Services
améliorés pour les jeunes et les hommes
L'adjonction des services
de prise en charge des IST à ceux de planification familiale
privilégie la prévention.
Pour aider à combattre
la propagation du VIH et des infections sexuellement transmissibles
(IST), les programmes de planification familiale et de santé
maternelle explorent de nouvelles idées et cherchent
notamment les moyens d'atteindre les hommes et les adolescents.
Dans le passé, les efforts
d'intégration des services d'IST dans les programmes
de planification familiale ou de santé maternelle et
infantile se sont surtout attachés à l'éducation
et au traitement des clientes traditionnelles, typiquement
une femme n'ayant qu'un partenaire sexuel et souhaitant éviter
une grossesse. Aujourd'hui, certaines organisations de planification
familiale ne se contentent pas de trouver de nouveaux moyens
d'atteindre les hommes et les adolescents : elles encouragent
aussi l'usage du préservatif masculin pour sa double
protection anticonceptionnelle et anti-infectieuse, elles
soutiennent les initiatives communautaires de promotion du
préservatif, et elles incluent dans leur counseling
la question des rôles sexuels et des relations entre
les sexes afin d'aider les femmes à convaincre leurs
partenaires d'utiliser le préservatif.
« La littérature
existant sur la question d'intégration des services
s'est tellement limitée à la prise en charge
syndromique des IST parmi les clientes des centres de planification
familiale qu'on perd facilement de vue ce que l'intégration
pourrait et devrait inclure », déclare le docteur
Ian Askew, qui travaille pour le Population Council au Kenya
et qui a beaucoup écrit sur le sujet. On parle de prise
en charge syndromique quand diagnostic et traitement se basent
sur les signes et les symptômes présentés
par une cliente plutôt que sur des tests de laboratoire
d'un co ût prohibitif dans certains contextes. Une telle
prise en charge tend pourtant à l'inefficacité,
car bien des femmes infectées sont asymptomatiques.
En général, le
nouveau concept consiste à privilégier la prévention
contre le VIH et les autres IST au détriment du diagnostic
et du traitement. Dans leurs efforts de prévention,
les programmes de planification familiale s'adressent non
seulement à leurs clientes traditionnelles, mais aussi
aux groupes à haut risque infectieux, en particulier
aux jeunes et aux hommes. Les initiatives prises pour les
atteindre incluent marketing social, sensibilisation du public,
efforts de communication, et activisme centré sur l'amélioration
des politiques existantes.1
C'est à la suite de
la Conférence internationale sur la population et le
développement qui s'est tenue au Caire en 1994 et qui
prônait le concept, que se sont multipliés les
efforts d'intégration des services de planification
familiale et d'IST. Dans certains pays, notamment en Afrique
subsaharienne, les autorités ont décidé
d'ajouter les prestations IST aux services de santé
primaire. A partir de 1996 par exemple, le Kenya s'est mis
à former ses infirmières à l'approche
syndromique ; il a aussi amélioré son système
de distribution des médicaments utilisés pour
traiter ces infections, tout en mettant à jour ses
lignes directrices nationales concernant la planification
familiale en y incluant la prise en charge des IST. Dans ce
pays, un adulte sur dix est infecté par le VIH.2
Intégrer planification
familiale et prise en charge des IST est cependant une tâche
difficile. Une enquête nationale réalisée
récemment au Kenya montre qu'un prestataire sur cinq
seulement discute des facteurs de risque infectieux pendant
le counseling. Et un seul sur dix encourage l'usage de préservatifs
pour se protéger contre les IST.3
Activités de prévention
En analysant divers modèles
d'intégration appliqués dans le monde entier,
des experts ont pu confirmer le potentiel des messages de
prévention ciblant les femmes et invitant au changement
des comportements. Mais l'influence de tels messages sur les
femmes demeure limitée, surtout quand elles sont mariées
et qu'elles n'ont qu'un partenaire sexuel. Ces messages auraient
plus d'impact s'ils ciblaient les partenaires masculins. «
Dans le cadre des centres de planification familiale, l'invite
à des changements comportementaux semble n'avoir d'effet
significatif que sur les femmes qui apprennent aussi à
obtenir de leurs partenaires des rapports protégés,
ou si elle vise d'autres segments de la population, comme
les femmes jeunes et non mariées, les prostituées
et les hommes », ont conclu les auteurs de cette analyse.
Mais l'ouverture des programmes de counseling à ces
groupes demandera du temps.
Dans l'immédiat, selon
les experts, promouvoir la double protection offerte par le
préservatif masculin serait l'initiative de prévention
contre les IST la plus facile à mettre en uvre au sein
des programmes de planification familiale.4
Certains projets d'intégration
éprouvent de nouveaux moyens d'atteindre les hommes
et les jeunes. Celui mené au Brésil, au Honduras
et en Jamaïque avec des organisations nationales affiliées
à la Fédération internationale pour la
planification familiale (IPPF) a permis de lancer des campagnes
de prévention contre les IST ciblant les hommes dans
les usines ou dans des contextes communautaires, ainsi que
les adolescents dans leurs écoles comme en dehors.
Et la formation des personnels inclut les manières
d'apprendre aux clientes à négocier l'usage
du préservatif avec leurs partenaires.5
Au Brésil et au Honduras,
les programmes de l'IPPF ont commencé des campagnes
de marketing social pour promouvoir le préservatif.
Les préservatifs comptent aujourd'hui pour plus de
la moitié des années-couple de protection permises
par l'ensemble des méthodes contraceptives du programme
brésilien.6 Les planificateurs de plusieurs
nations africaines se sont servis des expériences brésilienne
et jamaïcaine comme modèles pour leurs propres
programmes de planification familiale. Ils ont en particulier
incorporé des « initiatives ciblant les jeunes
et tenant compte des rôles sexuels », précise
Antero Veiga du bureau IPPF pour l'Afrique.
Des chercheurs ont analysé
les efforts d'intégration entrepris au Ghana, au Kenya,
en Afrique du Sud et en Zambie. Leur travail a porté
sur 20 centres de santé dans chaque pays. Selon eux,
il existe « un besoin urgent de réexaminer la
constante priorité accordée aux services de
planification familiale », notamment aux services cliniques.
Et il subsiste « toujours un désintérêt
relatif pour de larges groupes de la population comme les
hommes, ou les femmes non mariées et sexuellement actives
», qui ne s'adressent que rarement aux services de planification
familiale ou à ceux de santé maternelle et infantile.
Selon les chercheurs, un élément
critique serait l'intégration des services pour IST
dans ceux de soins prénatals. Dans trois des quatre
pays étudiés, quatre femmes enceintes sur cinq
fréquentent en effet de tels services à un moment
ou à un autre de leur grossesse.7 Un simple
test de dépistage peut par exemple permettre le diagnostic,
puis le traitement d'une cliente atteinte de syphilis. Ce
test s'effectue durant la visite de la femme et, si besoin
est, de la pénicilline peut être administrée
immédiatement. Chez la femme enceinte, une syphilis
non traitée peut provoquer une fausse couche, un mort-né,
une naissance prématurée ou l'infection du nouveau-né.
Une transmission au ftus se produit dans au moins 20 % des
cas.
Prise en charge syndromique
Alors que les responsables
des politiques de santé s'efforcent de trouver de nouveaux
moyens de combattre les IST et l'épidémie de
VIH, ils constatent avec découragement que la prise
en charge syndromique retenue pour le diagnostic et le traitement
des clientes des services de planification familiale est loin
d'être satisfaisante.8
Dans certains pays où
les tests de dépistage de la plupart des IST sont trop
co ûteux, des algorithmes (arbre décisionnels)
ont été développés par différentes
organisations, dont l'Organisation mondiale de la Santé
(OMS). Composés d'une succession de questions organisées
sous forme d'un diagramme, ces aides au diagnostic permettent
aux prestataires d'identifier les maladies en se basant sur
leurs signes et leurs symptômes. Ces modèles
sont fiables tant qu'il s'agit d'infections accompagnées
d'ulcérations, comme la syphilis ou le chancre mou.
Mais quand les manifestations cliniques sont moins spécifiques
ou quand l'infection est asymptomatique, les algorithmes deviennent
caduques.
Chez la femme, la gonorrhée
et la chlamydiose sont par exemple souvent discrètes.
Il est alors difficile de les détecter avec une approche
syndromique. Ces deux infections du col utérin représentent
chaque année autour de 45 % des nouveaux cas d'IST
curables. Non traitées, elles peuvent avoir de graves
conséquences.
Afin d'améliorer la
fiabilité de l'algorithme pour écoulement vaginal,
les programmes ont élaboré de nouvelles aides
pour le dépistage des femmes ayant un risque élevé
d'infection du col. Il s'agit d'« évaluations
des risques ». De telles évaluations abordent
d'autres questions que celles sur les seuls signes et symptômes
médicaux. La femme a-t-elle des partenaires multiples
? A-t-elle eu un nouveau partenaire au cours des derniers
trois mois ? Une enquête coordonnée par FHI a
permis d'analyser les modèles d'évaluation des
risques utilisés au sein des populations à faible
risque d'infection. Les chercheurs ont conclu que « à
moins de rendre ces évaluations des risques plus pointues,
elles resteront prometteuses, mais inefficaces sur les sites
à faible prévalence » tels que les dispensaires
de planification familiale et de soins prénatals.9
Plusieurs experts du Population
Council ont récemment examiné 29 études
consacrées à l'application de différents
outils de dépistage et d'approches syndromiques pour
le diagnostic et le traitement des femmes présentant
un écoulement vaginal. « Cet examen a révélé
que l'emploi d'algorithmes de diagnostic et de simples critères
de dépistage, ou celui d'outils d'évaluation
des risques, sont d'efficacités voisines pour la détection
de la gonorrhée ou de la chlamydiose chez la femme
», ont rapporté ces experts. « Ces méthodes
conduisent sans cesse à d'importantes erreurs en diagnostiquant
à tort un grand nombre de femmes n'ayant pas besoin
d'un traitement ». Selon la conclusion de ces experts,
les cliniciens devraient consacrer leur temps à informer
leurs clientes et à leur délivrer des préservatifs
plutôt qu'à dispenser des soins inefficaces.10
Une récente étude
s'est intéressée à l'efficacité
de l'approche syndromique appliquée depuis plusieurs
années dans cinq centres de santé de Nakuru,
dans le nord-est du Kenya. Plus de 900 clientes des services
de planification familiale et plus de 800 femmes consultant
ceux de soins prénatals ont participé à
ce projet. Ces femmes ont été soumises à
des examens médicaux et pelviens. Elles ont aussi été
évaluées au moyen d'un algorithme pour écoulement
vaginal (signes et symptômes des IST), ainsi qu'un questionnaire
d'évaluation des risques. La plupart des femmes porteuses
d'une infection étaient en fait asymptomatiques. L'algorithme
pour écoulement vaginal n'a permis de détecter
qu'une faible proportion des participantes dont l'infection
a été confirmée par les tests de laboratoire
(5 % des clientes des services de planification familiale
et 16 % de celles des services de soins prénatals).
La conclusion de cette étude invite le programme à
privilégier la prévention.11
En Jamaïque, FHI a réalisé
une étude comparative de la fiabilité de différentes
méthodes de diagnostic avec des clientes des centres
de planification familiale dont l'infection cervicale était
asymptomatique. Parmi les cinq méthodes étudiées,
celle de l'algorithme de l'OMS sur les écoulements
vaginaux avec évaluation des risques (adaptée
pour la Jamaïque) s'est révélée
la moins efficace. Plus difficiles d'emploi, deux autres algorithmes
d'évaluation des risques qui mettaient l'accent sur
divers facteurs ont donné les meilleurs résultats.
Et une analyse rapide des risques couplée à
un simple test sur bandelette réactive (dosage des
estérases leucocytaires) est apparue quant à
elle d'une fiabilité presque équivalente à
celle des méthodes précédentes et d'une
plus grande simplicité d'application. « Même
sans bandelettes pour tester les urines, il est sans doute
préférable de poser de simples questions pour
cerner les risques plutôt que de se fonder sur l'algorithme
de l'OMS, si l'on veut dépister les clientes de planification
familiale ayant besoin d'un counseling sur les IST, d'une
recommandation vers un spécialiste ou d'un traitement
présomptif », explique Alan Spruyt, qui travaille
chez FHI et qui a participé à la coordination
de cette étude.12
Problèmes de co ûts
L'intégration des services
de planification familiale et des services pour IST pose aussi
d'autres problèmes : ceux des systèmes de financement
et de la limitation des ressources disponibles pour la formation,
la supervision, la diffusion des lignes directrices, et la
création de documents et de matériels utiles
d'information, d'éducation et de communication.
On tend à croire qu'en
intégrant les services IST dans les infrastructures
existantes de planification familiale et de santé maternelle,
on gagnera en rentabilité. Les premières études
réalisées indiquent que des services intégrés
peuvent effectivement réduire les co ûts. Datant
de 1996, une analyse des activités de dispensaires
kenyans a montré qu'en traitant au cours d'une même
visite une cliente venue consulter pour des contraceptifs
oraux, mais présentant des symptômes d'infection,
le co ût n'était que de 8,60 dollars U.S. contre
12,40 dollars pour les prestations de services séparés.13
Mais les analystes du co ût
des services intégrés ont commencé à
examiner l'efficacité de l'approche syndromique, et
il est aujourd'hui moins certain que cette dernière
permettent de réelles économies. Une étude
des moyens de dépistage des IST chez les femmes fréquentant
des centres de planification familiale du Zimbabwe a ainsi
conclu que les méthodes de diagnostic basées
exclusivement sur les signes et les symptômes ne sont
pas les plus rentables. Les chercheurs ont comparé
quatre méthodes de diagnostic, allant d'une approche
syndromique (2,48 dollars U.S. par patiente) au test systématique
de laboratoire pour toutes les clientes (25,77 dollars par
patiente).
Si la méthode syndromique
était la moins chère, elle demeurait pourtant
inabordable dans certains dispensaires. De plus, elle s'est
révélée souvent inefficace : elle n'a
pas permis de dépister les trois quarts des femmes
infectées, et plus de la moitié des femmes traitées
étaient en réalité exemptes d'IST (confirmation
par tests de laboratoire).14
« Nous avons constaté
que les prestataires des services de planification familiale
ont les compétences techniques nécessaires à
la prise en charge des IST, et que, par suite, on pourrait
l'ajouter à leurs responsabilités », explique
Rick Homan (FHI) qui a collaboré à cette étude.
« Cependant, s'il y a faisabilité, elle ne garantit
pas que le service soit le plus rentable ou même simplement
abordable. Notre travail a montré que les algorithmes
étaient inefficaces, car trop de clientes (infectées
ou non) recevaient un traitement inapproprié. De plus,
tous les modèles étudiés pour le dépistage
des IST chez les clientes des centres de planification familiale
se sont révélés trop co ûteux pour
le budget du ministère de la Santé ». A
cause du co ût prohibitif des diverses approches de diagnostic
et traitement des IST, le rapport a recommandé que
les programmes de planification familiale de la région
portent plutôt leurs efforts sur des stratégies
de prévention.
Notes
1 Shelton JD. Prevention first: a three-pronged strategy to
integrate family planning program efforts against HIV and
sexually transmitted infections. Int Fam Plann Perspect 1999;25(3):147-52.
2 Askew I, Fassihian G, Maggwa N. Integrating STI and HIV/AIDS
services at MCH/family planning clinics. In Miller K, Miller
R, Askew I, et al, eds. Clinic-based Family Planning and Reproductive
Health Services in Africa: Findings from Situation Analysis
Studies. (New York: Population Council, 1998)199-216.
3 National Council for Population and Development, Ministry
of Health, ORC Macro. Kenya Service Provision Assessment Survey
1999. Calverton, MD: ORC Macro, 2000.
4 O'Reilly KR, Dehne KL, Snow R. Should management of sexually
transmitted infections be integrated into family planning
services: evidence and challenges. Rep Health Matters 1999;7(14):
49-59.
5 Becker J, Letiman E. Introducing sexuality within family
planning: the experience of three HIV/STD prevention projects
from Latin America and the Caribbean. Quality/Calidad/Qualité
1997;8.
6 Frautschi F. Long-term outcomes of the IPPF/WHR transition
project add-on: integration of HIV/STI prevention in family
planning. Unpublished paper. International Planned Parenthood
Federation/Western Hemisphere Region, 2000.
7 Mayhew SH, Lush L, Cleland J, et al. Implementing the integration
of component services for reproductive health. Stud Fam Plann
2000;31(2): 151-62.
8 Mindel A, Dallabetta G, Gerbase A, et al., eds. Syndromic
approach to STD management. Sex Trans Infec 1998;74(S):S1-178.
9 Welsh M, Feldblum P, Chen S. Sexually transmitted disease
risk assessment used among low-risk populations in East/Central
Africa: a review. East Afr Med J 1997;74(12):764-71.
10 Sloan NL, Winikoff B, Haberland N, et al. Screening and
syndromic approaches to identify gonorrhea and chlamydial
infection among women. Stud Fam Plann 2000;31(1):55-68.
11 Solo J, Maggwa N, Wabaru JK, et al. Improving the management
of STIs and MCH/FP clients at the Nakuru Municipal Council
Health Clinics, 1999. In Frontiers in Reproductive Health:
Electronic Library 1900-1999. New York: Population Council,
2000.
12 Ward E, Spruyt A, Fox L, et al. Strategies for STD detection
among family planning clients in Jamaica. Unpublished paper.
Family Health International, 2000.
13 Twahir A, Maggwa BN, Askew I. Integration of STI and HIV/AIDS
Services with MCH-FP Services: A Case Study of the Mkemani
Clinic Society in Mombasa, Kenya, Operations Research and
Technical Assistance, Africa Project II. New York: Population
Council, 1996.
14 Maggwa N, Askew I, Marangwanda C, et al. Demand for and
Cost-effectiveness of Integrating RTI/HIV Services with Clinic-based
Family Planning Services in Zimbabwe. New York: Population
Council, 1999.

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