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actualité médicale

img Rapport de mission du Groupe de travail chargé d'analyser les données sanitaires relatives aux anciens combattants français de la guerre du Golfe


III Analyse de la littérature

Ce qui suit rend compte de l'analyse de la littérature scientifique publiée et référencée, soit 350 articles entre 1991 et décembre 2000.
Tous ces articles ont été lus et analysés. En outre, deux membres de notre Groupe de travail ont participé au colloque organisé en janvier 2001 à Washington par le Comité mis en place par le Ministère de la Défense américain, pendant lequel des présentations orales et des discussions ont permis d'éclairer un certain nombre de points.

Nous présenterons cette analyse de la manière suivante
1) Publications concernant les indicateurs sanitaires classiques,
2) Publications concernant des signes et symptômes divers,
3) Publications concernant le Syndrome de la guerre du Golfe
4) Publications concernant les risques supposés,

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III.l. Indicateurs sanitaires classiques

Par indicateurs sanitaires classiques nous entendons :
- la mortalité
- les effets sur la descendance,
- les maladies connues
- les hospitalisations

Pour ces indicateurs classiques, les publications s'appuient sur deux caractéristiques qui fiables :
- d'une part, la plupart des études reposent sur des registres exhaustifs (mortalité, motifs d'hospitalisations) ce qui exclut les biais de sélection qui peuvent entâcher les études par sondage,
- d'autre part, les variables obser\'ées (maladies connues, mortalité, hospitalisations) sont objectives, clairement définies et facilement dénombrables.

III.1.1. Publications concernant la mortalité

Deux importantes études (quasi exhaustives) ont été publiées sur la mortalité- .
L'une a porté sur les soldats américains et a été publiée dans le New England Journal of Medicine en 1996. (Kang, 1996)
.L'autre a porté sur des soldats anglais et a été publiée dans le Lancet, en 2000. (Macfarlane, 2000)

Ces deux études, bien conduites, avec des groupes témoins stratifiés (militaires n'ayant pas participé à la guerre du Golfe, de même âge, rang, sexe. , .) portaient sur toute la population concernée (695 516 soldats pour l'étude américaine et 53412 pour l'étude anglaise). Il apparaît très clairement dans ces deux études qu'il n'y a aucun excès de mortalité chez les militaires exposés à la guerre du Golfe par rapport à des militaires non exposés à la guerre du Golfe, sauf en ce qui concerne la mortalité par accident (essentiellement accidents de la route) où l'on retrouve un léger excédent chez les militaires de la guerre du Golfe dans les deux études. Cette légère surmortalité par accident dont témoigne l' analyse statistique (la différence est significative) est partiellement expliquée par un excès de conduites à risque rencontré dans les suites d'opérations militaires et ne témoignent, selon les auteurs, d'aucune spécificité pour la guerre du Golfe, De plus une enquête américaine, publiée en octobre 2000 dans Military Medicine étudiant les caractéristiques associées au déploiement dans le Golfe souligne le fait que les militaires déployés avaient des comportements, antérieurs à la guerre du Golfe, plus à risque que les militaires non déployés (Bell, 2000).

III.1.2. Publications concernant l'effet sur la descendance

Aucun effet délétère sur la descendance (diminution de la natalité, morbidité ou mortalité néonatale et infantile) n'a été publié.
Trois études américaines ont porté sur les conséquences de la guerre du Golfe sur la descendance. Une première étude a porté sur les naissances chez les vétérans du Golfe du Mississipi et dans la population générale (Penman, 1996). Une seconde a étudié toutes les naissances de 135 hôpitaux militaires de 1991 à 1993 chez les vétérans du Golfe et chez les témoins militaires (Cowan, 1997). Enfin, la troisième étude a porté sur l' ensemble des enfants du personnel militaire d 'Hawaï nés entre le 1 er janvier 1989 et le 31 décembre 1993 en comparant à la fois les naissances de personnel stationné ou non dans le Golfe et les conceptions et naissances avant et après la guerre (Araneta, 2000). Cette étude a porté sur 48 anomalies congénitales.
Ces études ont montré des fréquences de prématurité, de faible poids de naissance ou d'anomalies congénitales identiques chez les enfants de vétérans de la guelTe du Golfe et chez les sujets témoins.
Aucune différence dans la fécondité n ' a été publiée.

III.1.3. Publications concernant des maladies connues

De nombreux travaux ont porté sur des pathologies connues, à la recherche d'une fréquence en excès chez des vétérans de la guerre du Golfe. Ces travaux ont été soit le résultat d'études directement orientées sur une pathologie, soit issus de l'analyse des hospitalisations et causes de décès.
Rien d'anormal n'apparaît sauf peut-être un travail sur les cancers du testicule. Un travail publié en 1998 dans Epidemiology a montré, chez les militaires du Golfe, comparés à des militaires non déployés dans le Golfe, une augmentation dans la période irnrnédiatement après la guerre (fin 1991) (Knoke, 1998). Mais cet excès n'existe plus lorsque la période considérée dans l'analyse est prolongée jusqu'à fin 1995. Les auteurs suggèrent que cet excès immédiatement après la guerre est expliqué par un biais de sélection.

A l'exception de cet élément, aucune pathologie « référencée » n'apparaît comme plus fréquente chez les militaires exposés à la guerre du Golfe.

III.1.4. Publications concernant les hospitalisations

Trois publications importantes issues de la même équipe (Naval Health Research Center, San Diego, Californie) traitent de ce sujet (Gray, 1996; Knoke, 1998; Gray, 2000).

Ces trois publications estiment les taux d'hospitalisations et déterminent les causes pour le personnel déployé dans le Golfe (552 III personnes incluses), comparativement à un groupe témoin de militaires non déployés (I 479 751 personnes incluses). Elles montrent une très légère augmentation de causes d'hospitalisations désignées par « signes, symptômes non spécifiques » ce que les auteurs expliquent par le fait que les militaires déployés ont été systématiquement conviés à une hospitalisation pour bilan.

Il faut noter que ces études, qui portent sur un très grand échantillon, confinnent les infonnations du paragraphe précédent (maladies référencées) puisqu'aucune différence dans ces hospitalisations n'est relevée pour ce type de causes (maladies infectieuses et parasitaires, tumeurs, maladies des systèmes nerveux, respiratoire ou circulatoire, de l'appareil digestif, etc).

III.2. Signes et symptômes divers

Le plus grand nombre d'études a été réalisé auprès d'échantillons de militaires ayant participé à la guerre du Golfe avec comme mode de recueil de l'information un questionnaire par voié postale ou téléphonique.
Il s'agit essentiellement de militaires américains et anglais, mais aussi (plus modérément) canadiens, australiens et danois.

Toutes ces études, inspirées par la problématique d'un éventuel syndrome de la guerre du Golfe et presque toutes financées, très largement, par le Ministère de la Défense Américain, ont été confrontées à certaines difficultés méthodologiques déjà é\.oquées dans le préambule de notre rapport. En particulier les échantillons étudiés ne sont généralement pas représentatifs et bien souvent les études ne comportent pas de groupe témoin. A ces difficultés s'ajoutent des imprécisions quant à la mesure de l'information dues à la quasi-impossibilité de recueillir valablement par auto-questionnaire des signes fonctionnels, à l'influence des questions sur les réponses, à la différence entre les plaintes ressenties et les plaintes exprimées, ou celle entre les plaintes exprimées et les signes cliniques obser\.és, etc.
On peut facilement se douter de toutes les difficultés de ces études et biais des résultats qui ont d'ailleurs été en soi une source de recherche et de publications.

Néanmoins, il est difficile d'imaginer d'autres voies d'étude pour réaliser ce bilan et c'est avec beaucoup de précautions que le Groupe de travail a examiné les très nombreuses publications en ce domaine. En particulier, nous n'avons ici retenu que les études les plus récentes, donc avec le plus grand recul, comparant les militaires de la guerre du Golfe à un échantillon témoin de militaires n'ayant pas fait la guelTe du Golfe ou, pour une étude, de militaires impliqués dans la guerre de Bosnie Herzegovine.

Trois études majeures ont été menées aux Etats-Unis et une en Grande-Bretagne.
La première a été réalisée en 1995 par les Centers for Disease Control (CDC) et a inclu des soldats de 4 unités de l'année de l'air de Pennsylvanie (1 164 vétérans de la guerre du Golfe et 2 763 témoins) (Kizer, 1995). Les auteurs ont décrit la pré\.alence de 13 maladies ou symptômes pré-définis évoluant depuis plus de 6 mois.
La seconde étude a également été réalisée en 1995 par le Iowa Persian Gulf Stud)' Group et a inclu un échantillon de soldats domiciliés en Iowa et en activité durant la période de la guerre du Golfe (1 896 vétérans de la guerre du Golfe et I 799 témoins) (Schwartz, 199ï). Cette étude a porté sur 78 symptômes récurrents associés à 59 symptômes ou maladies survenus après la guerre du Golfe.
La dernière étude américaine a été menée entre 1994 et 1995 par l'équipe de Gray, incluant des soldats appartenant à 14 unités navales ayant servi de 1990 à 1994 (527 vétérans du Golfe et 970 témoins)(Gray, 1999). Les auteurs ont utilisé les 58 symptômes de la Hopkins Symptom Checklist.
L'étude britannique de l'équipe d'Unwin, réalisée en 1997, a comparé un échantillon de 3284 vétérans de la guerre du Golfe avec deux types de témoins: un échantillon de 1 815 vétérans ayant servi spécifiquement en Bosnie Herzegovine et un échantillon de 2 408 militaires témoins (Unwin, 1999). Cette étude a porté sur plus d'une cinquantaine de symptômes et maladies.

De ces travaux il ressort le constat suivant :

Toutes les études concluent que les soldats ayant participé à la guerre du golfe ont présenté des signes et symptômes très divers, de nature essentiellemnt fonctionnelle, avec une fréquence notablement (et statistiquement significative) plus grande que celle des témoins.


Ces signes très divers (plus d'une cinquantaine de signes sont notés) sont souvent relatifs à une fatigue chronique, une symptomatologie dépressive et à ce qu'il est parfois convenu d'appeler les symptômes de « stress post-traumatique ».
Cependant, les divers auteurs ont étudié les principaux symptômes des différents appareils, allant de la douleur thoracique aux troubles visuels en passant par les différents troubles cognitifs ou psychologiques. Dans la plupart des cas, les vétérans de la guerre du Golfe présentaient une fréquence de signes plus élevée que les sujets témoins.
Ces nombreux signes et symptômes ont été regroupés par différents auteurs selon des catégories variées.
Dans le cadre des CDC, Fukuda a proposé une approche clinique, en retenant la présence de fatigue, de troubles mnésiques ou de concentration, des troubles de 1 'humeur, des troubles du sommeil, des arthralgies ou des raideurs articulaires (Fukuda, 1998). Dans un second temps, ce même auteur a proposé un regroupement différent, en ne retenant que :
fatigue,
troubles cognitifs, troubles de mémoire ou de concentration et troubles de l'humeur (vécu dépressif, anxiété, insomnie),
troubles musculosquelettiques (arthralgies, myalgies et raideurs articulaires).

Une autre définition, élaborée par le Département de la Défense Américain, a été utilisée par Haley (Haley, 1997). Pour cette définition, un vétéran devait avoir été sur le théâtre des opérations entre le 8 août 1990 et le 31 juillet 1991, présenter un s)mptôme ne répondant pas à une maladie connue et présenter au moins 5 des 8 signes ou symptômes suivants :
fatigue, arthralgies, maux de tête, diarrhée intermittente non sanglante, plaintes neuropsychiques à type de perte de mémoire, difficulté de concentration, dépression ou irritabilité, troubles du sommeil, fébricule, amaigrissement.

 
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