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actualité médicale

img Rapport de mission du Groupe de travail chargé d'analyser les données sanitaires relatives aux anciens combattants français de la guerre du Golfe


IV Analyse des dossiers de demande de pension

En date du 5 mars 2001, la Division des services déconcentrés et des études de la Direction des statuts, des pensions et de la réinsertion sociale du Ministère de la Défense a fait parvenir 200 fiches d'information relatives à une demande de pension militaire d'invalidité consécutive à une participation aux opérations du Golfe Persique.
Les informations recueillies sur cette fiche concernent :
les caractéristiques du plaignant: âge, décès éventuel,
la situation militaire: en activité militaire ou rayé des contrôles avec la date,
la situation lors de la guerre du Golfe: air, terre, marine ou santé; période de séjour sur site,
les caractéristiques de la demande de pension: date de dépôt, affections, expertises, décisions médicales,
les suites de la décision de pension: contentieux ou non et résultat éventuel.

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L'analyse ci-jointe concerne ces fiches. Trois d'entre elles ont été retirées de l'analyse car leurs dates de présence sur le site du Golfe ont été considérées en dehors de la période d'intérêt (séjours effectués durant les années 1988 ou 1989). L'analyse a donc portée sur 197 fiches. Par ailleurs le nombre de données diffère selon les questions car de nombreuses informations sont incomplètes.

IV .1. Description des demandeurs de pension

Parmi les 194 militaires pour lesquels on connaît l'année de naissance l'âge moyen en 1991, donc lors de leur séjour dans le Golfe, est égal à 28,8 ans avec un écart-type de 7,8 ans. L'âge minimum est de 16 ans et le maximum de 55 ans. Quarante et un pour cent de ces militaires avaient entre 25 et 35 ans

Parmi les 157 sujets dont on connaît la situation militaire actuelle, la moitié est encore en activité. Pour l'autre moitié la durée moyenne d'activité militaire est de 12,7 ans avec un écart type de 9,4. Quarante cinq pour cent d'entre eux sont restés moins de dix ans dans l'armée. La grande majorité (89 %) des demandes de pensions est effectuée par des militaires appartenant ou ayant appartenu à l'armée de terre , cette infonnation n'est connue que pour 178 des militaires, demandant ou ayant demandé une pension.

La durée de séjour dans le Golfe n'est transmjse que pour 91 demandes, en moyenne elle est de 3,5 mois (écart-type = 1,8) variant entre 12 jours et 7 mois et demi.

IV .2. Description des demandes de pension

Parmi les 197 demandes de pension étudiées, les dates de dépôt sont connues pour 194 d'entre elles. La répartition de ces demandes est représentée sur le graphique I. Quarante huit pour cent des demandes ont été effectués durant la période de la guerre (années 1990 et 1991). Trente quatre demandes ont été renouvelées, pour des raisons de nouvelle affection ou d'aggravation ressentie.

Les affections ont été précisées pour 191 demandes et codées en fonction de la CIM lOème (lOème révision de la Classification Internationale des maladies). En tout, 168 affections différentes ont été citées. Quatre vingt treize affections sont de type traumatologique, 38 neurologiques, 30 des affections auditives, 7 sont des cancers et 45 ont été classés dans un autre groupe .

IV .3. Description du suivi des demandes de pensions

Parmi les 191 dossiers pour lesquels on connaît l'avancée de la prise en charge du dossier: 69 ont été rejetés, 97 ont débouché sur une pension définitive, 26 sont en attente, 3 sujets ont obtenu une pension temporaire et n'ont pas renouvelé leur demande pour une pension définitive et 1 était déjà pensionné.
Parmi les 93 demandes associées à des affections traumatiques, 67 % ont obtenu une pension. D'autre part 21% (8 demandes sur 38) des demandes associées à des troubles neuropsychologiques ont obtenu une pension.
Cent soixante et une demandes ont impliqué des expertises médicales, 100 ont fait l'objet d'une demande d'avis de la Commission Consultative Médicale.
Parmi les 168 demandes a)'ant abouti, il y a à ce jour 22 contentieux, dont 2 pour taux de pension jugés non satisfaisant, et 20 pour rejet. A ce jour, 7 demandes ont été déboutées, 3 acceptées et 9 sont en attente, l'information n'est pas connue pour les autres dossiers.

IV .4. Devenir des demandeurs

Six décès ont été répertoriés parmi les 197 demandeurs de pension. Les affections déclarées pour ces 6 demandes étaient les suivantes: schwannome malin de la cuisse droite avec métastases pulmonaires, hépatite chronique, carcinome gastrique, lobectomie temporale droite, glioblastome frontal et lymphome non hodgkinien. Les 6 demandes de pension avaient été rejetées. Trois d'entre elles ont entraîné un contentieux, 2 ont été déboutées au tribunal des pensions.

IV .5. Synthèse des résultats

La littérature scientifique internationale constitue la seule force d'information disponible sur l'état de santé des anciens combattants de la guerre du Golfe. Elle ne fait état ni de mortalité anormale, ni d'excés de maladies connues. Comparés à d'autres vétérans, il existe cependant dans cette population une fréquence plus élevée de signes et plaintes fonctionnels, sans que l'on puisse vraisemblablement parler d'un syndrome spécifique à la guerre du Golfe. Les données sanitaires relatives aux anciens combattants français ne sont pas exploitables en l'état. Elles ne permettent donc ni de confirmer, ni d'infirmer, les conclusions tirées de la littérature internationale


V Recommandations

Il nous a été demandé, dans le cadre de notre mission, de proposer les études qui devraient être réalisées en France.
Les options étaient nombreuses et il est toujours facile et parfois attrayant pour des experts de proposer des kyrielles d'études et de recherches lorsque pèsent des incertitudes sur le domaine de leur investigation.
Nous n'avons pas souhaité nous prêter à une telle habitude et avons limité nos recommandations pour en renforcer la crédibilité et insister sur leur caractère prioritaire. En outre, nous avons souhaité nous appuyer sur l'expérience étrangère, qu'il n'est pas nécessaire de totalement dupliquer .

Il n'est cependant pas scientifiquement possible d'extrapoler les résultats obtenus auprès des militaires américains ou britanniques aux combattants français, dans la mesure, en particulier, où les conditions dans lesquelles les militaires français étaient engagés dans la guerre du Golfe avaient probablement un certain nombre de spécificités. Aussi, pour apporter des réponses fiables et transparentes aux questions soulevées par le débat public, et à l'inquiétude des militaires déployés dans le Golfe, nous proposons avec une certaine fenneté quelques projets que nous avons classé en :
études épidémiologiques,
autres recherches,
surveillance à moyen et long tenne.

V.1. Etudes épidémiologiques

V.1.1. Enquête exhaustive

Il nous paraît indispensable de mener une étude exhaustive par auto questionnaire sur l'ensemble des vétérans qui ont participé à la guerre du Golfe, c'est-à-dire près de 25 000 personnes.

Les objectifs de cette enquête sont les suivants
- dresser un bilan objectif des plaintes et des maux ressentis, pour tous les vétérans répondant à un autoquestionnaire,
- mesurer les troubles objectifs (cliniques et paracliniques) présentés par les vétérans qui consulteront,
- proposer un éventuel suivi dans le temps de tout ou partie des vétérans,
- préparer une possible enquête chez certains militaires déployés dans le Golfe en comparant ceux qui présentent des signes ou symptômes et ceux qui n ' en présentent pas, à la recherche d' éventuelles différences dans les comportements ou les expositions,
- rassurer les vétérans en mettant en place, pour l' ensemble des personnels déployés dans le Golfe, une offre de soins en consultations hospitalières spécialisées, civiles ou militaires,
- rassurer la population sur le désir de transparence des autorités

Une telle étude devrait obéir à un certain nombre de règles
protection de la confidentialité des données
caractère indépendant indiscutable de l'équipe chargée de la réaliser,
examens cliniques et paracliniques pris en charge par les pouvoirs publics et non bie sûr à la charge des militaires.

L'organisation de l'étude devrait être la suivante
courrier à tous les personnels déployés avec autoquestionnaire standardisé et proposition d'un bilan médical dans un centre militaire ou civil de leur choix,
protocole standardisé pour les examens cliniques et paracliniques réalisés en consultations hospitalières spécialisées civiles ou militaires.

V.1.2. Etude des causes de décès

Il est indispensable de réaliser une analyse de la mortalité des militaires déployés dans le Golfe. Elle permettra d'estimer la mortalité globale et la mortalité pour différentes causes de décès (notamment cancers et accidents). Les taux de mortalité pourraient être comparés à ceux de la population générale, et éventuellement à ceux d'autres populations militaires déployés dans d'autres régions, ou non déployés.

V.2. Autres recherches

Un certain nombre de sujets de recherche, plus fondamentale, sont apparus et méritent à nos yeux un effort particulier; il s'agit des thèmes suivants :

V.2.1 Vaccinations

Dans le domaine civil, comme dans le domaine militaire, un certain nombre de questions sont aujourd 'hui posées dans le domaine vaccinai et particulièrement lorsque les vaccinations sont multiples. Nous avons vu d'ailleurs que dans l'esprit de certains auteurs ces vaccinations multiples pendant le déploiement et en présence de cofacteurs (stress, pesticides organosphosphorés, etc) étaient responsables d'un certain nombre de signes ou symptômes. Il nous semble nécessaire de soutenir des recherches en ce domaine.

En France, les travaux du Pr. Gherardi (INSERM, Créteil) ont permis d'identifier une pathologie qui reflète la persistance au site d'injection d'un composé aluminique immunostimulant présent dans de nombreux vaccins (hépatites A et B, charbon). Des études cliniques spécialisées pourraient être entreprises pour éclaircir une telle hypothèse.

V.2.2 Stress -immunité

Il est bien évident que l'étude des signes et symptômes relatifs à la guerre du Golfe soulèvent la question déjà classique de la relation stress .-immunité sur laquelle travaillent déjà un certain nombre d'équipes.

V .3. Surveillance

Les questions posées au sujet de la guerre du Golfe ont révélé ou confirmé aux membres du Groupe de travail la très grande insuffisance française en matière de surveillance épidémiologique des anciens combattants.

La guerre du Golfe s'inscrit dans un cadre de conflits modernes qui font appel à des technologies nouvelles (par exemple, munitions à l'uranium appauvri) et se déroulent souvent dans des zones particulières (milieu urbain ou suburbain avec environnement industriel ou milieu désertique telle Golfe). Les participants à ces conflits (militaires mais aussi civils) se trouvent ainsi confrontés à des risques non ou mal identifiés, parfois nouveaux.

Or, les troubles de santé qui pourraient être consécutifs à ces expositions peuvent n'apparaître qu'à moyen voire à long terme chez les anciens combattants dont une proportion croissante avec le temps n'est plus militaire et n' est donc plus assujettie au système de surveillance épidémiologique en vigueur dans les armées.

Il importe donc de mettre en reU\Te un véritable système permettant la surveillance de la santé des anciens combattants (y compris au-delà de leur sef\'ice actif) et la mesure des risques sanitaires liés aux opérations.

Cela nécessite :
une identification exhaustive des risques et leur évaluation,
une grande traçabilité de ces expositions par des équipes travaillant en parfaite indépendance,
un suivi médical adapté et accessible à tous,
une réflexion permanente sur la prévention et la réparation,
une indispensable veille scientifique.

Cela requiert une volonté politique claire et affichée pour qu'un tel « observatoire » de la santé des anciens combattants puisse être mis en place, avec des moyens adaptés.

V .4. Résumé des recommandations

Le Groupe de travail recommande que soit mis en place prioritairement :
- une étude exhaustive sur l'ensemble des vétérans ayant participé à la guerre du Golfe avec une possibilité d'examen clinique et biologique offert dans un cadre civil ou militaire,

- une étude des causes de décès des anciens militaires déployés dans le Golfe

Le Groupe de travail souligne l'intérêt d'effectuer des recherches sur les effets des stimulations antigéniques répétées chez l'adulte.

Le Groupe de travail insiste particulièrement sur la nécessaire mise en place d'un Observatoire de la Santé des anciens combattants permettant un véritable suivi épidémiologique à moyen et long terme.


Remerciements

Le Groupe de travail remercie sincèrement
- Le Docteur Catherine Verret, assitante hospitalo-universitaire, pour son aide dans le travail de synthèse bibliographique,
- Madame Evelyne Mouillet, bibliothcaire, pour la recherche documentaire,
- Mesdames Marlyse Labouyrie et Jacqueline Mie pour le secrétariat

 
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