoins
sanitaires.1
Mais
les décideurs doivent aussi être conscients des avantages
de l'intégration, même ceux qu'on ne peut pas quantifier,
déclare Stephen Forsythe, économiste d'AIDSCAP spécialisé
dans la santé. "Quand on procède à l'analyse des coûts, il
faut mettre l'accent non seulement sur les coûts mais aussi
sur les avantages obtenus", qui comprennent une réduction
à long terme des coûts médicaux, un accroissement de la productivité,
des économies pour les employeurs et une diminution de la
souffrance et des taux d'infécondité et de mortalité chez
les clients", souligne-t-il. Ces avantages apparaissent rarement
dans le bilan d'un programme de planification familiale mais
il convient néanmoins d'en tenir compte au niveau des prises
de décision, déclarent les experts.
"Parmi
toutes les options possibles en matière d'investissement sanitaire,
les interventions dans le domaine de la santé reproductive
sont parmi les plus payantes", affirment Iain Aitken et Laura
Reichenbach, de l'Ecole de la santé publique de l'université
Harvard, qui ont étudié des programmes en Afrique et en Asie.2
Calculé sur la base d'une année d'existence en bonne santé,
le traitement des MST est l'une des options les moins coûteuses
en matière de santé reproductive.
Un rapport
de FHI conclut que de nombreuses organisations internationales
considèrent le traitement des MST comme un élément indispensable
d'un programme polyvalent de santé reproductive mais les avis
diffèrent quant au choix des services à offrir. Les auteurs
du rapport exhortent les décideurs à planifier méthodiquement
les programmes polyvalents de santé reproductive, en commençant
par identifier les objectifs sanitaires nationaux, puis en
décidant quels nouveaux services de santé reproductive sont
nécessaires pour atteindre ces objectifs. Ensuite, les pays
devraient étudier les différentes sources de financement ainsi
que les conditions à remplir pour en recevoir, puis établir
une stratégie permettant de mettre en vigueur les nouveaux
services.3
Des
services efficaces par rapport à leur coût
En ce
qui concerne les programmes, l'analyse des coûts peut être
utilisée pour décider si les services de MST cadrent avec
le budget, pour identifier celles parmi les diverses interventions
qui seront les plus rentables et pour voir comment assurer
la pérennité des services. "La pérennité devrait être incorporée
dès le début dans la planification du projet", explique M.
Forsythe. "Les planificateurs devraient trouver des moyens
d'assurer la durabilité des services au lieu d'agir une fois
que le financement a pris fin." Lors de l'analyse des coûts,
il est important de se concentrer sur les besoins des clients
et la qualité des services, estiment les experts.
L'intégration
du traitement des MST dans la planification familiale peut
rendre les services plus accessibles, permettre d'atteindre
un réseau de femmes sexuellement actives et réduire les coûts.
C'est ainsi qu'une étude réalisée par le Population Council
dans les dispensaires de Mombasa (Kenya) administrés par la
Mkomani Clinic Society a révélé qu'offrir les services pour
MST à une cliente symptomatique venue demander des contraceptifs
oraux durant la même visite coûtait environ 8,60 dollars US,
alors qu'offrir ces services séparément en aurait coûté 12,40.
La différence, qui ne comprenait pas les frais initiaux d'intégration,
était attribuable principalement aux économies réalisées dans
les frais généraux et le coût du personnel.4
Il est
indispensable de décider quels services sont les plus efficaces
par rapport à leur coût. Les meilleures méthodes d'évaluer
cette efficacité tiennent compte de la prévalence locale des
MST, du climat culturel et des besoins des clientes, en plus
des ressources disponibles. La méthode la plus indiquée et
la plus rentable pour certains programmes de planification
familiale peut consister à demander aux clientes à risque
de s'adresser à des dispensaires pour MST. Une autre solution
simple et souvent moins onéreuse pour faire face aux MST consiste
à recourir à la prévention -- c'est-à-dire à l'éducation et
à la distribution de préservatifs -- méthode largement utilisée
dans la lutte contre le VIH. D'autres dispensaires prennent
des mesures pour évaluer, diagnostiquer et traiter les clientes,
et même prévenir leurs partenaires.
Cependant
un petit nombre seulement d'études détaillées ont porté sur
l'analyse des coûts pour déterminer quelles interventions
seraient les plus efficaces par rapport aux coûts, c'est-à-dire
celles qui permettraient de résoudre à moindre frais un problème
particulier.
Aux
Etats-Unis, la Chlamydia est la plus courante des MST bactériennes,
avec quatre millions de nouveaux cas chaque année. Comme pour
beaucoup d'autres MST, ce type d'infection est souvent asymptomatique
chez la femme. La plupart des femmes infectées ne montrant
aucun signe de cette infection qui risque cependant de mener
à la MIP, à l'infécondité ou à d'autres séquelles graves.
C'est pourquoi les dispensaires de planification familiale
sont à la recherche d'un moyen efficace de dépistage systématique
et de traitement des femmes qui en sont atteintes.
Dans
une étude menée dans le nord-ouest des Etats-Unis, les chercheurs
voulaient déterminer lequel de deux types de dépistage de
la Chlamydia -- un dépistage sélectif ou un dépistage universel
-- serait le plus efficace par rapport au coût. Ses auteurs
ont évalué plus de 11.000 clientes de planification familiale
et 19.000 patientes atteintes d'une MST auxquelles on avait
fait subir un examen pelvien et posé des questions sur leur
âge et leurs antécédents sexuels. Puis toutes les clientes
ont été soumises à des analyses pour déceler une infection
éventuelle par la Chlamydia trachomatis en utilisant un test
de détection des anticorps par immunofluorescence directe,
un test ELISA (Enzyme-Linked Immunosorbent Assay, ou épreuve
immuno-enzymatique), une sonde d'ADN ou une culture cellulaire.5
La présence
de Chlamydia a été observée chez 6 pour cent environ des femmes
et celles qui étaient âgées de moins de 20 ans avaient le
plus de chances d'être infectées. Quand ils ont pris en considération
les coûts médicaux et la perte de productivité entraînés par
cette infection, les chercheurs ont conclu qu'un dépistage
chez toutes les clientes de planification familiale serait
plus efficace, par rapport au coût, qu'un dépistage sélectif,
si la prévalence de l'infection dépassait 3 pour cent. En
ce qui concerne les clientes des services pour MST, le dépistage
sélectif serait plus efficace par rapport au coût tant que
la prévalence ne dépasserait pas 7 pour cent parce que les
critères de dépistage permettaient mieux d'identifier les
femmes infectées.
Une
étude antérieure réalisée dans des dispensaires de planification
familiale de Californie a révélé qu'un dépistage universel
de l'infection à Chlamydia serait rentable grâce aux économies
médicales à long terme qui seraient réalisées si la prévalence
de l'infection n'était que de deux pour cent.6
Les
résultats obtenus aux Etats-Unis ne peuvent cependant pas
être utilisés pour prédire la situation dans les pays en développement.
Les coûts varient grandement en fonction de plusieurs facteurs
tels que la situation géographique, la prévalence et le type
de maladie ainsi que l'intervention faisant l'objet d'évaluation.
Dans les pays en développement, une prise en charge syndromique
des MST, plutôt que le recours aux examens de laboratoire,
pourrait être envisagée pour les femmes symptomatiques en
raison de son coût moins élevé. Les loyers, les salaires,
le coût des médicaments et les autres frais varient aussi
grandement.
Peu
d'études conduites dans les pays en développement analysent
le coût des différentes stratégies visant à déterminer quelles
femmes seront traitées. Dans l'une des premières études de
ce genre, Laura Fox et Alan Spruyt de FHI ont collaboré avec
des chercheurs de la Jamaïque pour étudier l'efficacité par
rapport au coût d'interventions relatives aux MST dans deux
dispensaires de planification familiale de Kingston (Jamaïque).
Ils ont aussi évalué la prévalence de la blennorragie, la
syphilis et la trichomonase ainsi que les infections à Chlamydia
et identifié les facteurs de risque de MST parmi les clientes
des dispensaires.7
Les
chercheurs ont examiné diverses méthodes de diagnostic pour
déterminer quelle serait la plus efficace par rapport au coût
et celle qui permettrait le mieux d'identifier et de traiter
les clientes atteintes de MST. Toutes les clientes participantes
ont été interrogées et ont fait l'objet d'une analyse d'urine
(dite l'estérase leucocytaire) réalisée à l'aide d'une bandelette
réactive peu coûteuse, ainsi que d'un examen pelvien et de
tests de laboratoire. Les questions posées à chaque femme
portaient sur son âge, ses antécédents et symptômes sexuels
et ceux de son partenaire. Le coût de la main-d'oeuvre, des
médicaments et d'autres articles associés à chaque méthode
de dépistage était calculé, exception faite de la formation
du personnel et de l'équipement.
L'efficacité
relative de chaque stratégie par rapport à son coût a été
évaluée en comparant les coûts pour chaque infection identifiée
ou traitée. Les conclusions de l'étude ont ensuite été analysées
pour déterminer quelle intervention ou ensemble d'interventions
seraient les plus indiqués dans ces dispensaires.
Sur
767 clientes de planification familiale testées, 26 pour cent
avaient au moins une MST et 14 pour cent des 767 clientes
souffraient d'une infection du col par la blennorragie ou
la Chlamydia. L'interrogatoire des clientes accompagné d'une
analyse d'urine a permis de déceler une infection du col chez
les trois quarts des femmes. Quand on a ajouté à l'intervention
un examen pelvien sans test de laboratoire, on n'a diagnostiqué
que 4 pour cent supplémentaires de femmes infectées. En outre,
un traitement a été suggéré à tort pour 5 pour cent des femmes
non infectées et ces mesures supplémentaires ont augmenté
de 38 pour cent (15 dollars US) le coût du traitement et de
l'identification de chaque MST traitée et identifiée.
"L'interrogatoire
des clientes et les analyses d'urine ne permettent malheureusement
pas d'identifier toutes les personnes infectées", prévient
Mme Fox. "Mais cette méthode est davantage à la portée des
programmes de planification familiale du monde entier que
les examens pelviens, qui coûtent très cher sur le plan de
la formation et de l'équipement, sans améliorer sensiblement
l'identification des MST", poursuit-elle. Avec toutes les
stratégies, à l'exception des diagnostics basés sur des tests
de laboratoire, un certain nombre d'infections n'ont pas été
détectées et le diagnostic s'est avéré faussement positif
pour un grand nombre de femmes non infectées. Les chercheurs
ont recommandé comme solution minimum l'éducation et la promotion
des préservatifs et le recours à des stratégies moins onéreuses
basées sur des méthodes telles que l'évaluation des risques
et les tests de l'estérase leucocytaire, qu'ils considèrent
comme les meilleures options actuelles pour les services de
MST qui s'adressent à des clientes de milieux démunis.
Network,
Hiver 1998, Volume 18, Numéro 2 .

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